Articles Tagués ‘éthique’
Créationnisme et Dessin intelligent classés en science?
Si un président d’université venait à demander officiellement à un directeur de bibliothèque que tous les documents avec les descripteurs Créationnisme et Dessin intelligent soient reclassés dans la section science, cette directive soulèverait-elle des problèmes d’ordre éthique ? C’est un peu le genre de question que Daniel CannCasciato s’est posée un jour lors d’une discussion avec un biologiste. Il découvrit bientôt que cette situation était loin d’être hypothétique puisqu’un cas semblable s’était passé en 1987 aux États-Unis : le directeur de la bibliothèque d’une université à fondement religieux (religious-based college) a un jour reçu un mémo de son président lui demandant de reclasser en section science des ouvrages créationnistes (1).
Shocking ! C’est sans doute ce à quoi a dû penser Daniel CannCasciato au début. Toutefois, en creusant un peu plus le sujet et en effectuant des recherches complémentaires, il a changé d’avis, considérant que dans certaines situations (précisément comme celle-ci), reclasser en science ce genre de documents est précisément conforme à l’éthique.Daniel CannCasciato présente, dans un article récemment paru dans le Cataloging & Classification Quarterly, les raisons qui l’ont amené à revoir sa position. Et l’un de ses arguments se base précisément sur un article du ALA Code of Ethics…
Les missions de ce genre d’établissement se basent souvent très nettement sur la Bible. Par ailleurs, leurs autorités sont très différentes de celles financées par des fonds publics. On s’en convainc aisément lorsque l’on retrouve dans les plans stratégiques de ces établissements des phrases comme par exemple :
The mission [...] is to teach men and women to live by biblical principles and to equip and empower them with character, skills, insight, and vision to lead the church and to impact society for Christ.
ou encore :
To this end all trustees and faculty members must be members of the undenominational fellowship of Christian churches and churches of Christ and must believe, without reservation, in the full and final inspiration of the Bible to the extent that to each of them it is the infallible Word of God [...]. The sixty-six books of the Old and New Testaments are fully inspired and without error and serve as God’s only written Word.
ou dans les programmes de cours, des descriptifs comme ici celui de la Bob Jones University :
Bachelor of Science Degree, Physics Major
The Physics major provides preparation for a career as a physicist [...]. While offering scientific andphilosophical refutation of the theory of evolution, our program teaches each course within a biblical creationist framework.
ou celui de celui de la Liberty University:
Center for Creation Studies
PURPOSE The purpose of the Center for Creation Studies is to promote the development of a consistentbiblical view of origins in our students. The Center seeks to equip students to defend their faith in the creation account in Genesis using science, reason, and the Scriptures.
[Les quatre citations ci-dessus sont extraites de l’article de Daniel CannCasciato.]
Or, le Code d’Ethique de l’ALA prévoit expressément dans son article VII que les bibliothécaires doivent pouvoir distinguer leurs convictions personnelles de leurs obligations professionnelles et qu’ils n’ont pas à interférer avec les objectifs de leurs institutions :
We distinguish between our personal convictions and professional duties and do not allow our personal beliefs to interfere with fair representation of the aims of our institutions or the provision of access to their information resources.
En conséquence de quoi, compte tenu du fait qu’il s’agissait ici justement d’un établissement de type religieux, la demande du directeur (qu’on l’aime ou non) n’entrait pas en contradiction avec le code d’éthique de l’ALA. Par contre, s’opposer à la requête parce qu’on la juge contraire à ses convictions philosophiques ou à l’état des connaissances scientifiques irait à l’encontre de l’article VII.
Conclusion : mieux vaut que vos convictions soient en adéquation avec les objectifs et missions de votre employeur… ou ne pas avoir d’article VII…

(1) Anderson, A. J. (1987): Memo from the President: Reclassify Creation Science Books. Library Journal, 112(19), 53-54.
