Journée d’études sur les bibliothèques et l’éthique

Ce vendredi 4 mai 2012 se tiendra à Saint-Cloud une journée d’études qui met en lien les bibliothèques et l’éthique : « Bibliothèques et transmissions des savoirs aujourd’hui : pour une éthique des savoirs créatifs ?« . Avec pour ambition de s’interroger sur les modes et les responsabilités d’accès aux savoirs et sur les contenus proposés dans la bibliothèque, les aspects suivants seront explorés dans le cadre de cette journée :

  • les distinctions des savoirs et, plus avant, des savoirs « illégitimes » : la bibliothèque est-elle toujours un espace de transmission des savoirs savants? la question de l’assimilation floue de certains savoirs (populaires, savants, de masse…) ;
  • la problématique de la traduction et de la production de littératures étrangères : quelles sources d’information ? quelles politiques d’acquisition? quelles valorisations des collections face aux problèmes liés à la circulation transnationale des textes et aux déséquilibres entre les différentes aires linguistiques et géographiques ;
  • l’identification de la collection : comment faire une place à l’ailleurs et à l’indéfini au sein d’une collection éditoriale et d’une collection bibliothécaire ?
  • le savoir et l’écrit : le livre comme vecteur privilégié du savoir et la place de la dimension multimédia, qui mobilise documents sonores, vidéos, sites internet (comme le Guichet du savoir) ;
  • la question de l’apprentissage : quels dispositifs d’apprentissage créatifs en bibliothèque ? Comment animations, expositions, résidences d’auteurs, et plus largement action culturelle, peuvent-il participer de la construction d’un savoir ? le numérique : en quoi permet-il une migration créative et éthique de la connaissance ? La question notamment des publications scientifiques et de l’Open Access.

Cette journée d’études s’inscrit dans le cadre du projet « Savoirs créatifs, savoirs migrateurs », relié au programme de recherche international « Éthiques de la Création » (2008-2014) piloté par Sylvie Dallet, professeure à l’Université de Versailles-Saint-Quentin, chercheuse au Centre d’histoire culturelle des sociétés contemporaines (CHCSC) et présidente de l’Institut Charles Cros, et en collaboration avec le groupe de recherche « Livre : Création, Culture et Société » du CHCSC animé par Sylvie Ducas.

Programme de la journée

Matinée

9h : accueil des participants

9h30 : discours d’ouverture
–  Christophe PAVLIDES (directeur Médiadix, Université Paris Ouest Nanterre La Défense)
–  Sylvie DALLET (professeur des universités, chercheuse au CHCSC, coordinatrice « Savoirs créatifs ») et Sylvie DUCAS (maître de conférences à l’Université Paris-Ouest Nanterre La Défense, chercheuse au CHCSC)

10h/10h30 : Conférence inaugurale de Robert DAMIEN (philosophe, U. Paris-Ouest, sous réserve)

10h30/12h : Sauvegardes mémorielles, identités culturelles et archives du populaire : pour un engagement politique et citoyen (présidence : Sylvie DALLET)
Halat BISRI (historienne, Centre d’Histoire Culturelle des Sociétés Contemporaines – Université de Versailles-Saint-Quentin) : « Le « droit » de sauvegarde et de transmission du patrimoine éditorial au Liban »
Irène LANGLET (professeur des universités en littérature, Université de Limoges) : « Une médiathèque à la Bibliothèque Universitaire, entre divertissement et savoir »
Franck MICHEL (anthropologue, responsable de l’association Deroutes et Détours) : « L’aventure d’une petite bibliothèque rurale balinaise »

