Enquêtes en cours : bibliothèques, sexe & vie privée

Deux enquêtes ont récemment été lancées par des bibliothécaires américains. N’hésitez pas à y participer afin que le panel soit le plus diversifié possible.

Privacy and Library 2.0 Technology
Cette enquête,  lancée fin février, vise à cerner l’opinion des bibliothécaires concernant la vie privée et la bibliothèque 2.0. Toutes les questions sont facultatives. Anonymat garanti  pour les répondants.

Accès à l’enquête : https://www.surveymonkey.com/s/K9RWP7K
Durée estimée pour répondre : 10 minutes
Date de clôture : 22 mars 2013
Renseignements complémentaires :  shess AT binghamton.edu

Collecting Sex Materials for Libraries
Cette enquête vise à mieux appréhender l’attitude des bibliothécaires et personnels des bibliothèques envers les documents à caractère sexuel  comme les romans érotiques, la littérature LGBT, etc.  Possibilité de gagner l’un des quatre bons Amazon de 25 USD. Anonymat garanti.

Accès à l’enquête : http://www.surveymonkey.com/s/NZT9P79
Durée estimée pour répondre : 25-40 minutes
Date de clôture : fin mars 2013 (au plus tôt)
Renseignements complémentaires : svieira AT shsu.edu et mmartinez AT shsu.edu

opinion

Facebook, l’ado et la bibliothèque publique

[étude de cas #3]

À la bibliothèque publique de Trifouillis-les-Oyes (1), comme dans de nombreuses autres bibliothèques publiques, les jeunes lecteurs viennent en partie pour bénéficier d’un accès illimité à Internet, et en particulier aux réseaux sociaux. Un jour, Madame Jeanne Le Perthuis des Vauds (2), maman d’une adolescente de 14 ans, vint à la bibliothèque et demanda à parler au directeur : « Ma fille a été en contact avec des prédateurs sur Facebook : on lui a déposé des images pornographiques sur son mur et je ne veux plus que cela arrive. En tant que mère, j’exige pouvoir surveiller ce qu’elle fait sur Internet. Or, comme elle dispose d’un accès illimité sur Internet à la bibliothèque, il m’est impossible de pouvoir avoir une regard sur les sites qu’elle visite. Je trouve que vous devriez empêcher l’accès aux réseaux sociaux sur les ordinateurs de la bibliothèque, ou à tout du moins alors exiger des usagers qu’ils soient majeurs. Dans ce cas, ma fille n’aurait plus l’opportunité d’accéder à ces sites ici. »

Le directeur lui répondit par un long argumentaire sur la liberté d’expression et la liberté intellectuelle et lui avoua qu’il y avait justement en ce moment une réflexion interne sur le contrôle de l’âge des usagers, mais que cela avait peu de chance d’être mis en place. Au final, le directeur répondit poliment : « Madame, si vous ne voulez pas que votre fille ait accès à Facebook ici, c’est une discussion que vous devez avoir avec elle, et non avec nous. »

(1) Lieu imaginaire
(2) Personnage fictif

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Questions

1) Le directeur vous semble-t-il avoir judicieusement répondu ?

2)  Les bibliothèques publiques devraient-elles avoir une politique claire en matière d’accès aux réseaux sociaux ?

3) Quels droits à la vie privée et à la liberté intellectuelle les mineurs ont-ils selon vous ?

4) Comment le droit à la liberté intellectuelle peut-il affecter le droit à la vie privée ?

5) Le personnel des bibliothèques devrait-il être en mesure de vérifier a posteriori la façon dont les ordinateurs public ont été utilisés, avec ou sans la possibilité de savoir qui a fait quoi ou visité quel site ?

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[Librement traduit et adapté d’un exemple tiré de :
Elizabeth A. Buchanan, Katherine A. Henderson (2009). Case Studies in Library and Information Science Ethics. McFarland Publishers (p. 37), ISBN 9780786433674]

Bibliothèques, réseaux sociaux et éthique

De plus en plus de bibliothèques utilisent les réseaux sociaux afin de communiquer différemment avec leurs lecteurs. D’aucuns voient cela comme une volonté, si non une preuve, de modernité et de mise en valeur des bibliothèques (c’est tendance et cela fait mode), d’autres conçoivent cela comme un simple moyen (et moyen simple!) d’aller chercher le lecteur là où il est, concrétisation de l’adage contemporain (oui, je sais c’est contradictoire, mais j’aime bien cette  combinaison, également utilisée par d’autres) selon lequel si le lecteur ne vient plus à la bibliothèque, la bibliothèque ira à lui. Ces deux visions ne sont d’ailleurs pas antinomiques.

