Plaidoyer pour plus de bibliothécaires pleurnichards

Le point est encore régulièrement abordé dans la presse et les médias américains. On ne compte plus les articles de revues scientifiques, chapitres de livres ou ouvrages qui l’abordent. Nos collègues outre Atlantique le détestent, le haïssent, le maudissent, l’abhorrent, l’abominent et l’exècrent, il est devenu leur bête noire. Le PATRIOT Act les hante et menace toujours ! Une intéressante lettre, pleine d’humour et de sincérité, de Norm Schiller, président du conseil du Mississippi Valley Library District, et publiée dans Suburban Journals nous le démontre une fois encore : Librarians help protect readers’ privacy (17 février 2010).

Dans sa lettre, l’auteur notamment :

  • ironise sur la rapidité avec laquelle le Congrès a voté cette loi liberticide :
    « Days after 9/11, Congress created the Patriot Act […]. This same Congress that takes years to name a highway or a bridge. »
  • résume avec beaucoup de justesse toute la problématique des National Security Letters (NSL) :
    « These are used to demand readers’ records, e-mails, circulation records and Internet searches. Using the NSLs, there are no search warrants and no reviews by judges. Agents show up and demand patron records, and that’s that. If the clerk on duty tells anyone, even the library director or me, the president of the board, the employee will be imprisoned without a trial« .
    Les NSL sont pourtant en parfaite opposition au Quatrième Amendement qui stipule que les arrestations et perquisitions ne peuvent avoir lieu sans mandat :
    « The right of the people to be secure in their persons, houses, papers, and effects, against unreasonable searches and seizures, shall not be violated, and no Warrants shall issue, but upon probable cause, supported by Oath or affirmation, and particularly describing the place to be searched, and the persons or things to be seized. »
    (« Le droit des citoyens d’être garantis dans leurs personne, domicile, papiers et effets, contre les perquisitions et saisies non motivées ne sera pas violé, et aucun mandat ne sera délivré, si ce n’est sur présomption sérieuse, corroborée par serment ou affirmation, ni sans qu’il décrive particulièrement le lieu à fouiller et les personnes ou les choses à saisir. », traduction tirée de Wikisource)
  • se moque des agents du FBI que la loi­ autorise, par un simple document administratif (les NSL), à exiger des bibliothèques qu’elles leur fournissent des données sur leurs lecteurs :
    « No one, and I mean no one, gets to see what are patrons are reading. No one, especially FBI agents who are too lazy to get a warrant from a judge, has this privilege. To protect our patrons, libraries created software that would purge readers’ records and Internet searches after a week or two.« 
  • jubile, on le devine, à l’idée d’avoir été traité comme tant d’autres de pleurnichard (« crybaby« ) par l’Attorney General John Ashcroft.

Et rappelant toute l’importance que les bibliothécaires américains accordent au respect de la vie privée de leurs Bébé qui pleurelecteurs ainsi qu’à la confidentialité des données personnelles les concernant, Norm Schiller annonce tout de go :

Our staff is trained to protect the patient’s privacy above all. We will not hesitate to dismiss someone who betrays the trust. Reader confidentiality is central to every library’s mission.

En mai 2008, soit un peu plus de six ans et demi après l’adoption par le Congrès du PATRIOT Act, on estimait à 200.000 le nombre de National Security Letters qui avaient été présentées dans les bibliothèques américaines ! Comme le souligne Norm Schiller, cela fait 200.000 bonnes raisons de se sentir concerné…

Alors, quand je pense qu’aux yeux de certains (!) collègues, je passe pour un emmerdeur de première et/ou un parano lorsque je dis qu’il est tout à fait anormal de signaler à l’étudiant Untel que le livre qu’il cherche a en fait déjà été emprunté par la lectrice Trucmuche et qu’il peut, s’il veut, s’arranger librement avec elle, je me dis qu’un petit séjour là-bas ferait le plus grand bien à ces collègues…

Mais la Belgique n’est évidemment (et heureusement) pas les États-Unis. J’ose espérer – et veux croire – que l’immense majorité des bibliothécaires de Belgique francophone sont respectueux de la vie privée de leurs lecteurs. Et quand bien même on atteindrait les 99%, pourrions-nous seulement nous en contenter ? Je ne le pense pas et ne le souhaite en aucun cas.

[image : lescreationsdesosso]

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