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Cas vécus de censure dans les bibliothèques américaines
La liberté d’expression est un des chevaux de bataille des bibliothèques américaines. Une nouvelle publication de l’ALA en atteste : l’ouvrage True Stories of Censorship Battles in America’s Libraries rassemble une trentaine de cas vécus face à la censure, que celle-ci soit due à des lecteurs, des groupes de pression ou des bibliothécaires eux-mêmes. Parmi les textes, on retrouvera l’expérience de Matt Nojonen sur les soucis rencontrés à la bibliothèque publique de Palastaka (voir les billets « Rififi à Pataskala » et « Rififi à Pataskala (II) »).
Il est peu de situations aussi stressantes que les problèmes en lien avec la présence en rayon de livres controversés par les usagers ou la hiérarchie. Aussi, les expériences relatées de cet ouvrage ne pourront-ils sans doute qu’aider tout bibliothécaire, englué dans pareil conflit, à se sentir moins seul.
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Foreword, by Ellen Hopkins
Introduction
Part I: Sometimes We’re Our Own Worst Enemy: When Library Employees Are Censors
Chapter 1 Where There Once Was None (Lucy Bellamy)
Chapter 2 Well-Intentioned Censorship Is Still Censorship: The Challenge of Public Library Employees (Ron Critchfield and David M. Powell)
Chapter 3 If I Don’t Buy It, They Won’t Come (Peggy Kaney)
Chapter 4 Mixed-Up Ethics (Susan Patron)
Part II: How Dare You Recommend This Book to a Child: Reading Levels and Sophisticated Topics
Chapter 5 Clue-less in Portland (Natasha Forrester)
Chapter 6 Vixens, Banditos, and Finding Common Ground (Alisa C. Gonzalez)
Chapter 7 Long Live the King (Novels)! (Angela Paul)
Chapter 8 Parent Concern about Classroom Usage Spills Over into School Library (Laurie Treat)
Chapter 9 The Princess Librarian: An Allegory (Sherry York)
Chapter 10 The Complexity and Challenges of Censorship in Public Schools: Overstepping Boundaries, Cultivating Compassionate Conversations (Marie-Elise Wheatwind)
Part III: Not Only Boy Scouts Should Be Prepared: Building Strong Policies
Chapter 11 I Owe It All to Madonna (Lisë Chlebanowski)
Chapter 12 The Battle to Include (Gretchen Gould)
Chapter 13 Pornography and Erotica in an Academic Library (Michelle Martinez)
Chapter 14 Reasonable Accommodation: Why Our Library Created Voluntary Kids Cards (Matt Nojonen)
Part IV: When the Tribe Has Spoken: Working with Native American Collections
Chapter 15 Cultural Sensitivity or Censorship? (Susanne Caro)
Chapter 16 Developing the Public Library’s Genealogy Euchee/Yuchi Collection (Cathlene Myers Mattix)
Part V: Conversation + Confrontation + Controversy = Combustion: Vocal Organization and Publicly Debated Challenges
Chapter 17 32 Pages, 26 Sentences, 603 Words, and $500,000 Later: When School Boards Have Their Way (Lauren Christos)
Chapter 18 The Respect of Fear (Amy Crump)
Chapter 19 Sweet Movie (Sydne Dean)
Chapter 20 Censorship Avoided: Student Activism in a Texas School District (Robert Farrell)
Chapter 21 I Read It in the Paper (Hollis Helmeci)
Chapter 22 Uncle Bobby’s Wedding (James LaRue)
Chapter 23 A Community Divided (Kristin Pekoll)
Chapter 24 The Author Visit That Should Have Been (Karin Perry)
Chapter 25 One of Those Not So Hideous Stories of a Book Challenge (Kathryn Prestidge)
Part VI: Crime and Punishment: When Library Patrons Have Committed a Crime
Chapter 26 A Serial Killer Visits the Library (Paul Hawkins)
Chapter 27 Books, Bars, and Behavior: Censorship in Correctional Libraries (Erica MacCreaigh)
Part VII: Perhaps It Is Possible to Judge a Book by Its Cover: Displays
Chapter 28 The Ghost of Halloween Past (Kathy Barco)
Chapter 29 The Neophyte in the New Age (Rosemary J. Kilbridge)
Chapter 30 Gay Books Display Brings Out High School Faculty Prejudice (Nadean Meyer)
Chapter 31 Censorship Looms Over the Rainbow (Cindy Simerlink)
Ce livre est interdit? Ok, on le distribue gratis alors…
Fin juillet 2011, le conseil du lycée Republic (Missouri ) a décidé, par 4 voix contre 0, de retirer du programme et de la bibliothèque le roman de science-fiction “Abattoir 5 ou la Croisade des enfants” (Slaughterhouse Five or the Children’s Crusade) de l’auteur Kurt Vonnegut. Considéré comme l’un des romans américains les plus importants du 20e siècle, “Abattoir 5″ figure également en bonne place dans les listes des 100 ouvrages les plus contestés aux USA, notamment en raison de scènes de sexe et du langage grossier des soldats (l’action se déroule durant la Seconde Guerre mondiale).