Dans ce cadre, les bibliothèques peuvent se retrouver assez facilement confrontées à divers dilemmes d’ordre éthique : parvenir à  respecter la liberté de parole d’un participant tout en demeurant dans la légalité et le respect des autres, protéger  la vie privée des utilisateurs lors des échanges, etc. Et si les bibliothèques faisant usage de réseaux sociaux sont, on peut le supposer, sensibles à ces aspects, il n’est pas spécialement évident pour les modérateurs et gestionnaires d’avoir les bon réflexes à tout instant, d’être en mesure de prendre les bonnes décisions au moment opportun.

C’est la raison pour laquelle lors de sa toute prochaine conférence annuelle (du 24 au 29 juin 2010), l’American Library Association proposera aux participants, via le Committee on Professional Ethics, une session sur le thème « Ethics in a Digital World : Using Policies to Guide Professional and Personal Presence in Social Networking Spaces » :

Attendees will be provided reasoning and assistance for developing social software guidelines that will protect library staff without hampering service. This will be the second in a series of programs planned by the Committee on Professional Ethics that will explore ethical issues surrounding the use of social networking in libraries and information agencies.

Les intervenants seront :

A noter aussi, cette autre session consacrée à l’éthique et aux relations entre bibliothèques et vendeurs : « Last Fair Deal Gone Down: Ethical Considerations in Library Vendor Relations » :

Vendor relations within libraries are critical and multifaceted, impacting everyone involved. Relationships can be institutional or individual in nature, involving purchases, sponsorships and grants. In the tightly woven library world, personal friendships exist and many colleagues have worked in both libraries and as vendors. What are the ethical considerations when negotiating contracts, sponsoring or attending events, accepting grants? How do personal ethics intersect/inform professional ethics? A panel of speakers will discuss these and other issues.

N’a pas l’air mal tout ça mais pfff… un peu loin quand même.

Contrôle effectif des données personnelles & 2.0

Dans son numéro 50(5) de novembre 2009, la Boston College Law Review publie les actes d’un colloque organisé en avril 2009 à la Boston College Law School dont le titre était Publicity, Privacy, and Intellectual Property Meet the First Amendment. Comme le rappelle Mary-Rose Papandrea dans son introduction, l’interaction qu’il y a entre le droit de la publicité et le droit de la propriété intellectuelle avec le Premier amendement de la Constitution des États-Unis provoque parfois des étincelles.

Ces actes se veulent une contribution importante à cette thématique déjà largement abordée, tant dans la publication scientifique que dans la jurisprudence. Malheureusement — et évidemment — les textes sont relativement ardus pour celui qui n’est pas juriste ou ne connaît pas très bien le droit américain… On n’y trouvera rien non plus qui concerne directement les bibliothèques. J’ai pourtant bien apprécié la lecture de Privacy, free speech, and « blurry-edged » social networks de Lauren Gelman qui aborde l’illusion qu’ont les utilisateurs de réseaux sociaux sur le contrôle de leurs données personnelles et l’accès supposé protégé à celles-ci pour seulement à leurs amis. Pour limiter cet état de fait et rendre aux utilisateurs de réseaux sociaux un  contrôle effectif sur leur données personnelles et ce qu’il en advient, l’auteur propose l’utilisation d’un outil qui permettrait :

« to express and exercise privacy preferences over uploaded content. It would permit users to express their intentions by tagging any uploaded content with an icon that immediately conveys privacy preferences to third parties. Based on a Creative Commons model, this tool would provide immediate visual feedback to third parties about the content owner’s preferences and link to a website that provides more detailed guidance about how the content may be used or shared. It could also allow third parties to ask publishers to remove content they prefer not be published. » [Boston College Law Review, 50(2009)5, p. 1342]

C’est dans cette direction qu’est allé Facebook lorsqu’il a ajouté trois niveaux de base pour la confidentialité : amis, amis et leurs amis, tout le monde. L’outil permet aux membres de paramétrer la confidentialité de chacune des publications.

« Qu’il s’agisse d’une photo que vous téléchargez ou de la mise à jour de votre statut, c’est vous qui contrôlez qui peut voir ce que vous publiez. L’icône représentant un verrou apparaît à côté de ce que vous publiez. Lorsque vous cliquez sur cette icône, un menu vous permet de choisir le public auquel cette publication est destinée : à vos amis, à vos amis et leurs amis, ou à tout le monde. » [Extrait de La confidentialité sur Facebook]

C’est bien ça, ma bonne dame ! A ceci près que si vous n’avez pas activé la confidentialité que vous souhaitez, le « Tout le monde » sera considéré comme paramètre de confidentialité par défaut. Et ce changement de politique affectera aussi — si j’ai bien compris — tout ce que vous auriez publié précédemment. Et après on s’étonnera que les facebookers ne soient pas ravis ou déposent plainte