Um … about that American Libraries article we wrote

Un article soumis à « American Libraries » qui a fait l’objet d’une adaptation de contenu (ajout d’une citation d’un responsable de Gale/Cengage) avant publication, sans que les auteurs n’en aient été avertis… Pas très correct, tout cela… :-/

Stewart Varner

As a professional rule, I try to keep things positive. I like to be a cheerleader for all the great people out there and avoid boosting the signal on a bunch of negativity.

However, situations compel me to devote this one post to something totally crappy.

TL;DR: Patricia Hswe and I wrote an article for American Libraries and the editors added some quotes from a vendor talking about their products without telling us. We asked them to fix it and they said no.

Because American Libraries refused to clarify what happened, we decided to clarify it ourselves. What follows is our second (and hopefully happier) attempt at collaborative writing. This little blog does not have quite the reach of that big glossy magazine so please feel free to share as widely as you want. As always, let me know if you have any questions!

svarner@email.unc.edu  ||  @stewartvarner

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If you are a member of…

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Une réunion spécialisée, deux publications

En août 2014, dans la région genevoise (Suisse), la section FAIFE de l’IFLA organisait un Satellite Meeting de la Conférence annuelle de l’IFLA (Lyon), sur le thème : « Ethical dilemmas in the Information Society, Codes of ethics for librarians and archivists ». Diverses interventions ont montré, si besoin était, que les interrogations en matière de déontologie professionnelle et, partant, les codes d’éthique de nos associations, sont des sujets d’étude et de discussion toujours aussi actuels.

Les actes de ces journées scientifiques viennent d’être publiés par un réseau mondial sur l’éthique basé à Genève (Globethics.net), coorganisateur de cette réunion. Ils sont disponibles en ligne et gratuitement ici. En outre, RESSI, la Revue électronique suisse de science de l’information, éditée annuellement sous les auspices du Département Information documentaire de la Haute École de gestion de Genève, publie un compte-rendu du Satellite Meeting dans son dernier numéro.

A l’heure où les tragiques événements parisiens de janvier 2015 nous obligent toutes et tous à réfléchir au rôle que les bibliothécaires et autres spécialistes en information peuvent et doivent jouer en matière de libre circulation de l’information et des idées, gageons que ces lectures sauront alimenter vos réflexions !

Michel Gorin

Retrait d’une étude scientifique qui dérange Monsanto et Elsevier

En septembre 2012, la revue scientifique Food and Chemical Toxicology, éditée par Elsevier, a publié une étude, menée par le Professeur Gilles-Éric Séralini de l’Université de Caen, qui suggérait qu’un maïs Monsanto génétiquement modifié (GM), et l’herbicide Roundup avec lequel il était cultivé posaient de sérieux risques pour la santé. Cette étude alimentaire de deux ans avait découvert que les rats nourris souffraient de lésions sévères au foie et rein, d’un accroissement de leur taux de tumeurs et d’une mort prématurée. L’herbicide (Roundup) et le maïs GM étaient tous deux des produits Monsanto.

Séralini G-E, Clair E, Mesnage R, Gress S, Defarge N, Malatesta M, Hennequin D, de Vendômois J-S. Long term toxicity of a Roundup herbicide and a Roundup-tolerant genetically modified maize. Food and Chemical Toxicology, 50 (2012) 4221–4231. http://dx.doi.org/10.1016/j.fct.2012.08.005

Quelques mois plus tard, en mars 2013, des critiques formulées par d’autres chercheurs font l’objet d’une réponse détaillée par l’équipe du Professeur Séralini. Cette réponse a été publiée dans la même revue.

Séralini G-E, Clair E, Mesnage R, Gress S, Defarge N, Malatesta M, Hennequin D, de Vendômois J-S. Answers to critics : why there is a long term toxicity due to NK603 Roundup-tolerant genetically modified maize and to a Roundup herbicide Food and Chemical Toxicology 53(2013), 476–483. http://dx.doi.org/10.1016/j.fct.2012.11.007

La nomination de l’ex-scientifique de Monsanto Richard Goodman au poste nouvellement créé de rédacteur en chef adjoint de la biotechnologie pour la revue Food and Chemical Toxicology ne font qu’enflammer les débats. On parle d’une campagne de discrétisation orchestrée pour mettre à mal les résultats de l’étude.

Les critiques de fond se ramènent à deux : la souche de rats de laboratoire ‘Sprague-Dawley’ utilisée était inappropriée, car elle est sujette aux cancers, d’une part, et le nombre d’animaux à utiliser pour des tests sur le cancer trop petit, d’autre part. En fait, l’étude n’avait pas explicitement comme objectif de faire une étude sur les cancers, mais concernait une expérimentation de toxicologie alimentaire, pour laquelle la souche de rongeurs de laboratoire ‘Sprague-Dawley’ est la souche la plus couramment utilisée, et le nombre d’animaux, soit 10 dans chaque groupe, était en conformité avec les directives de l’OCDE pour conduire ce type d’expérimentation.

