Mise en ligne de « Info & éthique: Y a-t-il une ligne rouge? »

Il y a un an paraissait un numéro spécial des Cahiers de la documentation : « Info & éthique: Y a-t-il une ligne rouge ?« . Les douze articles de ce numéro sont à présent intégralement disponibles sur le site de l’Association Belge de Documentation (ABD-BVD) :

http://www.abd-bvd.be/index.php?page=cah/rc-2011-2&lang=fr

Voir le billet Info & éthique: Y a-t-il une ligne rouge ? de juin 2011 pour plus d’informations sur ce numéro thématique des Cahiers.

Bibliothèques d’enfer(s) : interdits, contraintes et libertés en bibliothèque

La bibliothèque, espace de formation et de culture, est aussi un lieu où circulent un certain nombre d’interdits : censure, usages prohibés, restriction de certains accès. Aussi, les élèves conservateurs promus DCB 21 avaient-ils décidé d’organiser ce 31 mai 2012 une journée thématique consacrée aux interdits, contraintes et libertés en bibliothèque : Bibliothèques d’enfer(s) : interdits, contraintes et libertés en bibliothèque. L’objet de cette journée était de permettre aux participants de s’interroger sur leurs pratiques afin de mieux cerner la frontière, à la fois floue et fragile, entre interdits et limites et de déterminer en quoi la bibliothèque peut aujourd’hui être un espace de contraintes ou de libertés.

Journée d’études sur les bibliothèques et l’éthique

Ce vendredi 4 mai 2012 se tiendra à Saint-Cloud une journée d’études qui met en lien les bibliothèques et l’éthique : « Bibliothèques et transmissions des savoirs aujourd’hui : pour une éthique des savoirs créatifs ?« . Avec pour ambition de s’interroger sur les modes et les responsabilités d’accès aux savoirs et sur les contenus proposés dans la bibliothèque, les aspects suivants seront explorés dans le cadre de cette journée :

  • les distinctions des savoirs et, plus avant, des savoirs « illégitimes » : la bibliothèque est-elle toujours un espace de transmission des savoirs savants? la question de l’assimilation floue de certains savoirs (populaires, savants, de masse…) ;
  • la problématique de la traduction et de la production de littératures étrangères : quelles sources d’information ? quelles politiques d’acquisition? quelles valorisations des collections face aux problèmes liés à la circulation transnationale des textes et aux déséquilibres entre les différentes aires linguistiques et géographiques ;
  • l’identification de la collection : comment faire une place à l’ailleurs et à l’indéfini au sein d’une collection éditoriale et d’une collection bibliothécaire ?
  • le savoir et l’écrit : le livre comme vecteur privilégié du savoir et la place de la dimension multimédia, qui mobilise documents sonores, vidéos, sites internet (comme le Guichet du savoir) ;
  • la question de l’apprentissage : quels dispositifs d’apprentissage créatifs en bibliothèque ? Comment animations, expositions, résidences d’auteurs, et plus largement action culturelle, peuvent-il participer de la construction d’un savoir ? le numérique : en quoi permet-il une migration créative et éthique de la connaissance ? La question notamment des publications scientifiques et de l’Open Access.

Cette journée d’études s’inscrit dans le cadre du projet « Savoirs créatifs, savoirs migrateurs », relié au programme de recherche international « Éthiques de la Création » (2008-2014) piloté par Sylvie Dallet, professeure à l’Université de Versailles-Saint-Quentin, chercheuse au Centre d’histoire culturelle des sociétés contemporaines (CHCSC) et présidente de l’Institut Charles Cros, et en collaboration avec le groupe de recherche « Livre : Création, Culture et Société » du CHCSC animé par Sylvie Ducas.

