biblioth|ê|thique

biblioth|ê|thique : éthique & bibliothèques

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Nouvelle édition du “Intellectual Freedom Manual”

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La huitième édition, revue et mise à jour, du Intellectual Freedom Manual de l’ALA Office for Intellectual Freedom (OIF) sortira ce 15 juillet 2010.

Mine d’informations essentielle en matière de liberté d’expression, de respect de la vie privée et de déontologie professionnelle, ce manuel est un ouvrage de référence bien connu des bibliothécaires et conservateurs américains. La septième édition datait de 2005, cette édition-ci comporte notamment des mises à jour en ce qui concerne la censure, les réseaux sociaux, les droits des mineurs ainsi que l’USA PATRIOT Act.

Une initiative intéressante accompagne l’ouvrage : un supplément électronique accessible gratuitement sur www.ifmanual.org. Ce site permet d’accéder aisément à toutes les ressources électroniques libres d’accès mentionnées dans l’ouvrage et fournit également des informations mises à jour sur des publications faisant avancer la liberté d’opinion et d’expression.

Une acquisition sans aucun doute intéressante pour nos bibliothèques et pour tout qui est sensible aux sujets abordés dans l’ouvrage, non seulement afin d’avoir une meilleure vue de ce qui se passe et se met en place outre Atlantique, mais surtout pour nous aider à mettre en perspective notre propre contexte professionnel et nos habitudes de travail et ainsi tenter d’améliorer notre service au public.

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Intellectual Freedom Manual
par l’ALA Office for Intellectual Freedom (OIF)
ALA Editions, 2010 (8e éd.)
464 pages
ISBN : 978-0-8389-3590-3
Voir sur ALA Store

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Table of Contents

Preface
Acknowledgments
Introduction
Contributors

Part I: Intellectual Freedom and Libraries: An Overview

1.  Intellectual Freedom: An Enduring and All-Embracing Concept
2.  ALA and Intellectual Freedom: A Historical Overview
3.  Challenges and Issues Today

Part II: Library Bill of Rights

1.  Library Bill of Rights:

- Policy Statement
- History

2.   Library Bill of Rights: Interpretations
2.1  Access for Children and Young Adults to Nonprint Materials

- Interpretation
- History

2.2  Access to Digital Information, Services, and Networks

- Interpretation
- History

2.3  Access to Library Resources and Services Regardless of Sex, Gender Identity, Gender Expression, or Sexual Orientation

- Interpretation
- History

2.4  Access to Resources and Services in the School Library Media Program

- Interpretation
- History

2.5  Challenged Materials

- Interpretation
- History

2.6  Diversity in Collection Development

- Interpretation
- History

2.7  Economic Barriers to Information Access

- Interpretation
- History

2.8  Evaluating Library Collections

- Interpretation
- History

2.9  Exhibit Spaces and Bulletin Boards

- Interpretation
- History

2.10  Expurgation of Library Materials

- Interpretation
- History

2.11  Free Access to Libraries for Minors

- Interpretation
- History

2.12  Importance of Education to Intellectual Freedom

- Interpretation
- History

2.13  Intellectual Freedom Principles for Academic Libraries

- Interpretation
- History

2.14  Labeling and Rating Systems

- Interpretation
- History

2.15  Library-Initiated Programs as a Resource

- Interpretation
- History

2.16  Meeting Rooms

- Interpretation
- History

2.17  Minors and Internet Interactivity

- Interpretation
- History

2.18  Privacy

- Interpretation
- History

2.19  Restricted Access to Library Materials

- Interpretation
- History

2.20  Services to Persons with Disabilities

- Interpretation
- History

2.21  The Universal Right to Free Expression

- Interpretation
- History

Part III: Protecting the Freedom to Read

1.   The Freedom to Read

- Policy Statement
- History

2.   Libraries: An American Value

- Policy Statement
- History

3.    Policies and Statements Related to Access to Information, Library Resources, and Library Services
3.1   Guidelines for the Development and Implementation of Policies, Regulations, and Procedures Affecting Access to Library Materials, Services, and Facilities