Le 27 novembre 2013, l’éditeur de la revue Food and Chemical Toxicology, A. Wallace Hayes, écrit au Professeur Gilles-Eric Séralini : l’article de septembre 2012 sera retiré au motif qu’il était « peu concluant », et non parce qu’il y a eu fraude ou erreur. L’article incriminé avait pourtant été publié selon le modèle habituel du peer-reviewing, après lecture et examen par des pairs.

Un jour plus tard, le 28 novembre 2013, un communiqué de presse a été publié par une société de relations publiques, intitulé « Elsevier Announces Article Retraction from Journal Food and Chemical Toxicology » .

Seralini_SD_retracted

Pour mémoire, outre le fait d’être réputé pour être un éditeur dont les prix exorbitants des périodiques scientifiques grèvent les budgets des bibliothèques, Elsevier est déjà connu pour avoir publié 6 revues truquées commanditées par des sociétés pharmaceutiques anonymes (Elsevier published 6 fake journals, Bob Grant, TheScientist, 7 May 2009,). Elsevier est également la cible d’un boycott international toujours en cours comme une protestation par des universitaires contre ses pratiques commerciales, en particulier les prix élevés exigés pour les revues et les livres. À ce jour, plus de 14.100 personnes ont signé et se sont engagées à n’y plus publier, êtres juges lors de relectures ou faire un travail éditorial avec Elsevier.

L’équipe de Séralini s’élève fermement contre ce retrait et entend recourir à des mesures juridiques contre la revue pour protéger leurs droits (FCT requests the retraction of Prof Seralini’study). La revue Food and Chemical Toxicology et l’éditeur Elsevier entretiennent donc manifestement une confusion délibérée entre « article présentant des impacts négatifs sur la santé et pour lequel aucune fraude ou erreur n’a été trouvée » et « article qui prétend qu’il n’y aucun impact négatif sur la santé et dans lequel une erreur grave a été commise ». Ce n’est pas seulement une violation flagrante de l’éthique dans le secteur de l’édition, mais cela signifie aussi une conspiration en vue de retirer des résultats rendus publics qui pourraient être d’une grande importance pour la santé publique. En outre, c’est un abus de la science qui s’élève au rang d’une sorte de « terrorisme » de la part d’une entreprise sur la recherche scientifique et les scientifiques indépendants. Ce type d’action s’en prend au coeur même de la science et de la démocratie, et à l’aspiration de scientifiques à travailler pour le bien public.

Un groupe de scientifiques a donc rédigé une lettre ouverte demandant une annulation du retrait de l’article en question et des excuses publiques exprimées auprès des auteurs : Open Letter on Retraction and Pledge to Boycott Elsevier.

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Ce billet a été très largement inspiré par l’article « Le retrait de l’article sur les résultats des recherches du groupe Séralini est une violation de la science et de l’éthique » du Dr Mae-Wan Ho & du  Professeur Peter Saunders. Une cyberaction est également lancée depuis le 9 décembre 2013 : Cyberaction N° 592 : Pour l’annulation du retrait de l’article de GE Seralini.

Un tout grand merci à ma collègue Simone Jérôme de m’avoir tuyauté sur cette actualité.

Mise en ligne de « Info & éthique: Y a-t-il une ligne rouge? »

Il y a un an paraissait un numéro spécial des Cahiers de la documentation : « Info & éthique: Y a-t-il une ligne rouge ?« . Les douze articles de ce numéro sont à présent intégralement disponibles sur le site de l’Association Belge de Documentation (ABD-BVD) :

http://www.abd-bvd.be/index.php?page=cah/rc-2011-2&lang=fr

Voir le billet Info & éthique: Y a-t-il une ligne rouge ? de juin 2011 pour plus d’informations sur ce numéro thématique des Cahiers.

Citation sur commande dans les publications scientifiques : une étude aux résultats édifiants !

Il peut malheureusement arriver que des chercheurs ayant soumis un article à une revue scientifique se voient retourner leur contribution avec, comme demande de correction de la part de l’éditeur (editor), l’ajout de citations bibliographiques complémentaires d’articles de périodiques publiés par le même éditeur commercial (publisher). L’objectif étant ainsi d’augmenter artificiellement l’importance et l’impact de ces revues citées sur commande et ainsi de faire gonfler notamment le facteur d’impact (IF), dont les limites et la tyrannie ne sont plus à démontrer (certains l’ont même fait avec beaucoup d’humour). Si l’auteur ne se soumet pas à cette « invitation » à ajouter des citations, il risque tout bonnement de voir son texte refusé. Ainsi, le message ci-dessous a été adressé par l’éditeur de la revue Leukemia à l’auteur d’un article envoyé pour publication :

Manuscripts that have been published in Leukemia are too frequently ignored in the reference list of newly submitted manuscripts, even though they may be extremely relevant. […] We have noticed that you cite Leukemia [once in 42 references]. Consequently, we kindly ask you to add references of articles published in Leukemia to your present article.