Source :
CannCasciato, Daniel (2011): Ethical Considerations in Classification Practice: A Case Study Using Creationism and Intelligent Design, Cataloging & Classification Quarterly, 49(5), 408-427.
Résumé: This article re-visits a scenario from 1987: a university president required a library director to reclassify some materials into a science classification. The author looks at the prominence of the Code of Ethics of the American Library Association in the general library literature and in classification and cataloging practice literature. The issue of censorship is also discussed. The author then reviews classification for Creationism and Intelligent design and some decision making processes one could use when deciding on the professional ethics of such a request, concluding that in some cases the ethical action might indeed be to go ahead with the reclassification.
Mots-clefs: Code of Ethics of the American Library Association, decision making, professional conduct, professional ethics, classification
Info & éthique: Y a-t-il une ligne rouge?
Fin juin 2011 sortira un numéro spécial (2011/2) des Cahiers de la documentation consacré à l’éthique et aux sciences de l’information : Info & éthique: Y a-t-il une ligne rouge? On peut espérer que ce numéro va quelque peu booster l’intérêt pour ce sujet dans le monde des bibliothèques en Belgique. Dès le début des années 1990, plusieurs pays comme le Canada, les États-Unis, la France, le Japon ou le Royaume-Uni avaient déjà élaboré des codes de déontologie à l’attention des professionnels des bibliothèques. En Belgique, on y travaillait aussi comme l’indique Josiane Roelants (Bibliothèque Royale de Belgique) dans son article “Ethique et qualité en bibliothéconomie” (p. 209) :
La Belgique ne possède encore aucun Code d’éthique pour le bibliothécaire. Toutefois, la Communauté française, autorité responsable des Bibliothèques publiques francophones, étudie les dernières modalités d’application d’un règlement d’ordre intérieur et d’un code déontologie. (Libri, 43(3), 198-209)
Un peu moins de vingt (!) ans plus tard, où en sommes-nous en Belgique? Si la Flandre a mis en place, dès 2008, plusieurs codes d’éthique pour les archivistes , les bibliothécaires des bibliothèques publiques et les professionnels de l’information dans les bibliothèques et les centres de documentation (ce besoin de disposer de codes parallèles me laisse toujours un peu perplexe…), je n’ai encore rien trouvé d’officiel pour la partie francophone du pays, même si on peut être heureux (soulagé?) de constater :
- que la sensibilisation à la déontologie figure bien au programme des trois hautes écoles formant les futurs professionnels bibliothécaires et documentalistes (BAC+3), la Haute École de la Province de Liège, la Haute École de Namur et la Haute École Paul-Henri Spaak ;
- que la Commission “Bibliothèques” du Conseil Interuniversitaire de la Communauté française (CIUF) a bien dans ses cartons l’élaboration d’un code de déontologie (mais cela fait, je pense, bientôt deux ans et il serait bon que cela sorte enfin des cartons…)
En attendant, on se contentera donc du numéro spécial Info & éthique: Y a-t-il une ligne rouge? des Cahiers de la documentation (2011/2):
Library Ethics on an International Level : IFLA and its committee on ‘Free Access to Information and Freedom of Expression’ (FAIFE) par Hermann Rösch
Résumé : L’International Federation of Library Associations and Institutions (IFLA) a mis en place le Committee on Free Access to Information and Freedom of Expression (FAIFE) pour souligner son engagement éthique et promouvoir la liberté intellectuelle et la mission essentielle des bibliothèques en tant que portes du savoir et des idées. Les activités de la FAIFE vont de la collecte d’informations sur l’état du monde en termes de libre accès à l’information et de liberté d’expression (World Report) à l’élaboration de divers manifestes (p.ex. Internet Manifesto) et de matériel pédagogique approprié. Un de ses derniers projets a pour objectif la création d’un code international de déontologie pour les bibliothécaires. Le premier numéro de la FAIFE Newsletter a été lancé récemment. Conjointement à la présence de la FAIFE sur Facebook, Twitter, etc, cela permet d’envoyer des nouvelles, de réagir immédiatement si nécessaire et d’inviter les gens à interagir et à participer à des débats sur le sujet. L’objectif global est d’élever le niveau de sensibilisation à l’éthique dans le monde des bibliothèques, de renverser les modes anciens et nouveaux de la censure et de surmonter toute menace à la liberté intellectuelle.