- Guidelines
- History

3.2   Guidelines for the Development of Policies and Procedures regarding User Behavior and Library Usage

- Guidelines
- History

3.3  Dealing with Concerns about Library Resources

- Procedural Statement
- History

3.4  Related Policies, Statements, and Documents

4.    Policies and Statements Related to Confidentiality, Privacy, and Governmental Intimidation
4.1   Policy on Confidentiality of Library Records

- Policy Statement
- History

4.2   Suggested Procedures for Implementing “Policy on Confidentiality of Library Records”

- Procedures
- History

4.3   Resolution on the Retention of Library Usage Records

- Resolution
- History

4.4  Policy concerning Confidentiality of Personally Identifiable Information about Library Users

- Policy Statement
- History

4.5  Guidelines for Developing a Library Privacy Policy: Privacy Tool Kit

- Guidelines
- History

4.6  RFID in Libraries: Privacy and Confidentiality Guidelines

- Procedural Statement
- History

4.7   Policy on Governmental Intimidation

- Policy Statement
- History

4.8   Related Policies, Statements, and Documents

Part IV: Code of Ethics of the American Library Association

1.  Code of Ethics of the American Library Association

- Policy Statement
- History

2.  Enforcement of the “Code of Ethics of the American Library Association”: Questions and Answers
3.  Resolution on Workplace Speech

- Resolution
- History

4.   Questions and Answers on Speech in the Workplace

Part V: Intellectual Freedom and the Law

1.   Public Libraries and the Public Forum Doctrine
2.   Minors’ First Amendment Rights to Access Information
3.   Privacy and Confidentiality in Libraries

Part VI: Preserving, Protecting, and Working for Intellectual Freedom

1.   Preparing for and Responding to Challenges
2.   Communicating the Intellectual Freedom Message
3.   Lobbying for Intellectual Freedom
4.   Rallying for Intellectual Freedom: Where to Go for Help and How You Can Help

Glossary
Selected Bibliography
Index

Rédigé par frenaville

13 juillet 2010 à 09:54

McDonald’s & les bibliothèques : I’m vomitin’ it

avec 7 commentaires

Voilà bien une surprenante nouvelle! La Detroit Public Library (DPL) et McDonald’s ont annoncé la semaine passée un partenariat dont l’objectif avoué est d’inciter les enfants à lire plus.

Que voilà un noble sentiment ! Du social à 100% et aucune arrière-pensée mercantile, pour sûr !  Melvin Jones, directeur de deux restaurants McDonald’s, a même des mots qui feraient presque passer Mère Teresa pour une vile opportuniste :

Reading is very important. Reading is fundamental to life. As we all say, the more you know, the further you go. We want our kids to understand that if they read, they will be successful. They will be successful in their careers. We’re just trying to show our kids how important reading is.

Et il en remet une couche :

Nowadays, it’s crucial for kids to understand that reading provides the key to a better life. Our goal is to show them that besides being important to their education, reading can be a whole lot of fun.

Il n’y a pas à dire : tant d’abnégation force le respect ! Mais de quoi s’agit-il au juste? Le programme Livres et sacs à dos (Books and Backpacks) est prévu jusque fin 2010 et propose différents incitants afin que les enfants empruntent plus de livres à la  bibliothèque publique principale de Detroit ou dans l’une de ses 23 succursales. Les enfants sont invité à prendre un marque-page McDonald’s mis à leur disposition et à le faire estampiller par le bibliothécaire chaque fois qu’ils empruntent un livre. Avec cinq cachets, l’enfant (ou l’ado) peut déjà se rendre dans le McDonald’s de son quartier et échanger le marque-page contre un deuxième (!) Happy Meal ou Mighty Kids Meal. Mieux encore, il peut aussi espérer gagner un sac à dos ou un chèque-cadeau de 20 $. Trop fort!

Le partenariat fut officialisé en grande pompe, la séance fut rehaussée de la présence d’Yvette Bing, l’épouse du maire de Detroit. Différentes photos furent prises pour immortaliser cet… euh… événement culturel et social majeur. Sur la photo ci-dessous, on voit les principaux protagonistes poser avec des enfants et ados à la mine enchantée (il ne manque que Mickey!). L’histoire ne dit toutefois pas si cette photo fut prise avant ou après la lobotomisation collective.

Je ne sais pas pourquoi, mais je ne me sens pas trop rassuré quand je lis la première phrase de la politique en matière de conflit d’intérêt de la Detroit Public Library :

Detroit Public Library (“DPL”) strives to maintain the highest ethical standards in all policies, procedures and programs and to avoid any conflict of interest.

