Um … about that American Libraries article we wrote

Un article soumis à « American Libraries » qui a fait l’objet d’une adaptation de contenu (ajout d’une citation d’un responsable de Gale/Cengage) avant publication, sans que les auteurs n’en aient été avertis… Pas très correct, tout cela… :-/

Stewart Varner

As a professional rule, I try to keep things positive. I like to be a cheerleader for all the great people out there and avoid boosting the signal on a bunch of negativity.

However, situations compel me to devote this one post to something totally crappy.

TL;DR: Patricia Hswe and I wrote an article for American Libraries and the editors added some quotes from a vendor talking about their products without telling us. We asked them to fix it and they said no.

Because American Libraries refused to clarify what happened, we decided to clarify it ourselves. What follows is our second (and hopefully happier) attempt at collaborative writing. This little blog does not have quite the reach of that big glossy magazine so please feel free to share as widely as you want. As always, let me know if you have any questions!

svarner@email.unc.edu  ||  @stewartvarner

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Un bibliothécaire poursuivi en justice pour diffamation par un éditeur

Septembre 2010. Dale Askey, bibliothécaire à la Kansas State University, publie sur son blog un billet où il livre son opinion sur l’éditeur académique Edwin Mellen (The curious case of Edwin Mellen Press, via Web.archive). En gros, il estimait que le faible niveau de qualité des publications de cet éditeur ne justifiait nullement leur coût élevé ! Un luxe, un gaspillage, vu la situation financière de nombreuses bibliothèques. Un billet sans compassion, sans pour autant être incendiaire, même si Dale Askey termine celui-ci en se disant que vu la façon dont Mellen Press veille à sa réputation contre les critiques, il ferait sans doute mieux d’enfiler sa combinaison ininflammable (« Given how closely Mellen guards its reputation against all critics, perhaps I should just put on my flameproof suit now« ). Propos prophétiques ?

Juin 2012. Coup de théâtre. Edwin Mellen Press intente deux actions en justice. La première concerne Dale Askley et la McMaster University (son employeur actuel et son employeur pendant une période durant laquelle le billet était encore accessible sur le blog d’Askley [responsabilité par procuration]), lesquels se retrouvent poursuivis en justice pour diffamation et se voient réclamer la somme de 3,5 millions de dollars. La seconde action ne concerne que Dale Askley : plus de 1 million de dollars lui sont réclamés  par Herbert Richardson, le fondateur de Mellen Press.

Si McMaster University est restée muette les premiers temps, celle-ci a tout récemment publié un communiqué :

In its Statement on Academic Freedom, McMaster University affirms the right of the academic community to engage in full and unrestricted consideration of any opinion. Beyond this commitment to teach and learn unhindered by non-academic constraints, the University strongly supports the exercise of free speech as a critical social good.
For this reason, McMaster University has for more than eighteen months rejected all demands and considerable pressure from the Edwin Mellen Press to repudiate the professional opinions of university librarian Dale Askey, notwithstanding the fact that those opinions were published on his personal blog several months before he joined McMaster.
Because of our respect for individual freedom of speech, the University finds itself today a co-defendant with Mr. Askey in a legal action brought by the Edwin Mellen Press.
The University will continue to rigorously defend its commitment to academic freedom and freedom of speech as the case proceeds before the courts.

Rassurant ! Plusieurs universitaires et bibliothécaires se sont exprimés et soutiennent Dale Askley et la liberté d’expression dont il a légitimement fait usage. Une pétition demandant l’arrêt des poursuites contre Dale Askey et McMaster University a été lancée. Enfin, face à l’attaque de Mellen Press, quelques mots du commentaire de Leslie Green, professeur de philosophie du droit à Oxford, résument la situation et suffisent à appréhender le côté malsain et pervers de la démarche de l’éditeur : « Librarians are expert at making such judgments; that’s what universities pay them to do. […] No one likes bad reviews; but Mellen’s approach is not to disprove the assessment, pledge to improve its quality, or reconsider its business-model. »

