La bibliothèque, lieu de tournage de pornos ?

On connaît tous le cas de lecteurs qui viennent à la bibliothèque pour y regarder du porno. Si vous ne l’avez peut-être pas vécu personnellement, allez faire un tour sur Google : le nombre de billets, news et articles de journaux ou de webzines qui en parlent (surtout de l’autre côté de l’Atlantique) est assez impressionnant. C’est aussi l’un des sujets de prédilection du bibliothécaire Dan Kleinman et de son blog Safe Libraries.

Dans le meilleur des cas, si ces « lecteurs » sont un tant soit peu respectueux des autres usagers, ils visualisent les vidéos de façon discrète, ou « mieux » arrivent à la bibliothèque avec leur propre portable pour ne bénéficier que du wifi et de la borne passante (au moins comme cela, ils ne monopolisent pas une machine publique). Toutefois, en fonction de la configuration de leur réseau informatique, les bibliothèques peuvent quand même être quittes de ces visites, pas particulièrement souhaitées…

Là où cela devient plus inquiétant, c’est quand des « lecteurs » (le plus souvent plutôt des « lectrices ») se rendent à la bibliothèque en vue d’y tourner des vidéos pornographiques grâce à la webcam de leur laptop, vidéos visibles par des internautes moyennant paiement à travers des plates-formes comme MyFreeCams.com ! La bibliothèque est donc utilisée pour son cadre, son environnement studieux (vous avez dit « fantasmes » ?) et permet, bien malgré elle, à certaines personnes de gagner de l’argent (bon à la rigueur, si elles reversaient l’intégralité de leurs gains aux bibliothèques publiques britanniques, ce serait peut-être moins grave, non ?).

Indigné par de telles pratiques, le bibliothécaire et blogueur J. Shore a scruté en juin 2012 le site MyFreeCams.com à la recherche de telles vidéos. Il a pris quelques captures d’écran où il estimait que la bibliothèque pouvait être reconnue. En postant ces images sur Twitter, son objectif était donc d’abord de sensibiliser les bibliothécaires des bibliothèques concernées à ce qui se passait sous leur nez (façon de parler) pour ensuite faire en sorte que les camgirls cessent leur lucrative activité. N’ayant reçu aucune réponse via Twitter, J. Shore a donc décidé de publier les différentes captures d’écran sur son blog début juillet.

J’ignore totalement si des bibliothèques belges ou françaises ont déjà été confrontées à ce genre de « production » pour lesquelles elles auraient servi de décor.

Par curiosité, je viens de relire le règlement général de ma BU à l’attention des usagers. Il semble bien que si une utilisatrice avait l’idée d’y tourner pareille vidéo, rien dans le règlement général ne l’interdirait, pour autant que cela ne soit pas réalisé avec le matériel informatique de la BU, que ce soit discret et que le silence soit respecté ! Lors de la rédaction du règlement, on n’a sans doute pas envisagé ce type de comportement en bibliothèque… L’honneur est sauf grâce au « Règlement des études et des examens » (année 2012-2013) de l’Institution lequel stipule en son article 79 que les « étudiants dont le comportement est de nature à perturber gravement les activités universitaires et/ou à porter gravement atteinte à l’honneur et/ou aux valeurs de l’Université » peuvent se voir infliger des peines disciplinaires par les autorités académiques (loi du 28 avril 1953, art. 60). Tourner une vidéo porno à la BU, c’est quand même à porter gravement atteinte aux valeurs d’une université, non ? Le hic, c’est que cela ne peut concerner que les étudiants de mon institution, et donc pas les (étudiants) extérieurs. Le règlement général prévoit par contre que « toute personne qui perturberait la nécessaire tranquillité de la bibliothèque » pourrait se voir enjoindre de quitter les lieux. La vache ! Pas d’exclusion prévue au règlement pour ce type de comportement donc. Évidemment, si cela n’est encore jamais arrivé, il n’y a sans doute pas de raison de paniquer…

Source : info obtenue via un tweet de @SafeLibraries.

La SABAM, grand méchant loup de la lecture publique ?

Selon les tarifs en vigueur à la SABAM, la société belge des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique, chaque bibliothèque est tenue de payer forfaitairement 12,39 EUR pour toute lecture publique gratuite d’une œuvre dont la SABAM gère les droits. A raison d’une lecture publique par semaine, cela fait près de 650 EUR par an… Un sacré budget pour faire découvrir des auteurs, partager des passions et aider les enfants à découvrir les joies de la lecture.

