Info & éthique: Y a-t-il une ligne rouge?

Fin juin 2011 sortira un numéro spécial (2011/2) des Cahiers de la documentation consacré à l’éthique et aux sciences de l’information : Info & éthique: Y a-t-il une ligne rouge? On peut espérer que ce numéro va quelque peu booster l’intérêt pour ce sujet dans le monde des bibliothèques en Belgique. Dès le début des années 1990, plusieurs pays comme le Canada, les États-Unis, la France, le Japon ou le Royaume-Uni avaient déjà élaboré des codes de déontologie à l’attention des professionnels des bibliothèques. En Belgique, on  y travaillait aussi comme l’indique Josiane Roelants (Bibliothèque Royale de Belgique) dans son article « Ethique et qualité en bibliothéconomie » (p. 209) :

La Belgique ne possède encore aucun Code d’éthique pour le bibliothécaire. Toutefois, la Communauté française, autorité responsable des Bibliothèques publiques francophones, étudie les dernières modalités d’application d’un règlement d’ordre intérieur et d’un code déontologie. (Libri, 43(3), 198-209)

Un peu moins de vingt (!) ans plus tard, où en sommes-nous en Belgique? Si la Flandre  a mis en place, dès 2008, plusieurs codes d’éthique pour les archivistes , les bibliothécaires des bibliothèques publiques et les professionnels de l’information dans les bibliothèques et les centres de documentation (ce besoin de disposer de codes parallèles me laisse toujours un peu perplexe…), je n’ai encore rien trouvé d’officiel pour la partie francophone du pays, même si on peut être heureux (soulagé?) de constater :

  1. que la sensibilisation à la déontologie figure bien au programme des trois hautes écoles formant les futurs professionnels bibliothécaires et documentalistes (BAC+3), la Haute École de la Province de Liège, la Haute École de Namur et la Haute École Paul-Henri Spaak ;
  2. que la Commission « Bibliothèques » du Conseil Interuniversitaire de la Communauté française (CIUF) a bien dans ses cartons l’élaboration d’un code de déontologie (mais cela fait, je pense, bientôt deux ans et il serait bon que cela sorte enfin des cartons…)

En attendant, on se contentera donc du numéro spécial Info & éthique: Y a-t-il une ligne rouge? des Cahiers de la documentation (2011/2):

Library Ethics on an International Level : IFLA and its committee on ‘Free Access to Information and Freedom of Expression’ (FAIFE) par Hermann Rösch
Résumé : L’International Federation of Library Associations and Institutions (IFLA) a mis en place le Committee on Free Access to Information and Freedom of Expression (FAIFE) pour souligner son engagement éthique et promouvoir la liberté intellectuelle et la mission essentielle des bibliothèques en tant que portes du savoir et des idées. Les activités de la FAIFE vont de la collecte d’informations sur l’état du monde en termes de libre accès à l’information et de liberté d’expression (World Report) à l’élaboration de divers manifestes (p.ex. Internet Manifesto) et de matériel pédagogique approprié. Un de ses derniers projets a pour objectif la création d’un code international de déontologie pour les bibliothécaires. Le premier numéro de la FAIFE Newsletter a été lancé récemment. Conjointement à la présence de la FAIFE sur Facebook, Twitter, etc, cela permet d’envoyer des nouvelles, de réagir immédiatement si nécessaire et d’inviter les gens à interagir et à participer à des débats sur le sujet. L’objectif global est d’élever le niveau de sensibilisation à l’éthique dans le monde des bibliothèques, de renverser les modes anciens et nouveaux de la censure et de surmonter toute menace à la liberté intellectuelle.

Digital ethics par Rafael Capurro
Résumé : L’éthique numérique traite de l’impact des Technologies de l’Information et de la Communication (TIC) sur nos sociétés et plus généralement sur l’environnement. L’éthique numérique des média s’intéresse plus explicitement aux questions éthiques concernant Internet et l’information de réseau ainsi qu’aux média de communication tels que les téléphones portables et la navigation mobile. Cet article introduit d’abord l’impact des TIC sur notre société et l’environnement. Des questions telles que la vie privée, la surabondance d’information, l’addiction à Internet, le fossé numérique, la surveillance et la robotique seront abordées d’un point de vue interculturel. Le message de cet article est que la réflexion éthique peut et doit contribuer à trouver des solutions durables aux défis technologiques de l’ère numérique.