Les montants réclamés par Mellen Press sont peut-être dans la norme de ce qui se fait de l’autre côté de l’Atlantique. Ce qui choque surtout, c’est l’intimidation dont fait preuve une maison d’édition, qui se veut academic publisher, vis-à-vis précisément d’un bibliothécaire qui faisait son job. Comme le souligne John Dupuis, « Academic librarians have academic freedom in their positions to protect us from just this sort of undue influence on the exercise of our judgement while doing our jobs« . Mais que ce serait-il passé si ce bibliothécaire n’était pas un academic librarian? S’il n’avait pas eu une université, son université, à ses côtés ? Si pareille aventure devait nous arriver ici, à nous bibliothécaires français, belges, suisses…, serions-nous soutenus de la même façon par nos autorités et institutions ? Quid s’il s’agissait d’un bibliothécaire d’une (modeste) bibliothèque publique ?

Dans un billet du blog Academic Librarian, Wayne Bivens-Tatum pointe un cas similaire avec ce même (!) éditeur, il y a 20 ans. En 1993, Mellen Press avait attaqué en justice Lingua Franca, le magazine de la vie intellectuelle et littéraire du monde universitaire. Ce dernier avait publié un article (St. John, Warren. 1993. “Vanity’s Fare: How One Tiny Press Made $2.5 Million Selling Opuscules to Your University Library. Lingua Franca, September/October, p. 1ff.) dans lequel on pouvait lire que Mellen Press était une maison d’édition quasi à compte d’auteur, habillement déguisée en maison d’édition universitaire (“a quasi-vanity press cunningly disguised as an academic publishing house”). A l’époque, Mellen Press avait perdu son procès. En 2007, un ouvrage avait été publié sur cette affaire : The Edwin Mellen Press Versus Lingua Franca: A Case Study in the Law of Libel. L’éditeur ? Edwin Mellen Press lui-même ! 😉 On n’est jamais aussi bien servi que par soi-même…

Signalons simplement pour conclure que Mellen Press a récemment été classé 34e… sur 34 dans le sondage Which are the best book publishers in philosophy?… No comment.

[Merci à @mdelhaye de m’avoir « soufflé » l’idée de ce billet et de m’avoir remis le blog à l’étrier après plusieurs mois d’absence…]

Peer reviewing

Livres voués au gémonies pour bibliothèques underground

Début 2012, le Tucson Unified School District (TUSD), un important district scolaire en Arizona, fit la une de l’actualité en écartant des cours et bibliothèques scolaires des ouvrages que les autorités estimaient encourager la chute du gouvernement américain, inciter le chauvinisme ethnique ou encore oser avancer que les Hispano-américains seraient oppressés (sic!), et ce en vertu de la loi HB 2281 A.R.S. §15–112. Les livres jugés comme inappropriés (et par conséquent illégaux) étaient tout simplement retirés des listes de lectures, des cours et des bibliothèques scolaires, parfois même durant les cours ! Parmi les ouvrages concernés, rien de moins que Pedagogy of the Oppressed du philosophe et pédagogue brésilien Paulo Freire, La Tempête de William Shakespeare ou encore le collectif Rethinking Columbus : The Next 500 Years qui permet aux enseignants de revoir et repenser avec leurs élèves la façon dont l’Amérique a été « découverte ».

Adriana McCleer, une bibliothécaire et doctorante de l’University of Wisconsin-Milwaukee, a eu l’idée géniale de constituer une nouvelle bibliothèque. Mais pas de n’importe quel type. Une bibliothèque underground, qui se composerait justement des livres interdits dans les écoles de Tucson !

Dans le même ordre d’idée, plusieurs dissidents cubains ont eu une initiative analogue il y a quelques années. Afin de contrer le circuit officiel et monopolistique de l’édition et de la distribution sur l’île, ils ont décidé de mettre en place des bibliothèques privées. Celles-ci sont constituées de dons, souvent originaires de l’étranger, et hébergées dans leurs propres maisons. La célèbre bloggeuse Yoani Sánchez fait partie de ces bibliothécaires outsider.