Digital ethics par Rafael Capurro
Résumé : L’éthique numérique traite de l’impact des Technologies de l’Information et de la Communication (TIC) sur nos sociétés et plus généralement sur l’environnement. L’éthique numérique des média s’intéresse plus explicitement aux questions éthiques concernant Internet et l’information de réseau ainsi qu’aux média de communication tels que les téléphones portables et la navigation mobile. Cet article introduit d’abord l’impact des TIC sur notre société et l’environnement. Des questions telles que la vie privée, la surabondance d’information, l’addiction à Internet, le fossé numérique, la surveillance et la robotique seront abordées d’un point de vue interculturel. Le message de cet article est que la réflexion éthique peut et doit contribuer à trouver des solutions durables aux défis technologiques de l’ère numérique.
Ethics, social media and mass self-communication par Robert W. Vaagan
Résumé : Un modèle révisé de l’éthique en matière d’information est présenté. Il peut s’avérer utile dans l’analyse des défis éthiques, dans ce que Manuel Castells décrit comme un système émergent d’”auto-communication de masse” dans lequel les media sociaux jouent un rôle-clé. Le modèle identifie trois sources ou spécificités de notre ère de l’information qui débouchent sur cinq problèmes éthiques liés à cinq droits individuels. Alors que le système d’auto-communication de masse est envisagé quelque peu différemment par des théoriciens tels que Castells, Jenkins ou Lyon, la réflexion éthique associée au passage du web 2.0 au web 3.0 dépend du poids relatif accordé aux théories normatives de la vertu, du devoir et de la conséquence.
Le documentaliste et l’éthique par Jean-Philippe Accart
Résumé : Cet article donne les grands principes fondamentaux servant à l’élaboration d’un code de déontologie pour les professionnels de l’information et les documentalistes : par rapport à l’utilisateur, à l’employeur, à l’information et à la profession. La plupart des associations professionnelles ont rédigé leur code déontologique. L’exemple du European Council for Information Associations (ECIA) est celui le plus souvent cité.
Waarom een gedragscode voor informatieprofessionals? par Steven van Impe
Résumé : Depuis 2009, la Vlaamse Vereniging voor Bibliotheek, Archief & Documentatie (VVBAD) s’active à la mise au point d’un code de bonne conduite pour les professionnels de l’information, un document avec des directives morales pour tous ceux qui travaillent dans une bibliothèque. Cet article analyse le contexte local et international de ce code. La façon dont il a vu le jour est examinée. Une partie importante de l’article expose les raisons de la nécessité ou de l’utilité d’un tel document. Divers exemples montrent clairement qu’un tel code est bien plus qu’une simple vue de l’esprit : ce sont là des valeurs dont les collaborateurs de bibliothèques ont déjà bien souvent été implicitement invités à adopter, de manière qu’elles soient appliquées tant en interne que vis-à-vis de leurs clients et des autorités. Ainsi, le code devient un bon moyen pour professionnaliser davantage le secteur.
After the code: Actions to put a code of ethics into real practice par Jorge Candás Romero
Résumé : Le code de déontologie ne peut être perçu que comme la première étape des démarches éthiques d’une association professionnelle. Il définit le cadre des décisions éthiques, mais il ne permet pas, à lui seul, de résoudre les dilemmes éthiques, et ne peut pas être donné aux praticiens sans précautions concernant son esprit et son utilisation. Il doit aussi être mis à disposition des membres et être fonctionnel. Quatre actions principales (avec leurs avantages et inconvénients) sont proposées dans cet article : la création de lignes directrices pour l’utilisation et l’interprétation du code, l’établissement d’un groupe d’experts chargé de conseiller les membres, l’élaboration de réponse aux comportements non éthiques et la promotion du code. L’objectif est de constituer les fondements de la déontologie de l’association professionnelle, prêts à l’emploi pour résoudre les dilemmes éthiques qui se posent à la profession et aux praticiens.