12h/12h30 : débat

12h30/14h : buffet

Après-midi

14h/15h30 : Valoriser et mesurer les outils : du codex à Internet, pour une information complexe (présidence : Sylvie DUCAS)
Fatima REUTLINGER (bibliothécaire, université Sophia Antipolis de Nice) : « Des bibliothèques des prisons à la Bibliotheca alexandrine »
Bernard KRESPINE (conservateur à la BnF) : « Les services d’information à distance : outils et  futurs des pratiques de recherche ? »
Anne-Lise QUESNEL (historienne, Centre d’Histoire Culturelle des Sociétés Contemporaines – U. Versailles-Saint-Quentin) et Elise LASSONDE (conservatrice à la Bibliothèque et aux Archives nationales du Québec) : « Identification de la collection : faire une place à « l’ailleurs et à l’indéfini » au sein d’une collection éditoriale. L’exemple du Livre d’artiste »

15h30/16h : débat

16h/16h30 : pause café

16h30/18h : Table ronde animée par Sylvie DUCAS et Marie-Christine JACQUINET sur le thème : Ethique et créativité en bibliothèque
Avec la participation de :
– Benoit BERTHOU (maître de conférences en Sciences de l’information et de la Communication, directeur de la revue en ligne Comicalités)
– Annie METZ (conservatrice en chef de la bibliothèque Marguerite-Durand)
– Dominique TABAH (ancienne directrice générale du réseau des bibliothèques de Montreuil)
– Lucile TRUNEL (chef du Service de l’Action pédagogique, Délégation à la Diffusion Culturelle, Bibliothèque nationale de France)

18h/18h30 : débat

18h30 : Fin de la journée d’études. Pot de clôture

Télécharger les résumés des exposés.

Renseignements pratiques :

Contacts et inscriptions :

Attention, le nombre de places disponibles est limité !

L’arbre de Noël des bibliothèques

Un arbre de Noël à la portée de toutes les bibliothèques… Une idée pas plus idiote qu’une autre pour donner une seconde vie à des ouvrages mis au pilon et accueillir nos usagers d’une façon originale.

[Photo : Aalborg Universitetsbibliotek,  Danemark]

« Couic sur la chose », une expo censurée (via La bibliothèque apprivoisée)

En décembre 2008, la revue Bibliothèque(s) de l’ABF publiait un numéro consacré à cette thématique. Dans son introduction au dossier, Michel Melot, ancien président du Conseil supérieur des bibliothèques faisait remarquer qu’une des leçons que l’on peut tirer [des censures subies], sur laquelle il est possible d’agir, est l’isolement des bibliothécaires victimes de censures de la part de leurs tutelles. »

Pour témoigner de son engagement, qui est celui de tous les bibliothécaires, pour la liberté d’expression, l’ABF (l’Association des Bibliothécaires de France) a décidé de briser cet isolement, de soutenir les auteurs et les professionnels censurés – notamment les collègues de la BDP de la Somme et de publier le catalogue de l’exposition  » « Quand les illustrateurs de jeunesse dessinent pour les grands » surtitrée pour adultes seulement.

[…]

Lire la suite sur « La bibliothèque apprivoisée »

Et aussi sur :

Une affiche pour faire tampon ?

Nos bibliothèques seront-elles à leur tour un jour amenées (acculées?) à afficher pareil avertissement afin de ménager la susceptibilité des lecteurs ? Quelqu’un aurait-il déjà rencontré dans une bibliothèque une affiche justifiant la présence d’ouvrages… disons, relativement peu orthodoxes ?

Tampon photo incites controversy at the Fashion Institute “FIT endorses the right of artists to freely express their views through their work” reads a sign at the beginning of a student photography show on display in one of the institute’s lobbies. The sign also warns that artwork may be inappropriate for some people. That didn’t stop the Dean from requesting that a photograph by Jessica Chow be covered up. The work is composed of a number of seemingly used tampons on a bright red background. No other i … Read More

via Blogging Censorship : Tampon photo incites controversy at the Fashion Institute.