La bibliothèque municipale de Dilbeek en a des sueurs froides : avec l’aide de bénévoles, elle organise en effet toutes les deux semaines des lectures pour les enfants. Lourd pour une petite bibliothèque au budget modeste !

Relayée ce lundi matin par le quotidien flamand De Morgen et le site The Next Web, l’affaire fait le buzz sur la toile et les réseaux sociaux en particulier. A un point tel que la SABAM publie le jour même un communiqué de presse où elle précise qu’elle ne perçoit des droits d’auteur pour des lectures publiques d’oeuvres littéraires que si deux conditions sont remplies :

[L]’oeuvre doit être protégée, c’est-à-dire qu’elle n’appartient pas au domaine public (moins de 70 ans après le décès de l’auteur).
Par ailleurs, l’oeuvre doit avoir été écrite, traduite ou adaptée par un auteur qui a confié la gestion de ses droits à la SABAM.
Si ces deux conditions sont remplies, la SABAM percevra, conformément à sa mission, des droits d’auteur auprès de l’organisateur de cette lecture publique.

Dans le cas de la bibliothèque de Dilbeek, il semblerait à première vue qu’elle ne serait en réalité pas concernée puisque les lectures mises en cause seraient des lectures des contes de Grimm… Ce lundi 13 mars 2012, le quotidien ActuaLitté précise lui dans un article que :

[L]a SABAM avoue ne pas comprendre tout l’émoi que suscite l’article de De Morgen, qui part de plusieurs constats erronés. Jérôme Van Win [porte-parole de la SABAM], nous explique en effet, que l’article de nos confrères fait état d’un ouvrage, en lecture pour des enfants… signé des frères Grimm.

Et de nous préciser : « Il doit y avoir un malentendu incroyable dans cette histoire. Ces derniers sont morts au milieu du XIXe siècle. Cela fait plus de septante ans. Et comme vous le savez, leurs oeuvres relèvent du domaine public. Il aurait donc été tout à fait incongru de notre part de percevoir quelque argent que ce soit à la bibliothèque, pour un ouvrage du domaine public. Surtout que les frères Grimm n’ont jamais pu confier leurs droits à la SABAM« , ajoute-t-il non sans humour.

Sauf que justement, dans le cas-ci, il ne s’agit nullement de la lecture de versions originales des contes ou de traductions néerlandaises datant du 19e siècle ! Vous connaissez beaucoup de bibliothèques qui espéreraient sérieusement attirer de jeunes auditeurs en organisant exclusivement la lecture publique d’œuvres littéraires tombées dans le domaine public ? Les Contes de ma mère l’Oye, des extraits du Télémaque de Fénelon ou encore des Métamorphoses d’Apulée… ? Les œuvres plus récentes, comme les adaptations et les nouvelles traductions, sont bel et bien concernées par la redevance à la SABAM.

La SABAM aime à se présenter comme défenseur des auteurs et de leurs droits. Quoi de plus normal puisque c’est là une de ses missions premières… Mais, comme le souligne le billet « Us et coutumes de la SABAM, une fois encore« , venant de la part d’une société qui a été condamnée pour abus de position dominante dans sa politique de prix en 2001, a dû faire face en 2002 à des critiques du gouvernement belge sur l’opacité de sa gestion, a été soupçonnée de fraude en 2005 et a été inculpée pour fraude en 2007, il y a quand même quelque chose de pour le moins abracadabrantesque dans le fait de réclamer, légitiment, des droits d’auteur dans le cadre de séances de lecture publique…

Sources:

Les bibliothèques interdisent vraiment de tout…

Les bibliothécaires sont décidément des gens bizarres : si certains font partie des premiers à dégainer lorsque les droits fondamentaux (liberté d’expression, liberté de la presse…) sont menacés, d’autres n’hésitent pas brandir les étendards de la Protection en interdisant un peu tout et n’importe quoi, en fonction des modes, priorités, phobies ou marottes des conservateurs :