Les dangers de la désinformation : Appel au sens critique, aux documentalistes et experts par Christiane de Craecker-Dussart et Willy de Craecker
Résumé : Près de 40 ans d’expérience en information, documentation, lectures, consultations, études, analyses, audits et publications, débouchent sur un constat alarmant : l’information se double très souvent d’une désinformation ou de manipulation du public visé, qui peut prendre de multiples formes. Cette situation a toujours existé, mais prend des proportions inégalées au 21e siècle, vu l’explosion actuelle des réseaux mondiaux d’information. Le texte décrit les nombreux dangers de la désinformation et les graves menaces qu’elle fait peser dans tous les domaines. Après l’historique et les concepts, l’article traite des processus, influences et conséquences des manipulations. Il propose des solutions pour les vaincre, en particulier des méthodes permettant d’aiguiser et d’exercer le sens critique salutaire et en appelle aux professionnels, notamment bibliothécaires, documentalistes et experts indépendants et compétents. Le tout est illustré de 3 exemples pratiques détaillés et complété d’un glossaire et de notes.
Éthique et informatisation par Michel Volle
Résumé : L’informatisation a donné naissance à un alliage entre le cerveau humain et l’ordinateur et fait émerger un continent, le “cyberespace”, où se manifestent des possibilités et des risques nouveaux. Il en est résulté une transformation des techniques de production, du contenu des emplois, de la sociologie et de l’organisation de l’entreprise. Il en résulte l’exigence d’un “commerce de la considération” dans les rapports des entreprises avec leurs agents opérationnels, leurs partenaires, leurs fournisseurs et leurs clients. Rares sont cependant les entreprises qui ont pris la mesure du phénomène. Cette évolution, que l’on peut juger positive, s’accompagne par ailleurs de dangers nouveaux : la concurrence est très violente, la fraude et la criminalité tirent parti de l’informatique avec la complicité de quelques “pays voyous” et banques “fantômes”. L’exigence éthique se manifeste donc en plein, qu’il s’agisse du corps des règles et des lois ou des comportements individuels.
Lanceurs d’alerte : Des vigilants parmi nous par Jacques Testart
Résumé : Ceux qui révèlent le risque d’une certaine pratique ou d’un produit technologique pour la santé et l’environnement (les “lanceurs d’alerte”) sont des “vigiles” qu’il importe de protéger de la répression, par justice sociale comme pour encourager de tels comportements. Mais il faut aussi protéger l’alerte elle-même c’est à dire évaluer sa pertinence et prendre des mesures proportionnées à la menace. Or, les intérêts particuliers, souvent économiques, qui font taire le lanceur d’alerte sont aussi présents chez ceux qui produisent l’expertise sur la dangerosité de la technologie suspectée. Il importe donc de disposer d’une autorité pouvant imposer à la fois des règles déontologiques pour assurer l’objectivité de toute expertise et la protection de tout lanceur d’alerte de bonne foi.