Enfin, n’oublions pas non plus cette élève américaine d’une école catholique qui, il y a quelques années, suite à l’interdiction de lecture de plusieurs livres dans son école, a décidé de mettre en place une bibliothèque secrète dans son casier, au sein même de l’école. Parmi les ouvrages interdits dans l’établissement, rien de moins que Les Contes de Cantorbéry, Candide, Le Parrain, La Ferme des animaux, Entretien avec un vampire, Le Portait de Dorian Gray, Sa Majesté des Mouches, Les Contes de Grimm, Vol au-dessus d’un nid de coucou, L’Attrape-coeurs… Succès garanti de cette bibliothèque underground auprès des condisciples !

Des initiatives sympas et stimulantes pour aborder la prochaine Banned Books Week (30 septembre-6 octobre 2012)… (Même si, je le répète, je n’aime pas l’expression « banned books » dans ce cas de figure. 🙂 )

Sources :

Cas vécus de censure dans les bibliothèques américaines

La liberté d’expression est un des chevaux de bataille des bibliothèques américaines. Une nouvelle publication de l’ALA en atteste : l’ouvrage True Stories of Censorship Battles in America’s Libraries rassemble une trentaine de cas vécus face à la censure, que celle-ci soit due à des lecteurs, des groupes de pression ou des bibliothécaires eux-mêmes. Parmi les textes, on retrouvera l’expérience de Matt Nojonen sur les soucis rencontrés à la bibliothèque publique de Palastaka (voir les billets « Rififi à Pataskala » et « Rififi à Pataskala (II) »).

Il est peu de situations aussi stressantes que les problèmes en lien avec la présence en rayon de livres controversés par les usagers ou la hiérarchie. Aussi, les expériences relatées de cet ouvrage ne pourront-ils sans doute qu’aider tout bibliothécaire, englué dans pareil conflit, à se sentir moins seul.

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Table of Contents

Foreword, by Ellen Hopkins
Introduction

Part I: Sometimes We’re Our Own Worst Enemy: When Library Employees Are Censors
Chapter 1    Where There Once Was None (Lucy Bellamy)
Chapter 2    Well-Intentioned Censorship Is Still Censorship: The Challenge of Public Library Employees (Ron Critchfield and David M. Powell)
Chapter 3    If I Don’t Buy It, They Won’t Come (Peggy Kaney)
Chapter 4    Mixed-Up Ethics (Susan Patron)

Part II: How Dare You Recommend This Book to a Child: Reading Levels and Sophisticated Topics
Chapter 5    Clue-less in Portland (Natasha Forrester)
Chapter 6    Vixens, Banditos, and Finding Common Ground (Alisa C. Gonzalez)
Chapter 7    Long Live the King (Novels)! (Angela Paul)
Chapter 8    Parent Concern about Classroom Usage Spills Over into School Library (Laurie Treat)
Chapter 9    The Princess Librarian: An Allegory (Sherry York)
Chapter 10    The Complexity and Challenges of Censorship in Public Schools: Overstepping Boundaries, Cultivating Compassionate Conversations (Marie-Elise Wheatwind)

Part III: Not Only Boy Scouts Should Be Prepared: Building Strong Policies
Chapter 11    I Owe It All to Madonna (Lisë Chlebanowski)
Chapter 12    The Battle to Include (Gretchen Gould)
Chapter 13    Pornography and Erotica in an Academic Library (Michelle Martinez)
Chapter 14    Reasonable Accommodation: Why Our Library Created Voluntary Kids Cards (Matt Nojonen)

Part IV: When the Tribe Has Spoken: Working with Native American Collections
Chapter 15    Cultural Sensitivity or Censorship? (Susanne Caro)
Chapter 16    Developing the Public Library’s Genealogy Euchee/Yuchi Collection (Cathlene Myers Mattix)