The Cartoons that Shook the World

Le 30 septembre 2005, en réponse à un écrivain danois se plaignant que depuis l’assassinat du réalisateur néerlandais Theo van Gogh, personne n’avait accepté d’illustrer son livre sur Mahomet, le grand quotidien danois Jyllands-Posten publie 12 caricatures du Prophète. Dans un premier temps relativement discrètes et diplomatiques, les réactions d’indignation se multiplient progressivement. D’autres réactions, très nombreuses elles aussi, en soutien à la liberté d’expression et à la liberté de la presse sont alors émises. On trouvera sur Wikipédia une chronologie détaillée de la controverse.

Quatre ans plus tard, les Yale University Press publient un ouvrage consacré à l’affaire des caricatures du prophète Mahomet : The Cartoons that Shook the World (ISBN 9780300124729). Cet ouvrage, écrit par Jytte Klausen une politologue d’origine danoise de la Brandeis University, est probablement la première étude complète sur cette affaire internationale. Ouf  ! Ça permettra enfin de faire le point !

Compte tenu de l’impact de cette controverse en France (principalement dû à la publication de ces caricatures dans France Soir et Charlie Hebdo), il est fort à parier (et même souhaitable !) qu’un éditeur publie une traduction française de cette étude. Si les bibliothèques universitaires peuvent et doivent se permettre l’acquisition de documents originaux et innovants dans d’autres langues que le français, il me semble plutôt déraisonnable d’avoir les mêmes attentes pour les bibliothèque publiques francophones (hormis peut-être celles servant un public bilingue ou multilingue). Je serai curieux de voir si l’acquisition de cette étude par une bibliothèque publique amènera des mécontentements parmi les lecteurs, voire des micro-troubles (je ne crois pas du tout  à beaucoup plus), ou si l’acquisition elle-même de l’ouvrage posera problème à des membres d’une bibliothèque, responsables des acquisitions ou non. Wait and see

Lorsque j’ai reçu The Cartoons that Shook the World, j’ai tout de suite cherché si les caricatures avaient été reproduites… En vain. Dans une note en début d’ouvrage, Jytte Klausen précise :

Muslim scholars, friends, and political activists and leaders urged me to include the cartoons in the book with the purpose of encouraging reasoned analysis and debate on the cartoon episode. I agreed with sadness to the Press’s decision not to print the cartoons and other hitherto uncontroversial illustrations featuring images of the Muslim prophet. But I also never intended the book to become another demonstration for or against the cartoons, and I hope the book can still serve its intended purpose without illustrations.

C’est vrai que le but de l’ouvrage n’est pas rouvrir les débats, risquant de jeter de l’huile sur le feu. C’est vrai aussi que comme les 12 caricatures sont facilement accessibles sur internet (à l’heure ou j’écris ces lignes, les caricatures se trouvent au moins sur 11 pages de Wikipédia, notamment sur la page en farsi [sic !] consacrée à cette affaire), il était peut être inutilement risqué de les publier. Toutefois, les Yale University Press devaient-elles aller si loin et refuser de publier, hormis les 12 caricatures problématiques, toutes les illustrations du Prophète initialement prévues par l’auteur ? Jytte Klausen elle-même le déplore. Je trouve qu’il y a toujours quelque chose d’attristant de constater qu’un livre sérieux, qu’une étude rigoureuse ne peut mettre en avant et offrir aux yeux du lecteur ce qui justifie au fond son écriture et sa publication. J’ai ressenti la même frustration en dévorant Lire Tintin : les bijoux ravis (de Benoît Peeters) consacré aux Bijoux de la Castafiore : une analyse minutieuse de l’album, planche après planche, case après case… mais, probablement pour des raisons de droits d’auteur, sans aucune planche ni case de l’album d’Hergé en illustration…!

Enfin, pour en revenir à l’affaire des caricatures, on pourra toujours de rabattre sur Muhammad: The « Banned » Images, un ouvrage publié en novembre 2009 par Voltaire Press suite — vous ne devinerez jamais — au refus quelques mois plus tôt par les Yale University Press de publier les 12 caricatures…