Mésusages informationnels et plagiat : Réflexions autour de quelques effets secondaires du Web 2.0 par Daniel Peraya et Claire Peltier
Résumé : Face au phénomène du plagiat, les universités répondent le plus souvent par la détection et la sanction systématique des cas de fraude. Les causes possibles sont attribuées à l’apparente facilité d’accès à l’information aujourd’hui ainsi qu’aux mutations sociétale (consumérisme effréné) et académique (massification et hétérogénéité du public étudiant). Après avoir replacé le Web 2.0 dans le contexte d’évolution des techniques et des technologies et présenté leur impact sur les connaissances, nous montrerons que derrière le plagiat comme dénomination générique on trouve plusieurs formes de mésusages informationnels, intentionnels ou non, et que ceux-ci peuvent être considérés comme des effets secondaires négatifs, symptomatiques d’une surabondance d’information de qualité inégale et d’un manque de repères entraînant une mauvaise transposition des pratiques courantes du Web 2.0 dans la sphère académique. Enfin, nous évoquerons succinctement notre contribution à l’émergence d’une culture informationnelle chez nos étudiants de l’Université de Genève.
Alternatieve vormen van kernfusie: Een merkwaardig geval van hebzucht par Mathieu Snyckers
Résumé : Il arrive également que les scientifiques témoignent de cupidité, ce qui peut nuire à leur attitude critique. C’est ce qui s’est produit lorsque Pons et Fleischmann déclarèrent avoir trouvé une nouvelle forme de fusion nucléaire. Ils choisirent le media grand public et non la publication traditionnelle avec “peer review” dans une revue scientifique. Même s’il apparut assez rapidement que la recherche n’avait pas été effectuée correctement, un grand nombre de chercheurs furent captivé par le battage de la fusion à froid. Après plus de vingt ans certains chercheurs continuent à y croire. L’auteur – qui travaillait au Centre d’Étude de l’Énergie nucléaire, à Mol – décrit comment les chercheurs peuvent se faire induire en erreur par leur propre orientation psychologique.
Het documentatiecentrum van het Vlaams Vredesinstituut: Meer dan een bibliotheekfunctie? par Dominique J.B. Vanpée
Résumé : Bien que, depuis des décennies, existait déjà l’idée de mettre en place un institut de recherche sur la paix en Flandre ou en Belgique, le Vlaams Instituut voor Vrede en Geweldpreventie n’a été créé qu’en 2004, après des dizaines de propositions et après que fut régionalisée la compétence d’octroi de licences pour l’exportation d’armes. Dans cet article, nous allons découvrir l’origine et le développement du Vlaams Vredesinstituut et de son centre de documentation.
Do RFIDs provide new ethical dilemmas for librarians and information professionals?
Depuis ce 11 mars 2011 est disponible en ligne un nouvel article sur les implications d’ordre éthique de la technologie RFID pour les bibliothèques et les professionnels de l’information. Cet article sous presse est à paraître dans le International Journal of Information Management (ISSN 0268-4012).
Abstract
This paper provides an analysis of the current and potential ethical implications of RFID technology for the library and information professions. These issues are analysed as a series of ethical dilemmas, or hard-to-resolve competing ethical obligations, which the librarian has in relationship to information objects, library users and the wider social and political environment or state. A process model of the library is used as a framework for the discussion to illustrate the relationship between the different participants in the library system and it is argued that ethical analysis should involve the identification of future developments as well as current issues. The analysis shows that RFIDs do currently pose some dilemmas for librarians in terms of the conflicts between efficient service, privacy of users and an obligation to protect the safety of society as a whole, and that these are likely to become more problematic as the technology develops. This paper is part 2 of a series of papers on RFIDs and the library and information professions.
Research highlights
- Examination of existing and potential benefits and threats of RFID technology.
- Development of ethical framework to examine these issues for the profession.
- Discussion of competing moral obligations of library and information professionals to information objects, library users and the state and how particular contexts and new technologies, such as RFIDs, may alter these.
- Discussion of role of codes of ethics and management practices in resolving these dilemmas and developing best practice.