La critique à l’origine du retrait du roman au lycée Republic remonte à septembre 2010. Wesley Scroggins, professeur associé en management à la Missouri State University et chrétien conservateur, lance un pavé dans la marre en critiquant la lecture de certains ouvrages au lycée Republic. Sur “Abattoir 5″, il écrit ainsi:
This is a book that contains so much profane language, it would make a sailor blush with shame. The “f word” is plastered on almost every other page. The content ranges from naked men and women in cages together so that others can watch them having sex to God telling people that they better not mess with his loser, bum of a son, named Jesus Christ.
Détail amusant: les enfants de Scroggins ne vont pas au lycée en question, ils suivent un enseignement à domicile… Cherchez l’erreur… Et s’il fréquente les lieux de cultes, il est à mon avis peu à parier que Scroggins fréquente la bibliothèque publique de son quartier…
Face à cette censure inacceptable, la direction du Musée Kurt Vonnegut a donc décidé d’envoyer gratuitement 150 exemplaires du livre aux élèves lycée Republic qui en feraient la demande par e-mail. Celles et ceux qui le souhaitent sont même invités à faire un don de 5USD (participation aux frais d’envoi). Un joli pied de nez aux censeurs qui souhaitent imposer leurs listes et grilles de lecture…
Pour aller plus loin :
- Le Musée Kurt Vonnegut distribue un livre interdit, Le Magazine Littéraire, 9 août 2011
- Kurt Vonnegut library offers pupils free copies of banned book, The Guardian, 8 août 2011
- The Neverending Campaign to Ban ‘Slaughterhouse Five’, The Atlantic, 12 août 2011
- Vonnegut Memorial Library to give away copies of Slaughterhouse Five to Republic High School students, News-Leader.com, 4 août 2011 [?]
- Two books pulled from Republic school library shelves, News-Leader.com, 26 juillet 2011 [?]
- So It Goes: Missouri High School Bans Slaughterhouse-Five, American Libraries, 8 mars 2011
- Filthy books demeaning to Republic education, News-Leader.com, 18 septembre 2010 [?]
Merci encore à @Gerda42 de m’avoir renseigné l’article du Magazine Littéraire.
Un exemple du 13e siècle
Toute bibliothèque n’est-elle pas un jour confrontée à devoir gérer des ouvrages contestés ? Tantôt en raison de la langue, du style (L’Attrape-cœur de J. D. Salinger, Les Aventures de Huckleberry Finn de Mark Twain…), tantôt en raison de son contenu quelque peu “hérétique” (De l’évolution des espèces de Charles Darwin, L’Atlas de la création de Harun Yahya). Encore que pour ce dernier exemple, on ne s’en plaindra nullement, l’argumentaire créationniste fallacieux allant jusqu’à donner la nausée…
Mais que faisons-nous dans les bibliothèques scientifiques des ouvrages contestés, de ces ouvrages qui sentent le souffre? En rayon comme les autres? En réserve? Uniquement accessibles si l’on montre patte blanche ou que l’on est une bonne connaissance du conservateur? Référencés dans le catalogue? Ou non? Au pilon à la première plainte? Personnellement, il m’a déjà été donné de voir tous ces cas de figure…
Un bel exemple du sort à réserver aux ouvrages contestés nous est donné par un auteur anonyme du 13e siècle :
En ce qui concerne les livres nigromantiques, sous réserve d’une meilleure option, il semble qu’ils doivent être conservés plutôt que détruits. En effet, le temps est peut-être déjà proche, où pour certaines raisons que je tais sur l’heure, il sera utile à tout le moins de les examiner, mais que ceux qui les examinent se gardent néanmoins d’en faire usage.