  • interdiction de disposer d’une bouteille d’eau en salle de lecture,
  • interdiction de disposer devant soi de plus de trois ouvrages (car de toute façon, il est impossible à tout stupide lecteur de lire trois livres en même temps, c’est bien connu),
  • interdiction d’utiliser son GSM (même sur silencieux),
  • interdiction sur les postes publics d’accéder aux réseaux sociaux (car la sainte mission de ces ordinateurs est exclusivement de permettre un accès au sublime opac et aux outils documentaires), avec installation de filtres en conséquence,

Des exemples authentiques, malheureusement, qu’il m’a (presque) été donné de vivre par le passé…

La Yonkers Public Library (New York) a frappé fort en interdisant l’ « accès » aux ballons dans son enceinte, la bibliothèque jugeant l’intrusion de ballons comme suffisamment problématique que pour faire disposer une jolie pancarte à l’attention des usagers franchissant son seuil…

Apparemment, les raisons sous-jacentes à cette décision seraient d’ordre sécuritaire : lâchés et montant jusqu’au plafond, les ballons pourraient déclencher les alarmes incendie ou perturber les détecteurs de mouvement activés après la fermeture de la bibliothèque. Si cette interdiction part d’un bon sentiment, mentionner un « pour des raisons de sécurité » ou une explication, même succincte, n’aurait sans doute pas fait de tort.

De cette expérience, on peut tirer les conclusions suivantes :

1) Il y a peut-être un gosse sur 500 qui risque de rentrer à la bibliothèque avec un ballon et cela justifie un panneau d’interdiction. Merveilleux accueil !

2) Si vous avez une arme et un port d’arme, vous êtes par contre le bienvenu à la bibliothèque ! Un ballon est donc plus dangereux pour la sécurité des lecteurs et des documents qu’une arme à feu.

3) Continuons à faire chier les lecteurs comme cela et nous n’aurons plus besoin de décisions politiques ou institutionnelles ou de restrictions budgétaires pour fermer les bibliothèques ! Il nous suffira juste de continuer à ne pas nous adapter aux attentes légitimes de nos usagers ou à interdire, sans expliquer.

Ce que l’histoire ne dit pas par contre, c’est ce que les lectrices féministes blondes et à forte poitrine pensent cet accès interdits aux « balloons » et « globos »…

Sources :
Uptight Westchester Library Bans Balloons! (17-01-2011)
Serious Rule At The Yonkers Public Library (17-01-2011)

Cachez ce journal que je ne saurais voir

L’arrondissement de Newham est l’un des arrondissements de Londres les plus variés sur le plan ethnique. On y parle environ 150 langues différentes et de très nombreux résidents n’ont l’anglais que comme langue seconde.

Depuis des années, les bibliothèques publiques y proposent des journaux dans plusieurs douzaines de langues! Apparemment, cette diversité ne plaisait pas à tous puisque les responsables ont récemment décidé de retirer des bibliothèques tous les journaux qui n’étaient pas en langue anglaise… Motifs? Le fait de ne pas maîtriser suffisamment bien l’anglais est un handicap dans la recherche d’un emploi et les journaux en langues étrangères ne favorisent pas l’intégration et la cohésion de la communauté. Le maire Robin Wales (Labour) considère même que retirer les journaux « encourageraient les gens à parler et à apprendre l’anglais ». Évidemment, le fait de supprimer autant de souscriptions pour des titres en urdu, hindi ou encore bengali permettra de réduire les dépenses, ce qui n’est peut-être pas mal vu à une époque où de nombreuses bibliothèques publiques britanniques se retrouvent menacées (subsides en baisse, mauvaise gestion, etc.). On peut au moins espérer que l’argent ainsi épargné pourra être réinvesti dans des projets visant à améliorer la maîtrise de l’anglais des allophones.

Autre pays, même volonté chez certains. À Steenokkerzeel, une commune du Brabant flamand, certains élus locaux se sont offusqués de voir la bibliothèque locale proposer des journaux en français.

Le conseiller indépendant Ronald Verslyppe y voit une forme de facilités déguisée (verdoken vorm van faciliteiten). Il ne comprend pas que des journaux belges francophones qui ont une ligne éditoriale anti-flamande (die anti-Vlaams gericht zijn) puissent être considérés comme éducatifs dans une commune flamande rurale comme Steenokkerzeel. L’élu Kurt Ryon (Klaver-N-VA) lui emboite le pas et précise qu’il préférerait que l’argent dépensé pour les journaux francophones soit plutôt consacré à des livres néerlandophones et francophones qui aient un intérêt éducatif pour les étudiants. Il ajoute que les lecteurs qui veulent vraiment lire un journal francophone peuvent le faire sur internet. Pour lui, il s’agit d’une dépense inutile (zinloze uitgave) et cela ne favorise pas l’intégration. Karel Goderis (Vlaams Belang) ajoute quant à lui qu’il ne voit aucun problème à ce que la bibliothèque propose des journaux internationaux (francophones) de qualité [sic].

