Relent nauséabond dans la lagune

Il y a quelque chose de pourri en Vénétie… La Ligue du Nord a récemment annoncé vouloir bannir des écoles et bibliothèques publiques de Vénétie les ouvrages des écrivains qui ont soutenu Battisti. En 2004, plus de 500 intellectuels (Roberto Saviano, Valerio Evangelisti, Massimo Carlotto, Daniel Pennac, Wu Ming…) ont ainsi signé un appel en faveur du terroriste italien Cesare Battisti, réclamant notamment que celui-ci soit libéré de prison et ne soit pas extradé vers l’Italie. (Notez au passage qu’en termes choisis et politiquement corrects, on ne parle pas de « terroriste », mais d' »activiste ».)

C’est Raffaele Speranzon, conseiller à la culture de Vénétie, et soit dit en passant jadis activiste au sein du Movimento sociale italiano (MSI), qui dégaina le premier. Comme son nom ne l’indique pas, le Movimento sociale italiano n’est autre qu’un ancien parti néo-fasciste italien, précurseur de l’Alliance nationale. Speranzon soutint une proposition contraignant les bibliothécaires de Vénétie à retirer des rayons tous les ouvrages des auteurs signataires de la pétition et à leur empêcher d’organiser toute manifestation autour de ces auteurs. Ces écrivains devenaient désormais  « indésirables ». Et les bibliothécaires qui n’accepteraient tout simplement pas cette décision seraient tenus pour responsables. Elena Donazzan, conseillère régionale chargée de l’éducation et de la formation, vint ensuite mettre une seconde couche. Dans une lettre à l’attention des directeurs des établissements scolaires de la région, elle soulignait qu’un boycott civil était le minimum qu’on pouvait demander à l’égard de ces intellectuels qui soutiennent le terroriste. Elle invitait les écoles de Vénétie à ne pas faire lire ou conserver dans leurs bibliothèques les écrits non éducatifs de ces « indésirables ». Ce n’est donc rien de moins que la censure d’intellectuels italiens que réclame la conseillère régionale à l’éducation et à la formation (sic !)…

Sans vouloir prendre position sur le fond de l’affaire Battisti, qui n’est vraisemblablement qu’un prétexte (ça ou autre chose…), je ne peux qu’abonder dans le sens de Wu Ming pour qui cette tentative de censure est non seulement une menace contre toute une catégorie de travailleurs, les bibliothécaires, qui, au risque de le payer bien cher, seraient soumis à une sorte d’ultimatum autoritaire et anticonstitutionnel, mais il s’agit aussi d’un acte visant à isoler et censurer les écrivains, et à travers eux tous les artistes, en les considérant comme des complices moraux du terrorisme, d’un acte qui détournerait l’attention du « bon peuple » des véritables problèmes, d’un acte ayant pour objectif d’intimider et de bien garder en laisse ceux qui, pouvant et osant exprimer publiquement leurs opinions, disposent d’une certaine influence sur la société.

Scandaleuse cette tentative de censure et de contrôle de la pensée en Italie? On est d’accord! Quid de Céline? La récente polémique sur l’auteur français antisémite pourrait-elle aussi amener à des décisions (locales) du même ordre?

Il y a quelque chose de pourri en Vénétie, mais prenons garde à la contamination…


Sources :
Carlo Brambilla: La Ligue du Nord joue les censeurs. Courrier international (21 janvier 2011)
Wu Ming: Berlusconi’s lackeys want to ban our books. They started from Venice. Let’s fight back (17 janvier 2011)
Serge Quadruppan: Inquisition moderne : les bibliothèques vénitiennes purgées des pro-Battisti. Rue89 (17 janvier 2011)

[Dessin: Tom Tomorrow, http://thismodernworld.com]

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