Keywords
RFIDs ; Information ethics ; Library management ; Privacy
Article :
Thornley,C., et al. Do RFIDs (radio frequency identifier devices) provide new ethical dilemmas for
librarians and information professionals? International Journal of Information Management (2011), doi:10.1016/j.ijinfomgt.2011.02.006
Webinar “Ethics of Innovation”
Il s’en est passé des choses en matière d’éthique et de bibliothèques depuis le tout premier code officiel de déontologie de l‘American Library Association (1939). Depuis lors, la situation a bien évolué et s’est rudement complexifiée : le public et la société ont changé, les documents ne sont plus que des livres comme au début du XXe siècle…
L’OCLC et le Library Journal ont ainsi voulu organiser ce 17 novembre 2010 la conférence en ligne “Ethics of Innovation” où a été discutée la façon dont la déontologie influe sur l’innovation en bibliothèque, sur le respect de la vie privée et sur les services que les bibliothèques rendent à leurs usagers.
Le webinar a duré près de 2 heures et est désormais librement consultable sur la plate-forme WebEx de l’OCLC. Le hashtag Twitter était #ethicsIQ.
Intervenants :
- Liza Barry-Kessler (Managing Partner, Privacy Counsel, LLC; co-auteur de Privacy in the 21st Century: Issues for Public, School, and Academic Libraries)
- Gary Price (bibliothécaire et consultant ; fondateur et éditeur de Resource Shelf)
- Wayne Bivens-Tatum (Philosophy and Religion Librarian, Princeton University Library; auteur du blog Academic Librarian)
Modérateurs Twitter :
- Lisa Carlucci Thomas (@lisacarlucci; Digital Services Librarian, Southern Connecticut State University)
- Joe Murphy (@libraryfuture; Science Librarian, Yale University, Kline Science Library)
Voir aussi l’intéressant billet de Wayne Bivens-Tatum sur son blog : Ethics of Innovation symposium [updated]
Bibliothèques, réseaux sociaux et éthique
De plus en plus de bibliothèques utilisent les réseaux sociaux afin de communiquer différemment avec leurs lecteurs. D’aucuns voient cela comme une volonté, si non une preuve, de modernité et de mise en valeur des bibliothèques (c’est tendance et cela fait mode), d’autres conçoivent cela comme un simple moyen (et moyen simple!) d’aller chercher le lecteur là où il est, concrétisation de l’adage contemporain (oui, je sais c’est contradictoire, mais j’aime bien cette combinaison, également utilisée par d’autres) selon lequel si le lecteur ne vient plus à la bibliothèque, la bibliothèque ira à lui. Ces deux visions ne sont d’ailleurs pas antinomiques.
Dans ce cadre, les bibliothèques peuvent se retrouver assez facilement confrontées à divers dilemmes d’ordre éthique : parvenir à respecter la liberté de parole d’un participant tout en demeurant dans la légalité et le respect des autres, protéger la vie privée des utilisateurs lors des échanges, etc. Et si les bibliothèques faisant usage de réseaux sociaux sont, on peut le supposer, sensibles à ces aspects, il n’est pas spécialement évident pour les modérateurs et gestionnaires d’avoir les bon réflexes à tout instant, d’être en mesure de prendre les bonnes décisions au moment opportun.

C’est la raison pour laquelle lors de sa toute prochaine conférence annuelle (du 24 au 29 juin 2010), l’American Library Association proposera aux participants, via le Committee on Professional Ethics, une session sur le thème “Ethics in a Digital World : Using Policies to Guide Professional and Personal Presence in Social Networking Spaces” :
Attendees will be provided reasoning and assistance for developing social software guidelines that will protect library staff without hampering service. This will be the second in a series of programs planned by the Committee on Professional Ethics that will explore ethical issues surrounding the use of social networking in libraries and information agencies.
Les intervenants seront :
- Peter Fernandez de l’University of Tennessee, Knoxville ;
- Ruth Sara Connell de la Valparaiso University ;
- Robert S. Peck, président du Center for Constitutional Litigation et auteur notamment de Libraries, The First Amendment and Cyberspace (ALA Editions, 2000) et de The Bill of Rights and the Politics of Interpretation (West, 1992).