Anonyme, Speculum astronomicae (milieu du 13e siècle)
Cette citation est issue du joli petit livre de Nicolas Weill-Parot : “La Magie des grimoires : petite flânerie dans le secret des bibliothèques”. Transboréal, 2009 (collection “Petite philosophie du voyage”).
Cela ne vaut bien sûr pas l’initiative Libre de lire ni la Semaine de la liberté d’expression, mais c’est mieux que rien… Surtout pour cette époque! Qui a osé dire que le Moyen Âge était une période d’obscurantisme?
Relent nauséabond dans la lagune
Il y a quelque chose de pourri en Vénétie… La Ligue du Nord a récemment annoncé vouloir bannir des écoles et bibliothèques publiques de Vénétie les ouvrages des écrivains qui ont soutenu Battisti. En 2004, plus de 500 intellectuels (Roberto Saviano, Valerio Evangelisti, Massimo Carlotto, Daniel Pennac, Wu Ming…) ont ainsi signé un appel en faveur du terroriste italien Cesare Battisti, réclamant notamment que celui-ci soit libéré de prison et ne soit pas extradé vers l’Italie. (Notez au passage qu’en termes choisis et politiquement corrects, on ne parle pas de “terroriste”, mais d’”activiste”.)
C’est Raffaele Speranzon, conseiller à la culture de Vénétie, et soit dit en passant jadis activiste au sein du Movimento sociale italiano (MSI), qui dégaina le premier. Comme son nom ne l’indique pas, le Movimento sociale italiano n’est autre qu’un ancien parti néo-fasciste italien, précurseur de l’Alliance nationale. Speranzon soutint une proposition contraignant les bibliothécaires de Vénétie à retirer des rayons tous les ouvrages des auteurs signataires de la pétition et à leur empêcher d’organiser toute manifestation autour de ces auteurs. Ces écrivains devenaient désormais “indésirables”. Et les bibliothécaires qui n’accepteraient tout simplement pas cette décision seraient tenus pour responsables. Elena Donazzan, conseillère régionale chargée de l’éducation et de la formation, vint ensuite mettre une seconde couche. Dans une lettre à l’attention des directeurs des établissements scolaires de la région, elle soulignait qu’un boycott civil était le minimum qu’on pouvait demander à l’égard de ces intellectuels qui soutiennent le terroriste. Elle invitait les écoles de Vénétie à ne pas faire lire ou conserver dans leurs bibliothèques les écrits non éducatifs de ces “indésirables”. Ce n’est donc rien de moins que la censure d’intellectuels italiens que réclame la conseillère régionale à l’éducation et à la formation (sic !)…
Sans vouloir prendre position sur le fond de l’affaire Battisti, qui n’est vraisemblablement qu’un prétexte (ça ou autre chose…), je ne peux qu’abonder dans le sens de Wu Ming pour qui cette tentative de censure est non seulement une menace contre toute une catégorie de travailleurs, les bibliothécaires, qui, au risque de le payer bien cher, seraient soumis à une sorte d’ultimatum autoritaire et anticonstitutionnel, mais il s’agit aussi d’un acte visant à isoler et censurer les écrivains, et à travers eux tous les artistes, en les considérant comme des complices moraux du terrorisme, d’un acte qui détournerait l’attention du « bon peuple » des véritables problèmes, d’un acte ayant pour objectif d’intimider et de bien garder en laisse ceux qui, pouvant et osant exprimer publiquement leurs opinions, disposent d’une certaine influence sur la société.