Ethics, social media and mass self-communication par Robert W. Vaagan
Résumé : Un modèle révisé de l’éthique en matière d’information est présenté. Il peut s’avérer utile dans l’analyse des défis éthiques, dans ce que Manuel Castells décrit comme un système émergent d’ »auto-communication de masse » dans lequel les media sociaux jouent un rôle-clé. Le modèle identifie trois sources ou spécificités de notre ère de l’information qui débouchent sur cinq problèmes éthiques liés à cinq droits individuels. Alors que le système d’auto-communication de masse est envisagé quelque peu différemment par des théoriciens tels que Castells, Jenkins ou Lyon, la réflexion éthique associée au passage du web 2.0 au web 3.0 dépend du poids relatif accordé aux théories normatives de la vertu, du devoir et de la conséquence.

Le documentaliste et l’éthique par Jean-Philippe Accart
Résumé : Cet article donne les grands principes fondamentaux servant à l’élaboration d’un code de déontologie pour les professionnels de l’information et les documentalistes : par rapport à l’utilisateur, à l’employeur, à l’information et à la profession. La plupart des associations professionnelles ont rédigé leur code déontologique. L’exemple du European Council for Information Associations (ECIA) est celui le plus souvent cité.

Waarom een gedragscode voor informatieprofessionals? par Steven van Impe
Résumé : Depuis 2009, la Vlaamse Vereniging voor Bibliotheek, Archief & Documentatie (VVBAD) s’active à la mise au point d’un code de bonne conduite pour les professionnels de l’information, un document avec des directives morales pour tous ceux qui travaillent dans une bibliothèque. Cet article analyse le contexte local et international de ce code. La façon dont il a vu le jour est examinée. Une partie importante de l’article expose les raisons de la nécessité ou de l’utilité d’un tel document. Divers exemples montrent clairement qu’un tel code est bien plus qu’une simple vue de l’esprit : ce sont là des valeurs dont les collaborateurs de bibliothèques ont déjà bien souvent été implicitement invités à adopter, de manière qu’elles soient appliquées tant en interne que vis-à-vis de leurs clients et des autorités. Ainsi, le code devient un bon moyen pour professionnaliser davantage le secteur.

After the code: Actions to put a code of ethics into real practice par Jorge Candás Romero
Résumé : Le code de déontologie ne peut être perçu que comme la première étape des démarches éthiques d’une association professionnelle. Il définit le cadre des décisions éthiques, mais il ne permet pas, à lui seul, de résoudre les dilemmes éthiques, et ne peut pas être donné aux praticiens sans précautions concernant son esprit et son utilisation. Il doit aussi être mis à disposition des membres et être fonctionnel. Quatre actions principales (avec leurs avantages et inconvénients) sont proposées dans cet article : la création de lignes directrices pour l’utilisation et l’interprétation du code, l’établissement d’un groupe d’experts chargé de conseiller les membres, l’élaboration de réponse aux comportements non éthiques et la promotion du code. L’objectif est de constituer les fondements de la déontologie de l’association professionnelle, prêts à l’emploi pour résoudre les dilemmes éthiques qui se posent à la profession et aux praticiens.

Les dangers de la désinformation : Appel au sens critique, aux documentalistes et experts par Christiane de Craecker-Dussart et Willy de Craecker
Résumé : Près de 40 ans d’expérience en information, documentation, lectures, consultations, études, analyses, audits et publications, débouchent sur un constat alarmant : l’information se double très souvent d’une désinformation ou de manipulation du public visé, qui peut prendre de multiples formes. Cette situation a toujours existé, mais prend des proportions inégalées au 21e siècle, vu l’explosion actuelle des réseaux mondiaux d’information. Le texte décrit les nombreux dangers de la désinformation et les graves menaces qu’elle fait peser dans tous les domaines. Après l’historique et les concepts, l’article traite des processus, influences et conséquences des manipulations. Il propose des solutions pour les vaincre, en particulier des méthodes permettant d’aiguiser et d’exercer le sens critique salutaire et en appelle aux professionnels, notamment bibliothécaires, documentalistes et experts indépendants et compétents. Le tout est illustré de 3 exemples pratiques détaillés et complété d’un glossaire et de notes.