- Brian Kooy de la Georgia State University.
A noter aussi, cette autre session consacrée à l’éthique et aux relations entre bibliothèques et vendeurs : “Last Fair Deal Gone Down: Ethical Considerations in Library Vendor Relations” :
Vendor relations within libraries are critical and multifaceted, impacting everyone involved. Relationships can be institutional or individual in nature, involving purchases, sponsorships and grants. In the tightly woven library world, personal friendships exist and many colleagues have worked in both libraries and as vendors. What are the ethical considerations when negotiating contracts, sponsoring or attending events, accepting grants? How do personal ethics intersect/inform professional ethics? A panel of speakers will discuss these and other issues.
N’a pas l’air mal tout ça mais pfff… un peu loin quand même.
Statistiques en hausse ?
[étude de cas #1]
Pas toujours aisé pour les bibliothèques modestes de devoir faire avec les budgets qui leur sont alloués. Chaque euro est important, particulièrement en période de crise ou de restriction budgétaire. Afin de justifier au mieux leurs besoins et leur importance et rôle pour la communauté qu’elles servent, les bibliothèques présentent souvent des statistiques aussi diverses que variées (nombre de transactions de prêt et de retour de prêt, prolongation au comptoir d’accueil ou via l’opac, fréquence de passage, utilisation du service de référence, commandes PEB, tranches d’âge des lecteurs, etc.).
Julien Sorel, directeur de la bibliothèque publique de la petite ville de Trifouillis-les-Oyes, espérait bien cette année pouvoir négocier avec le conseil d’administration afin qu’un nouvel agent bibliothécaire, espéré depuis deux ans, soit enfin engagé pour venir renforcer l’équipe de la bibliothèque. Mais il semblait bien difficile d’obtenir cette année le bibliothécaire tant désiré si les statistiques d’utilisation et de fréquentation de la bibliothèque étaient en baisse… Julien Sorel le savait pertinemment et informa sa petite équipe de changements dans la façon de comptabiliser à l’avenir les transactions et services offerts aux lecteurs :
- En ce qui concerne le comptoir de renseignements (service de référence), alors que précédemment la question d’un lecteur, la réponse du bibliothécaire ainsi que l’éventuelle action du bibliothécaire (recherche documentaire en ligne, renseignement sur le fonds documentaire, aide à une recherche dans le catalogue…) comptaient pour une seule même transaction, il fallait désormais en comptabiliser trois (question, réponse, action).
- Les questions comme “Où sont les toilettes ?” ou “A quelle heure la bibliothèque ferme-t-elle ?” seraient désormais considérées comme des questions relevant du service de référence et donc comptabilisées (alors qu’avant elles ne l’étaient pas du tout).
- Le bureau de prêt effectuerait le moins possible de prolongations et à la place rentrerait les documents avant de les remettre aussitôt en prêt au lecteur, ceci afin de comptabiliser deux transaction au lieu d’une seule.
Les collègues de Julien Sorel n’aimèrent pas trop cette nouvelle façon de faire et le lui signalèrent. Celui-ci leur fit clairement comprendre que c’était là non seulement la seule façon de procéder pour que du renfort soit enfin engagé, mais aussi que de la sorte ils avaient plus de chances de conserver leur emploi.
[A partir d'un exemple tiré de : Elizabeth A. Buchanan, Katherine A. Henderson (2009). Case Studies in Library and Information Science Ethics. McFarland Publishers (pp.114-115), ISBN 9780786433674]
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Questions
(1) En mettant en place ces nouvelles pratiques, trouvez-vous que que le directeur a agi de façon non-éthique?
(2) En mettant en pratique cette nouvelle politique, l’équipe de la bibliothèque a-t-elle une responsabilité morale?
(3) Une équipe de subordonnés peut-elle selon vous s’opposer à des décisions et refuser de les mettre en pratique?
(4) La fin justifie-t-elle les moyens?