Smith, R. (1997). Journal accused of manipulating impact factor. BMJ 1997; 314:461.5. doi: 10.1136/bmj.314.7079.461d

On trouvera d’autres exemples tout aussi écœurants dans un article publié en 2010:
Macdonald, S., Kam, J. (2010). Counting footnotes: Citability in management studies. Scandinavian Journal of Management, 26(2): 189-203. doi: 10.1016/j.scaman.2010.01.003

En gros, à côté du « perish or publish », les chercheurs peuvent également parfois se retrouver confrontés au « add citations or risk rejection ». Si le phénomène est bien connu des chercheurs, son ampleur vient d’être objectivée et analysée par deux chercheurs de l’Université d’Alabama qui ont mené une enquête sur ce phénomène des citations « obligatoires ». Ils ont récolté 6672 réponses de chercheurs en économie, gestion, sociologie et psychologie. Les résultats, publiés dans un numéro de Science de février 2012, sont tout bonnement édifiants !

Le graphique ci-dessous illustre le pourcentage de répondants à l’enquête

  • qui ont déjà subi des demandes d’ajouts de citations (env. 20%) (colonne 1),
  • qui sont conscients de l’existence de cette pratique (env. 45%) (colonne 2),
  • qui pensent que c’est une procédure inappropriée (86%) (colonne 3),
  • qui pensent que ces demandes réduisent le prestige d’un journal (81%) (colonne 4),
  • qui seraient moins enclins à soumettre un papier à un périodique où ces pratiques existent (64%) (colonne 5),
  • qui ajouteraient d’emblée des citations du journal avant même de soumettre leur article (57%) (colonne 6). [A mon sens, le chiffre le plus interpellant !]

Le pourcentage de périodiques (analysés dans le cadre de cette étude) où ces pratiques existent est également représenté : 175 périodiques sur 832, soit 21% (colonne 7).

Parmi les 6672 répondants à l’enquête, et pour la période des cinq dernières années, 519 chercheurs ont reconnu avoir subis des pressions une fois pour l’ajout de citations. Pour 390, ce fut deux fois et trois fois pour 176 autres chercheurs… Dans la majorité des cas (593), le nombre de citations de complaisance à ajouter dans l’article soumis n’était pas spécifié. Dans 56 cas, il ne fallait ajouter qu’une seule citation, dans 144 cas deux citations, dans 178 cas trois citations, dans 59 cas quatre citations et dans 128 cas cinq citations. Pour 35 chercheurs, il leur avait été demandés d’ajouter jusqu’à huit citations ou plus…

L’enquête a également mis d’autres faits en avant (voir le tableau ci-dessous). Par exemple que les maîtres-assistants et les maîtres de conférence avaient plus de chance, respectivement 5,5% et 4,3%, que les professeurs (pris comme base de calcul) d’être victimes de demandes d’ajout de citations de complaisance. De plus, à chaque co-auteur supplémentaire, on constate qu’il y a 2% de chance en plus d’échapper aux demandes d’ajout, sans doute car les rédacteurs et éditeurs en chef trouvent-ils plus facile d’influencer de plus petits groupes de co-auteurs.

Autre fait relevé, par rapport à l’économie (discipline prise comme base de calcul), c’est surtout dans les domaines relevant des sciences de gestion (marketing, management, finance, systèmes d’information et comptabilité) que les auteurs courent le plus de risques. Beaucoup moins par contre en sociologie et en psychologie. Enfin, si l’on compare les différents types d’éditeurs en prenant les presses universitaires comme base, il est désormais prouvé que les éditeurs commerciaux et les sociétés savantes ont des approches plus coercitives.

Ces pratiques sont tout bonnement écœurantes ! Vu la charge financière que constituent les abonnements de périodiques scientifiques pour les bibliothèques universitaires et les centres de recherche, on se serait attendu à un peu plus de correction de la part des éditeurs et rédacteurs en chef, chercheurs eux aussi… Bien sûr, tous ne sont pas à mettre dans le même panier – loin s’en faut ! – et l’on se gardera bien de jeter l’opprobre sur toute cette profession !! Je serais personnellement très intéressé de voir circuler sur la toile la liste des titres périodiques concernés et de ces éditeurs en chef à la déontologie limitée… Double jeu, doubles risques ! Le monde scientifique y gagnerait à dénoncer ces pratiques avec plus de vigueur. Retirer d’emblée toutes les auto-citations (des auteurs et des articles publiés dans le même périodique) des calculs des indices bibliométriques (dont l’IF) amènerait sans doute à réduire fortement le nombre de citations de complaisance ou mises sur commande.

Source :
Wilhite, A.W., Fong, E.A. (2012). Coercive Citation in Academic Publishing. Science, 335(6068), 542-543. doi: 10.1126/science.1212540