L’échevin de la culture Erwin Verhaeren (CD&V) ne comprend pas cette agitation et considère que le choix des journaux proposés à la bibliothèque est de la responsabilité du bibliothécaire. L’échevin se bat contre la pensée unidimensionnelle. À ses yeux, le plurilinguisme reste un atout pour les Flamands, et non un désavantage ni une honte.

Réduction des dépenses (inutiles) et volonté d’intégration. Que ne ferait-on pas avec d’aussi nobles sentiments? Arguments passe-partout et éculés. Dans le cas anglais comme dans le cas flamand, la position des bibliothécaires n’est pas évidente. Si ceux-ci souhaitent coller au mieux aux besoins et attentes de leurs lecteurs, et si l’on part du principe que les journaux « étrangers » mis en cause avaient bien un lectorat justifiant leur acquisition par les bibliothèques, ils sont souvent mal armés pour faire face à des pressions politiques comme celles-là. La position de l’échevin CD&V est, elle, courageuse, une attitude trop peu mise à l’honneur du côté francophone… Après avoir mis de côté les journaux en langue étrangère, quelle est la prochaine étape?

Dans la série « moins de français, plus de néerlandais », on n’oubliera pas qu’il y a presque dix ans, en 2002, la Région flamande a mis en application un nouveau décret relatif aux bibliothèques. Celui-ci n’était pas sans un impact particulier dans les communes à facilités: subsides contre quota linguistique à respecter (75% de livres néerlandophones contre 25% de livres dans d’autres langues, dont le français). Sur les six communes à facilités de la Région bruxelloise, seule la commune de Wemmel a accepté le deal, du moins officiellement, car dans la réalité, des livres francophones sont dissimulés dans les remises, invisibles au public, mais accessibles sur demande. L’objectif est bien de donner l’impression de respecter le quota officiel… Pour la commune flamande de Wemmel, avec 70% de francophones et 30% de néerlandophones, un quota linguistique inverse me laisse pour le moins dubitatif… À Linkebeek par contre, la commune a décidé de maintenir un équilibre 50% de livres francophone, 50% de livres néerlandophones:

Sources:

Do RFIDs provide new ethical dilemmas for librarians and information professionals?

Depuis ce 11 mars 2011 est disponible en ligne un nouvel article sur les implications d’ordre éthique de la technologie RFID pour les bibliothèques et les professionnels de l’information. Cet article sous presse est à paraître dans le International Journal of Information Management (ISSN 0268-4012).

Abstract

This paper provides an analysis of the current and potential ethical implications of RFID technology for the library and information professions. These issues are analysed as a series of ethical dilemmas, or hard-to-resolve competing ethical obligations, which the librarian has in relationship to information objects, library users and the wider social and political environment or state. A process model of the library is used as a framework for the discussion to illustrate the relationship between the different participants in the library system and it is argued that ethical analysis should involve the identification of future developments as well as current issues. The analysis shows that RFIDs do currently pose some dilemmas for librarians in terms of the conflicts between efficient service, privacy of users and an obligation to protect the safety of society as a whole, and that these are likely to become more problematic as the technology develops. This paper is part 2 of a series of papers on RFIDs and the library and information professions.

Research highlights

  • Examination of existing and potential benefits and threats of RFID technology.
  • Development of ethical framework to examine these issues for the profession.
  • Discussion of competing moral obligations of library and information professionals to information objects, library users and the state and how particular contexts and new technologies, such as RFIDs, may alter these.
  • Discussion of role of codes of ethics and management practices in resolving these dilemmas and developing best practice.

Keywords

RFIDs ; Information ethics ; Library management ; Privacy

Article :
Thornley,C., et al. Do RFIDs (radio frequency identifier devices) provide new ethical dilemmas for
librarians and information professionals? International Journal of Information Management (2011), doi:10.1016/j.ijinfomgt.2011.02.006