Programme de la journée

Matinée

9h : accueil des participants

9h30 : discours d’ouverture
–  Christophe PAVLIDES (directeur Médiadix, Université Paris Ouest Nanterre La Défense)
–  Sylvie DALLET (professeur des universités, chercheuse au CHCSC, coordinatrice « Savoirs créatifs ») et Sylvie DUCAS (maître de conférences à l’Université Paris-Ouest Nanterre La Défense, chercheuse au CHCSC)

10h/10h30 : Conférence inaugurale de Robert DAMIEN (philosophe, U. Paris-Ouest, sous réserve)

10h30/12h : Sauvegardes mémorielles, identités culturelles et archives du populaire : pour un engagement politique et citoyen (présidence : Sylvie DALLET)
Halat BISRI (historienne, Centre d’Histoire Culturelle des Sociétés Contemporaines – Université de Versailles-Saint-Quentin) : « Le « droit » de sauvegarde et de transmission du patrimoine éditorial au Liban »
Irène LANGLET (professeur des universités en littérature, Université de Limoges) : « Une médiathèque à la Bibliothèque Universitaire, entre divertissement et savoir »
Franck MICHEL (anthropologue, responsable de l’association Deroutes et Détours) : « L’aventure d’une petite bibliothèque rurale balinaise »

12h/12h30 : débat

12h30/14h : buffet

Après-midi

14h/15h30 : Valoriser et mesurer les outils : du codex à Internet, pour une information complexe (présidence : Sylvie DUCAS)
Fatima REUTLINGER (bibliothécaire, université Sophia Antipolis de Nice) : « Des bibliothèques des prisons à la Bibliotheca alexandrine »
Bernard KRESPINE (conservateur à la BnF) : « Les services d’information à distance : outils et  futurs des pratiques de recherche ? »
Anne-Lise QUESNEL (historienne, Centre d’Histoire Culturelle des Sociétés Contemporaines – U. Versailles-Saint-Quentin) et Elise LASSONDE (conservatrice à la Bibliothèque et aux Archives nationales du Québec) : « Identification de la collection : faire une place à « l’ailleurs et à l’indéfini » au sein d’une collection éditoriale. L’exemple du Livre d’artiste »

15h30/16h : débat

16h/16h30 : pause café

16h30/18h : Table ronde animée par Sylvie DUCAS et Marie-Christine JACQUINET sur le thème : Ethique et créativité en bibliothèque
Avec la participation de :
– Benoit BERTHOU (maître de conférences en Sciences de l’information et de la Communication, directeur de la revue en ligne Comicalités)
– Annie METZ (conservatrice en chef de la bibliothèque Marguerite-Durand)
– Dominique TABAH (ancienne directrice générale du réseau des bibliothèques de Montreuil)
– Lucile TRUNEL (chef du Service de l’Action pédagogique, Délégation à la Diffusion Culturelle, Bibliothèque nationale de France)

18h/18h30 : débat

18h30 : Fin de la journée d’études. Pot de clôture

Télécharger les résumés des exposés.

Renseignements pratiques :

Contacts et inscriptions :

Attention, le nombre de places disponibles est limité !

La SABAM, grand méchant loup de la lecture publique ?

Selon les tarifs en vigueur à la SABAM, la société belge des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique, chaque bibliothèque est tenue de payer forfaitairement 12,39 EUR pour toute lecture publique gratuite d’une œuvre dont la SABAM gère les droits. A raison d’une lecture publique par semaine, cela fait près de 650 EUR par an… Un sacré budget pour faire découvrir des auteurs, partager des passions et aider les enfants à découvrir les joies de la lecture.

La bibliothèque municipale de Dilbeek en a des sueurs froides : avec l’aide de bénévoles, elle organise en effet toutes les deux semaines des lectures pour les enfants. Lourd pour une petite bibliothèque au budget modeste !

Relayée ce lundi matin par le quotidien flamand De Morgen et le site The Next Web, l’affaire fait le buzz sur la toile et les réseaux sociaux en particulier. A un point tel que la SABAM publie le jour même un communiqué de presse où elle précise qu’elle ne perçoit des droits d’auteur pour des lectures publiques d’oeuvres littéraires que si deux conditions sont remplies :

[L]’oeuvre doit être protégée, c’est-à-dire qu’elle n’appartient pas au domaine public (moins de 70 ans après le décès de l’auteur).
Par ailleurs, l’oeuvre doit avoir été écrite, traduite ou adaptée par un auteur qui a confié la gestion de ses droits à la SABAM.
Si ces deux conditions sont remplies, la SABAM percevra, conformément à sa mission, des droits d’auteur auprès de l’organisateur de cette lecture publique.