Scandaleuse cette tentative de censure et de contrôle de la pensée en Italie? On est d’accord! Quid de Céline? La récente polémique sur l’auteur français antisémite pourrait-elle aussi amener à des décisions (locales) du même ordre?
Il y a quelque chose de pourri en Vénétie, mais prenons garde à la contamination…
Sources :
Carlo Brambilla: La Ligue du Nord joue les censeurs. Courrier international (21 janvier 2011)
Wu Ming: Berlusconi’s lackeys want to ban our books. They started from Venice. Let’s fight back (17 janvier 2011)
Serge Quadruppan: Inquisition moderne : les bibliothèques vénitiennes purgées des pro-Battisti. Rue89 (17 janvier 2011)
[Dessin: Tom Tomorrow, http://thismodernworld.com]
Cartographie des livres contestés aux USA
Aux États-Unis, ce sont chaque année des centaines de livres dont la présence en bibliothèque ou dont l’usage à l’école est remis en question par un lecteur, un parent d’élève, etc. Derrière cette remise en question, il y a souvent la volonté de retirer des rayons ou à tout du moins de rendre moins accessibles aux plus jeunes ces ouvrages contestés. Entre 2001 et 2009, l’ALA a répertorié pas moins de 4.312 cas de contestations auxquelles les bibliothèques américaines ont dû faire face:
- Sexe ou nudité : 1.413
- Langage grossier : 1.125
- Inadapté au public cible : 897
- Violence : 514
- Homosexualité : 344
- Caractère “anti-familial” : 109
- Critique de la religion : 269
A noter toutefois que, selon l’ALA, les 460 cas de contestation répertoriés en 2009 ne représentent jamais que 20 à 30% de tous les cas supposés, la majorité des contestations n’étant jamais signalées à l’ALA.
Une cartographie de documents contestés entre 2007 et 2010 a ainsi pu être tracée:
View Larger Map
Plus de détails sur chacun des ouvrages mentionnés dans les rapports Books Banned and Challenged 2007-2008 et Books Banned and Challenged 2008-2009 de l’ALA ainsi que dans le Kids’ Right to Read Project Report.
Banned Books Week 2010 : on y est !
Aux États-Unis, la Banned Books Week 2010 a commencé ce 25 septembre et se poursuivra jusqu’au 2 octobre. Comme je le signalais dans un billet précédent, cette semaine thématique est organisée chaque année à cette époque afin de sensibiliser le public, les bibliothécaires, les libraires, le monde politique, etc. à la problématique des livres contestés et censurés, chose qui outre Atlantique arrive malheureusement beaucoup trop souvent. A cette occasion, de nombreux débats et autres manifestations sont organisés : débats avec des auteurs, éducateurs et enseignants, ateliers lecture consacrés à des livres contestés… Et, merchandising oblige, l’ALA Store est plein à craquer !
Pour quelles raisons des livres ont-ils contestés ou interdits ?
Souvent, les livres peuvent êtres contestés pour plus d’une raison. En voici quelques unes, suivies du nombre de titres concernés en octobre 2009 pour le seul Texas (!) :
- Sexe ou nudité : 44
- Langage grossier : 29
- Violence et horreur : 18
- Drogue et alcool : 17
- Critique de la religion : 12
- Critique politique, sociale ou raciale : 11
- Autre/aucune raison donnée : 14
(chiffres de l’American Civil Liberties Union [ACLU] Texas, cités d’après le Chron.com)
Dans le même Texas, toujours pour octobre 2009, cela fait pas moins de 17 livres qui ont été retirés des bibliothèques ou des listes de lectures scolaires, ce qui prouve qu’une semaine comme la Banned Books Week a tout son intérêt !
Cette année, la sensibilisation à la contestation et à la censure d’ouvrages a commencé un petit peu plus tôt que prévu au Missouri. En effet, Wesley Scroggins, un habitant de la ville de Republic, père de famille et professeur assistant à la Missouri State University, a adressé une requête au conseil d’administration des écoles locales en vue de :
« discontinue the use of textbooks and any materials that create false conceptions of American history and government that teach principles contrary to Biblical morality and truth.”
