Statistiques en hausse ?

[étude de cas #1]

Pas toujours aisé pour les bibliothèques modestes de devoir faire avec les budgets qui leur sont alloués. Chaque euro est important, particulièrement en période de crise ou de restriction budgétaire. Afin de justifier au mieux leurs besoins et leur importance et rôle pour la communauté qu’elles servent, les bibliothèques présentent souvent des statistiques aussi diverses que variées (nombre de transactions de prêt et de retour de prêt, prolongation au comptoir d’accueil ou via l’opac, fréquence de passage, utilisation du service de référence, commandes PEB, tranches d’âge des lecteurs, etc.).

Julien Sorel, directeur de la bibliothèque publique de la petite ville de Trifouillis-les-Oyes, espérait bien cette année pouvoir négocier avec le conseil d’administration afin qu’un nouvel agent bibliothécaire, espéré depuis deux ans, soit enfin engagé pour venir renforcer l’équipe de  la bibliothèque. Mais il semblait bien difficile d’obtenir cette année le bibliothécaire tant désiré si les statistiques d’utilisation et de fréquentation de la bibliothèque étaient en baisse… Julien Sorel le savait pertinemment et informa sa petite équipe de changements dans la façon de comptabiliser à l’avenir les transactions et services offerts aux lecteurs :

  1. En ce qui concerne le comptoir de renseignements (service de référence), alors que précédemment la question d’un lecteur, la réponse du bibliothécaire ainsi que l’éventuelle action du bibliothécaire (recherche documentaire en ligne, renseignement sur le fonds documentaire, aide à une recherche dans le catalogue…) comptaient pour une seule même transaction, il fallait désormais en comptabiliser trois (question, réponse, action).
  2. Les questions comme « Où sont les toilettes ? » ou « A quelle heure la bibliothèque ferme-t-elle ? » seraient désormais considérées comme des questions relevant du service de référence et donc comptabilisées (alors qu’avant elles ne l’étaient pas du tout).
  3. Le bureau de prêt effectuerait le moins possible de prolongations et à la place rentrerait les documents avant de les remettre aussitôt en prêt au lecteur, ceci afin de comptabiliser deux transaction au lieu d’une seule.

Les collègues de Julien Sorel n’aimèrent pas trop cette nouvelle façon de faire et le lui signalèrent. Celui-ci leur fit clairement comprendre que c’était là non seulement la seule façon de procéder pour que du renfort soit enfin engagé, mais aussi que de la sorte ils avaient plus de chances de conserver leur emploi.

[A partir d’un exemple tiré de : Elizabeth A. Buchanan, Katherine A. Henderson (2009). Case Studies in Library and Information Science Ethics. McFarland Publishers (pp.114-115), ISBN 9780786433674]

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Questions

(1) En mettant en place ces nouvelles pratiques, trouvez-vous que que le directeur a agi de façon non-éthique?

(2) En mettant en pratique cette nouvelle politique, l’équipe de la bibliothèque a-t-elle une responsabilité morale?

(3) Une équipe de subordonnés peut-elle selon vous  s’opposer à des décisions et refuser de les mettre en pratique?

(4) La fin justifie-t-elle les moyens?

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