Part V: Conversation + Confrontation + Controversy = Combustion: Vocal Organization and Publicly Debated Challenges
Chapter 17    32 Pages, 26 Sentences, 603 Words, and $500,000 Later: When School Boards Have Their Way (Lauren Christos)
Chapter 18    The Respect of Fear (Amy Crump)
Chapter 19    Sweet Movie (Sydne Dean)
Chapter 20    Censorship Avoided: Student Activism in a Texas School District (Robert Farrell)
Chapter 21    I Read It in the Paper (Hollis Helmeci)
Chapter 22    Uncle Bobby’s Wedding (James LaRue)
Chapter 23    A Community Divided (Kristin Pekoll)
Chapter 24    The Author Visit That Should Have Been (Karin Perry)
Chapter 25    One of Those Not So Hideous Stories of a Book Challenge (Kathryn Prestidge)

Part VI: Crime and Punishment: When Library Patrons Have Committed a Crime
Chapter 26    A Serial Killer Visits the Library (Paul Hawkins)
Chapter 27    Books, Bars, and Behavior: Censorship in Correctional Libraries (Erica MacCreaigh)

Part VII: Perhaps It Is Possible to Judge a Book by Its Cover: Displays
Chapter 28    The Ghost of Halloween Past (Kathy Barco)
Chapter 29    The Neophyte in the New Age (Rosemary J. Kilbridge)
Chapter 30    Gay Books Display Brings Out High School Faculty Prejudice (Nadean Meyer)
Chapter 31    Censorship Looms Over the Rainbow (Cindy Simerlink)

Les bibliothèques interdisent vraiment de tout…

Les bibliothécaires sont décidément des gens bizarres : si certains font partie des premiers à dégainer lorsque les droits fondamentaux (liberté d’expression, liberté de la presse…) sont menacés, d’autres n’hésitent pas brandir les étendards de la Protection en interdisant un peu tout et n’importe quoi, en fonction des modes, priorités, phobies ou marottes des conservateurs :

  • interdiction de disposer d’une bouteille d’eau en salle de lecture,
  • interdiction de disposer devant soi de plus de trois ouvrages (car de toute façon, il est impossible à tout stupide lecteur de lire trois livres en même temps, c’est bien connu),
  • interdiction d’utiliser son GSM (même sur silencieux),
  • interdiction sur les postes publics d’accéder aux réseaux sociaux (car la sainte mission de ces ordinateurs est exclusivement de permettre un accès au sublime opac et aux outils documentaires), avec installation de filtres en conséquence,

Des exemples authentiques, malheureusement, qu’il m’a (presque) été donné de vivre par le passé…

La Yonkers Public Library (New York) a frappé fort en interdisant l’ « accès » aux ballons dans son enceinte, la bibliothèque jugeant l’intrusion de ballons comme suffisamment problématique que pour faire disposer une jolie pancarte à l’attention des usagers franchissant son seuil…

Apparemment, les raisons sous-jacentes à cette décision seraient d’ordre sécuritaire : lâchés et montant jusqu’au plafond, les ballons pourraient déclencher les alarmes incendie ou perturber les détecteurs de mouvement activés après la fermeture de la bibliothèque. Si cette interdiction part d’un bon sentiment, mentionner un « pour des raisons de sécurité » ou une explication, même succincte, n’aurait sans doute pas fait de tort.

De cette expérience, on peut tirer les conclusions suivantes :

1) Il y a peut-être un gosse sur 500 qui risque de rentrer à la bibliothèque avec un ballon et cela justifie un panneau d’interdiction. Merveilleux accueil !

2) Si vous avez une arme et un port d’arme, vous êtes par contre le bienvenu à la bibliothèque ! Un ballon est donc plus dangereux pour la sécurité des lecteurs et des documents qu’une arme à feu.

3) Continuons à faire chier les lecteurs comme cela et nous n’aurons plus besoin de décisions politiques ou institutionnelles ou de restrictions budgétaires pour fermer les bibliothèques ! Il nous suffira juste de continuer à ne pas nous adapter aux attentes légitimes de nos usagers ou à interdire, sans expliquer.

Ce que l’histoire ne dit pas par contre, c’est ce que les lectrices féministes blondes et à forte poitrine pensent cet accès interdits aux « balloons » et « globos »…

Sources :
Uptight Westchester Library Bans Balloons! (17-01-2011)
Serious Rule At The Yonkers Public Library (17-01-2011)