Dans le cas de la bibliothèque de Dilbeek, il semblerait à première vue qu’elle ne serait en réalité pas concernée puisque les lectures mises en cause seraient des lectures des contes de Grimm… Ce lundi 13 mars 2012, le quotidien ActuaLitté précise lui dans un article que :

[L]a SABAM avoue ne pas comprendre tout l’émoi que suscite l’article de De Morgen, qui part de plusieurs constats erronés. Jérôme Van Win [porte-parole de la SABAM], nous explique en effet, que l’article de nos confrères fait état d’un ouvrage, en lecture pour des enfants… signé des frères Grimm.

Et de nous préciser : « Il doit y avoir un malentendu incroyable dans cette histoire. Ces derniers sont morts au milieu du XIXe siècle. Cela fait plus de septante ans. Et comme vous le savez, leurs oeuvres relèvent du domaine public. Il aurait donc été tout à fait incongru de notre part de percevoir quelque argent que ce soit à la bibliothèque, pour un ouvrage du domaine public. Surtout que les frères Grimm n’ont jamais pu confier leurs droits à la SABAM« , ajoute-t-il non sans humour.

Sauf que justement, dans le cas-ci, il ne s’agit nullement de la lecture de versions originales des contes ou de traductions néerlandaises datant du 19e siècle ! Vous connaissez beaucoup de bibliothèques qui espéreraient sérieusement attirer de jeunes auditeurs en organisant exclusivement la lecture publique d’œuvres littéraires tombées dans le domaine public ? Les Contes de ma mère l’Oye, des extraits du Télémaque de Fénelon ou encore des Métamorphoses d’Apulée… ? Les œuvres plus récentes, comme les adaptations et les nouvelles traductions, sont bel et bien concernées par la redevance à la SABAM.

La SABAM aime à se présenter comme défenseur des auteurs et de leurs droits. Quoi de plus normal puisque c’est là une de ses missions premières… Mais, comme le souligne le billet « Us et coutumes de la SABAM, une fois encore« , venant de la part d’une société qui a été condamnée pour abus de position dominante dans sa politique de prix en 2001, a dû faire face en 2002 à des critiques du gouvernement belge sur l’opacité de sa gestion, a été soupçonnée de fraude en 2005 et a été inculpée pour fraude en 2007, il y a quand même quelque chose de pour le moins abracadabrantesque dans le fait de réclamer, légitiment, des droits d’auteur dans le cadre de séances de lecture publique…

Sources:

Ce livre est interdit? Ok, on le distribue gratis alors…

Fin juillet 2011, le conseil du lycée Republic (Missouri ) a décidé, par 4 voix contre 0, de retirer du programme et de la bibliothèque le roman de science-fiction « Abattoir 5 ou la Croisade des enfants » (Slaughterhouse Five or the Children’s Crusade) de l’auteur Kurt Vonnegut. Considéré comme l’un des romans américains les plus importants du 20e siècle, « Abattoir 5 » figure également en bonne place dans les listes des 100 ouvrages les plus contestés aux USA, notamment en raison de scènes de sexe et du langage grossier des soldats (l’action se déroule durant la Seconde Guerre mondiale).

La critique à l’origine du retrait du roman au lycée Republic remonte à septembre 2010. Wesley Scroggins, professeur associé en management à la Missouri State University et chrétien conservateur, lance un pavé dans la marre en critiquant la lecture de certains ouvrages au lycée Republic. Sur « Abattoir 5 », il écrit ainsi:

This is a book that contains so much profane language, it would make a sailor blush with shame. The « f word » is plastered on almost every other page. The content ranges from naked men and women in cages together so that others can watch them having sex to God telling people that they better not mess with his loser, bum of a son, named Jesus Christ.

Détail amusant: les enfants de Scroggins ne vont pas au lycée en question, ils suivent un enseignement à domicile… Cherchez l’erreur… Et s’il fréquente les lieux de cultes, il est à mon avis peu à parier que Scroggins fréquente la bibliothèque publique de son quartier…

Face à cette censure inacceptable, la direction du Musée Kurt Vonnegut a donc décidé d’envoyer gratuitement 150 exemplaires du livre aux élèves lycée Republic qui en feraient la demande par e-mail. Celles et ceux qui le souhaitent sont même invités à faire un don de 5USD (participation aux frais d’envoi). Un joli pied de nez aux censeurs qui souhaitent imposer leurs listes et grilles de lecture…

Pour aller plus loin :

Merci encore à @Gerda42 de m’avoir renseigné l’article du Magazine Littéraire.