Éthique et informatisation par Michel Volle
Résumé : L’informatisation a donné naissance à un alliage entre le cerveau humain et l’ordinateur et fait émerger un continent, le « cyberespace », où se manifestent des possibilités et des risques nouveaux. Il en est résulté une transformation des techniques de production, du contenu des emplois, de la sociologie et de l’organisation de l’entreprise. Il en résulte l’exigence d’un « commerce de la considération » dans les rapports des entreprises avec leurs agents opérationnels, leurs partenaires, leurs fournisseurs et leurs clients. Rares sont cependant les entreprises qui ont pris la mesure du phénomène. Cette évolution, que l’on peut juger positive, s’accompagne par ailleurs de dangers nouveaux : la concurrence est très violente, la fraude et la criminalité tirent parti de l’informatique avec la complicité de quelques « pays voyous » et banques « fantômes ». L’exigence éthique se manifeste donc en plein, qu’il s’agisse du corps des règles et des lois ou des comportements individuels.

Lanceurs d’alerte : Des vigilants parmi nous par Jacques Testart
Résumé : Ceux qui révèlent le risque d’une certaine pratique ou d’un produit technologique pour la santé et l’environnement (les « lanceurs d’alerte ») sont des « vigiles » qu’il importe de protéger de la répression, par justice sociale comme pour encourager de tels comportements. Mais il faut aussi protéger l’alerte elle-même c’est à dire évaluer sa pertinence et prendre des mesures proportionnées à la menace. Or, les intérêts particuliers, souvent économiques, qui font taire le lanceur d’alerte sont aussi présents chez ceux qui produisent l’expertise sur la dangerosité de la technologie suspectée. Il importe donc de disposer d’une autorité pouvant imposer à la fois des règles déontologiques pour assurer l’objectivité de toute expertise et la protection de tout lanceur d’alerte de bonne foi.

Mésusages informationnels et plagiat : Réflexions autour de quelques effets secondaires du Web 2.0 par Daniel Peraya et Claire Peltier
Résumé : Face au phénomène du plagiat, les universités répondent le plus souvent par la détection et la sanction systématique des cas de fraude. Les causes possibles sont attribuées à l’apparente facilité d’accès à l’information aujourd’hui ainsi qu’aux mutations sociétale (consumérisme effréné) et académique (massification et hétérogénéité du public étudiant). Après avoir replacé le Web 2.0 dans le contexte d’évolution des techniques et des technologies et présenté leur impact sur les connaissances, nous montrerons que derrière le plagiat comme dénomination générique on trouve plusieurs formes de mésusages informationnels, intentionnels ou non, et que ceux-ci peuvent être considérés comme des effets secondaires négatifs, symptomatiques d’une surabondance d’information de qualité inégale et d’un manque de repères entraînant une mauvaise transposition des pratiques courantes du Web 2.0 dans la sphère académique. Enfin, nous évoquerons succinctement notre contribution à l’émergence d’une culture informationnelle chez nos étudiants de l’Université de Genève.

Alternatieve vormen van kernfusie: Een merkwaardig geval van hebzucht par Mathieu Snyckers
Résumé : Il arrive également que les scientifiques témoignent de cupidité, ce qui peut nuire à leur attitude critique. C’est ce qui s’est produit lorsque Pons et Fleischmann déclarèrent avoir trouvé une nouvelle forme de fusion nucléaire. Ils choisirent le media grand public et non la publication traditionnelle avec « peer review » dans une revue scientifique. Même s’il apparut assez rapidement que la recherche n’avait pas été effectuée correctement, un grand nombre de chercheurs furent captivé par le battage de la fusion à froid. Après plus de vingt ans certains chercheurs continuent à y croire. L’auteur – qui travaillait au Centre d’Étude de l’Énergie nucléaire, à Mol – décrit comment les chercheurs peuvent se faire induire en erreur par leur propre orientation psychologique.

Het documentatiecentrum van het Vlaams Vredesinstituut: Meer dan een bibliotheekfunctie? par Dominique J.B. Vanpée
Résumé : Bien que, depuis des décennies, existait déjà l’idée de mettre en place un institut de recherche sur la paix en Flandre ou en Belgique, le Vlaams Instituut voor Vrede en Geweldpreventie n’a été créé qu’en 2004, après des dizaines de propositions et après que fut régionalisée la compétence d’octroi de licences pour l’exportation d’armes. Dans cet article, nous allons découvrir l’origine et le développement du Vlaams Vredesinstituut et de son centre de documentation.

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