Tout un programme ! Les ouvrages que Scroggins voudrait voir retirés des bibliothèques et listes de lectures scolaires sont les romans Speak de Laurie Hasle Anderson, Twenty Boy Summer de Sarah Ockler et Slaughterhouse de Kurt Vonnegut. Est-il besoin de préciser aussi que Scroggins est également très soucieux de la façon dont la science et la théorie de l’évolution sont enseignés…
Participer à la Banned Books Week 2010 ?
S’il est probablement un peu tard pour nos bibliothèques de mettre en place des activités dans le cadre de la Banned Books Week 2010, il nous est par contre loisible :
- de nous pencher sur des activités que nous pourrions mettre en place dès l’année prochaine,
- de nous organiser notre propre petite semaine “locale” de livres contestés et interdits,
- de mettre en évidence et conseiller à nos lecteurs des ouvrages frappés par la censure et les bien-pensants,
- …
Et tout cela, soit à la bonne franquette, soit de façon bien organisée, soit en solo, soit en concertation avec d’autres bibliothèques qui nous sont géographiquement proches ou avec lesquelles nous entretenons des contacts étroits. pourquoi se priver ? Mais la plus simple façon de s’investir dans cette semaine de sensibilisation à la censure, n’est-elle pas au fond de se faire plaisir en lisant l’un de ces ouvrages contestés ?
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Voir aussi sur Vagabondages : Banned Book Week (27 septembre 2010)
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Sur l’”affaire” Wesley Scroggins, voir notamment :
- Are these books not for our kids? (The Houston Chronicle, 21 septembre 2010)
- 3 Books Under Review: Republic (MO) Considers a Ban (KSPR 33, 20 septembre 2010)
- In Missouri, Banned Books Week Starts Early (Riverfront Times Blogs, 21 septembre 2010)
Pas de coming out en bibliothèque svp
En avril 2010, la bibliothèque publique Burlington County Library System à Westampton (New Jersey) a décidé de retirer de ses rayons tous les exemplaires dont elle disposait de l’anthologie allosexuelle Revolutionary Voices: A Multicultural Queer Youth Anthology (Alyson, 2000). Cette anthologie se compose d’histoires de jeunes ayant fait leur coming out, d’anecdotes, d’expériences vécues, souvent difficiles, parfois cocasses. En voici l’un des comptes rendus que l’on trouve sur Amazon :
This groundbreaking, multicultural collection of stories by the queer and young should be required reading for every jaded adult–teachers, parents, politicians–and anyone who fears for the future of our country. In fact, 22-year-old editor Amy Sonnie should run for Congress. Her introduction to this touching, funny, and sometimes sad anthology is smarter and more thoughtful than any political rhetoric this old queer has heard lately. While the work is wildly diverse [...], all of it speaks to the isolation and fear of being queer and young. A boy lies awake at night practicing to be more masculine. An intersexed gay boy comes out to his high school. A butch girl tells of years of daily bashing. Fear, though, is not the overriding emotional tone to this collection. The contributors exhibit a belief in themselves, a well-placed youthful confidence that speaks as loudly as the most poignant writing. Their determination to survive and thrive despite a homophobic society comes through loud and clear. It’s the perfect antidote to adult cynicism about youth. –Jack Connolly
Certains apprécieront ce type d’anthologie (notamment pour son côté témoignages et cas vécus), d’autres pas. Libre à chacun de s’intéresser ou non à cette œuvre? de la lire… ou pas. Il en est ainsi des lecteurs comme des bibliothécaires. Il en est ainsi de tous les livres. Cette anthologie a en tout cas été considérée par le Gay, Lesbian and Straight Education Network (GLSEN) comme “the first creative resource by and for queer and questioning youth of every color, class, religion, gender and ability” et a été désigné en 2001 comme l’un des meilleurs ouvrages adultes à destination des élèves du secondaire par le School Library Journal.
D’une façon générale, un cas n’étant bien sûr pas l’autre, retirer des rayons ou changer de place un ouvrage parce qu’on en juge le contenu inapproprié n’est en soi pas anormal. Cela fait pleinement partie des responsabilités des bibliothécaires. Ce qui est ici surtout (!) tout à fait contestable, c’est la façon dont le retrait a été opéré à la Burlington County Library System (BCLS)!
