Rififi à Pataskala (II)

Dans un précédent billet, j’ai décrit le conflit qui avait opposé certains habitants de la petite ville américaine  de Pataskala et la bibliothèque publique locale en ce qui concerne la mise à disposition, par la bibliothèque, du livre  Mastering Multiple Position Sex d’Eric Marlowe Garrison. Le 16 novembre 2009, le conseil d’administration confirma que l’ouvrage avait bien sa place dans les collections de la bibliothèque et prit la décision de permettre aux parents de limiter le prêt aux seuls documents « juvenile » (voir le rapport).

Dans les articles publiés dans le Newark Advocate que j’avais lus, il était question de cette nouvelle carte de lecteur (Kids Card) prévue pour février 2010.  J’ai donc demandé à Matt Nojonen, directeur de la Pataskala Public Library :

  1. comment il fallait comprendre le concept de « non-juvenile materials« , si cela voulait par exemple dire que cela excluait tout document de la section adulte et limitait les possibilités de prêt aux seuls documents de la section jeunesse, et quelle tranche d’âge était exactement concernée (tous les mineurs ou seulement une partie, les plus jeunes) ;
  2. si, suite à cette affaire, la bibliothèque envisageait de marquer certains documents, jusqu’ici accessibles à tous, comme inappropriés pour des mineurs et donc de les intégrer avec les autres « non-juvenile materials« .

Voici l’intéressante réponse de Matt Nojonen (postée avec son autorisation) :

The Kids Card was my idea. I am a very strong supporter of the First Amendment and it took more than a bit of soul searching before I proposed the policy to our Board. The American Library Association would take issue with a Kids Card because it falls foul of their interpretation of Article V of the Library Bill of Rights. I recommended it because our library already requires parents to accept responsibility for the selections of their minor children, a stance strongly endorsed by the ALA. Giving those parents a voluntary means of exercising that responsibility did not seem to cross any real lines regarding intellectual freedom.

Was it a compromise? Yes. But a compromise that does not alter our fundamental support of intellectual freedom as it is expressed in the library’s Mission Statement, Code of Professional Ethics and Collection Development Policy.

It is not intended to stop any future attempts at censorship. We are fully aware that children’s materials are challenged quite often. We have had formal complaints about books in our juvenile collection. It is a tool that parents can use or not use, that’s all.

As to your specific questions.

1) « Non-juvenile materials » means exactly what it says. All library materials that are not classified as juvenile cannot be borrowed by any minor whose parent/s have placed that restriction on their card. Is it possible that a child will select something like a biography of Napoleon from the adult collection and be denied the right to borrow it? Yes. As a matter of sheer operational practicality, we cannot set up a different set of approvals for every single minor patron based on specific fields of knowledge that their parents think is appropriate or not appropriate. Doing that would place an impossible burden on our staff.

We talked about different categories of minors too. Should the same restriction apply to a 17 year old that applies to a 6 year old? If we attempted to differentiate between age groups we would fall into the trap of deciding what is acceptable for each different class of minors and that is a huge legal liability. That is why the restriction, if it is chosen by the parent, will apply to their minor child until the age of 18.

We don’t apply age brackets when we catalog material. We determine what is juvenile by using « Cataloging In Publication » or CIP data which indicates the author’s and publisher’s intended audience. It will say « juvenile » right in the book or on the bibliographic record created for the book at the time of publication. That information is almost always accurate. We occasionally put books with « juvenile » CIP data in our Young Adult collection if we believe that the reading level is more advanced. We also find some material without CIP data and make a decision on where to place it in our collection based on the reading level. Determining reading level is not scientific. Nothing about collection development is. It is a combination of training and experience.

2) We are most emphatically NOT going to purge our collection or start labeling material as unacceptable for minors. Our collection development policy clearly states that we consider every single item in our library legal and that individuals are responsible for determining what is and is not acceptable for themselves and/or their minor children. Adding a Kids Card does not alter our position on that fundamental principle. The people who initiated the censorship effort over the sex manual dropped their request to throw the book away and asked us to put it in a special location where minors could not access it. We did not do that.

I do not expect many parents to select the Kids Card option. The community opinion expressed in face-to-face conversations, emails and reader comments on newspaper and TV station websites were 99% in our favor. Virtually no one thought censorship is a good idea. Most of the parents who use our library accompany their children and guide their selections. That is the way it should be.

Bien sûr, on ne peut qu’imaginer les membres du bureau de l’ALA s’étouffer en découvrant la mise en place de la Kids Card, mais l’initiative est intéressante à plus d’un titre. En plus de mes commentaires du 15 janvier, je reviendrai sur deux points :

(1) En utilisant seulement les données CIP, pour déterminer ce qui est oui ou non « juvenile« , la responsabilité du marquage est exclusivement dans les mains des auteurs et/ou éditeurs, et non des bibliothécaires qui n’ont ainsi pas à prendre position. Je suppose qu’ils travaillent avec la position 22 du champ 008 qui définit le public cible par exemple d’un livre ou d’une vidéo :

  • # – Inconnu ou non déterminé
  • a – Préscolaire
  • b – Primaire
  • c – Préadolescent
  • d – Adolescent
  • e – Adulte
  • f – Spécialisé
  • g – Général
  • j – Ouvrage pour les jeunes
  • | – Aucune tentative de coder

Pour rappel ou info, le programme CIP permet de puis 1971 de fournir aux bibliothèques américaines des notices bibliographiques les plus complètes possibles pour des ouvrages qui vont bientôt paraître. Les éditeurs participant au programme CIP doivent transmettre une copie électronique de la publication à venir à la Bibliothèque du Congrès qui crée alors la notice bibliographique et la transmet à l’éditeur afin que celui-ci l’imprime au verso de la page de titre.

(2) En faisant en sorte que la Kids Card concerne tous les lecteurs mineurs, jusqu’à leur majorité (18 ans), et non jusqu’à 15 ou 16 ans par exemple (voir le formulaire d’inscription), la bibliothèque de Pataskala se met sur la même longueur que la minorité légale et reste neutre. Par ailleurs, je trouve cette stratégie dissuasive pour les parents d’adolescents : qui voudrait que son fils ou sa fille de 17 ans ne puisse emprunter que des livres dont le public cible est préscolaire, primaire, préadolescent ou adolescent (cf. la biographie de Napoléon)…?

Enfin, cette affaire a également permis à la Pataskala Public Library de promouvoir auprès de leurs usagers leur Collection Development Policy, qui date de 1997.

(Dernière info pour la route, à ce jour, l’ouvrage Mastering Multiple Position Sex d’Eric Marlowe Garrison est toujours en prêt… et même en retard de restitution.)

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2 réflexions sur “Rififi à Pataskala (II)

  1. Décidément, on dirait bien que Matt Nojonen est en train de devenir une célébrité :

    Fighting the flames of censorship
    There’s a new local celebrity in Pataskala. He’s the director of the city’s library, and because of him freedom rings—and sex just may be getting a little more exciting in Licking County.

    Lire l’article complet sur le site de The Other Paper (20 janvier 2010).

    J'aime

  2. Pingback: Cas vécus de censure dans les bibliothèques américaines « biblioth|ê|thique

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