En effet, plutôt que de suivre la procédure officielle en cas de contestation, la directrice a simplement agi suite à une plainte informelle de Beverly Marinelli, membre d’une locale d’un mouvement politique conservateur. Dans un e-mail du 25 mai à un collaborateur, Gail Sweet, directrice de la BCLS, donnait en deux mots seulement la raison justifiant le retrait de l’ouvrage Revolutionary Voices : “child pornography“. L’American Civil Liberties Union of New Jersey a pu obtenir copie des e-mails à ce sujet entre Gail Sweet et Beverly Marinelli. On voit clairement que la décision de mettre au pilon (“copies need to totally disappear (as in not a good idea to send copies to the book sale)“, e-mail de Gail Sweet du 3 mai) les exemplaires de l’anthologie fut prise pour le moins légèrement: discussion entre Sweet et Marinelli, puis entérinement en commission. Et hop, expédié! Or, retirer un ouvrage des rayons de la bibliothèque parce qu’on en juge le contenu… disons… non conforme aux bonnes mœurs est une opération non mineure et, à l’instar d’autres bibliothèques américaines et comme le recommande l’ALA, la BCLS dispose pourtant d’une procédure bien spécifique qui n’a visiblement pas du tout été suivie ici.
Dans une interview au Philadelphia Inquirer, Beverly Marinelli qualifiait l’anthologie de “pervasively vulgar, obscene, and inappropriate”. Cette personne fait partie d’une locale du Groupe 9.12, fondé en 2009 par le présentateur de Fox News Glenn Beck. Son “objectif est d’unifier les Américains en recréant le sentiment nationaliste qui était apparu après les attentats du 11 septembre 2001″. On peut se faire une idée rapide de la nature de ce mouvement en découvrant sur leur site leurs 9 principes et 12 valeurs (voir aussi les pages française et anglaise de Wikipédia). Leurs deux premiers principes ne sont rien d’autre que “America Is Good” et “I believe in God and He is the Center of my Life“… Tout un programme! Le Groupe 9.12 est également à l’origine du retrait de la même anthologie de la Rancocas Valley Regional High School en mai dernier.
En retirant l’ouvrage contesté à la hussarde, Gail Sweet a donné un solide coup de canif dans le code de déontologie de la profession. Comme le souligne très justement Mary Minow sur le LibraryLaw Blog:
The take-home message for libraries, especially public institutions, is that book removal policies are immensely important. Libraries can protect themselves against exposure to lawsuits, if they adopt procedures for handling challenges http://www.ala.org/ala/issuesadvocacy/banned/challengeslibrarymaterials/copingwithchallenges/conductingchallenge/index.cfm and for “weeding,” — and then exercise care to follow those procedures carefully.
Sinon, à quoi cela sert-il, je vous le demande? Et dire que Beverly Marinelli dit avoir fait tout cela pour les enfants… Il y en a quand même qui ferait mieux de s’abstenir (sans mauvais jeu de mots…). Des quelques articles ci-dessous, je vous inviterais à lire en particulier le billet de Monica Kinney.
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Quelques sources :
- Monica Yant Kinney: Working to shelve students’ book choices (The Philadelphia Inquirer, 2 mai 2010)
- SLJ Staff: Free Speech Groups Protest GLBT Book-Banning at NJ School District (School Library Journal, 19 mai 2010)
- Lauren Barack: NJ Library, Citing Child Pornography, Removes GLBT Book (School Library Journal, 27 juillet 2010)
- Jim Burroway: NJ Library Removes LGBT Book, Calling It “Child Pornography” (Box Turtle Bulletin, 28 juillet 2010)
- Beverly Goldberg: Gay-Anthology Ban Engulfs Burlington County Public Library (American Libraries, 28 juillet 2010)
- Jillian Rayfield: NJ Library Removes LGBT Book After Complaint From Member Of Glenn Beck’s 9/12 Movement (TPMMuckraker, 4 août 2010)
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Voir aussi sur Vagabondages:
Représentations de l’homosexualité dans les bibliothèques municipales françaises (17 mai 2010)