Quant à leur code de déontologie, si je n’avais pas vu qu’il concernait bien une bibliothèque publique américaine, j’aurais à la rigueur pu penser qu’il s’agissait de celui de la bibliothèque nationale de Pyongyang :

The Organization has a clearly stated mission and purpose, approved by the Board of Commissioners in pursuit of the public good. All of its programs support that mission and all who work for or on behalf of the Organization understand and are loyal to that mission and purpose.

M’enfin, c’est vrai après tout que promouvoir directement la lecture, c’est bon pour le bien public. Promouvoir indirectement la malbouffe, moins me direz-vous.

Dernière info pour la route : le compte Twitter de McDonald’s compte plus de 34.000 followers. Et quand on voit la tête des gens qui composent la @McDonalds Twitter Team, on se dit que ces braves gens ne mangent certainement pas tous les jours sur leur lieu de travail.

Enfin, je suis peut-être trop pessimiste. Peut-être ce partenariat contre nature (?) permettra-t-il à la bibliothèque de faire quelques acquisitions documentaires complémentaires. Que direz-vous de :

  • L’obésité pour les nuls
  • Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le cholestérol sans jamais le demander
  • Comment se remettre d’un AVC
  • Brocoli, mon ennemi !

Sources :

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Pareille immixtion de poids lourds du secteur privé dans le non-marchand me laisse toujours très perplexe (je parle bien de poids lourds, de rouleaux compresseur commerciaux, et non de sociétés plus modestes qui ne brassent pas des milliards). Et ce que je ne comprends surtout pas, c’est qu’il y a des gens qui applaudissent des deux mains et qui donc y voient quelque chose de positif pour les jeunes ! Ca me dépasse complètement.

Ceux qui ne sont pas encore pleinement dégoûtés, (re)lirons aussi avec beaucoup d’intérêt l’article “Libérer l’école de la pub” du politologue Paul Ariès paru dans Libération le 8 septembre 2003 :

Le développement de la publicité à l’école est pourtant une abomination. Elle laisse croire aux enfants que le bonheur serait dans la consommation. Comme si posséder dix paires de baskets permettait de courir dix fois plus vite. Plus grave encore : elle donne l’illusion qu’il serait possible de compenser les carences narcissiques et la perte des repères par la consommation de produits de marques qui fonctionnent comme des identités de substitution : on a des enfants Nike, Coca-Cola, etc. L’Etat ouvre parallèlement l’accès de l’école aux entreprises sous prétexte de développer le partenariat : mallettes pédagogiques (Nestlé fait la publicité de son chocolat en poudre Nesquick et de ses céréales sous prétexte de présenter un petit-déjeuner équilibré, Kellogs poursuit ses opérations en maternelle, Colgate-Signal propose une éducation au brossage des dents, Danone a conçu un coffret pédagogique “alimentation plaisir”, etc.), sponsoring (McDonald’s, Coca-Cola, Leclerc, etc.), encarts publicitaires dans les plaquettes des établissements, journaux gratuits truffés de pub déposés dans les écoles…

Rédigé par frenaville

6 juillet 2010 à 06:55

Bibliothèques, réseaux sociaux et éthique

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De plus en plus de bibliothèques utilisent les réseaux sociaux afin de communiquer différemment avec leurs lecteurs. D’aucuns voient cela comme une volonté, si non une preuve, de modernité et de mise en valeur des bibliothèques (c’est tendance et cela fait mode), d’autres conçoivent cela comme un simple moyen (et moyen simple!) d’aller chercher le lecteur là où il est, concrétisation de l’adage contemporain (oui, je sais c’est contradictoire, mais j’aime bien cette  combinaison, également utilisée par d’autres) selon lequel si le lecteur ne vient plus à la bibliothèque, la bibliothèque ira à lui. Ces deux visions ne sont d’ailleurs pas antinomiques.

Dans ce cadre, les bibliothèques peuvent se retrouver assez facilement confrontées à divers dilemmes d’ordre éthique : parvenir à  respecter la liberté de parole d’un participant tout en demeurant dans la légalité et le respect des autres, protéger  la vie privée des utilisateurs lors des échanges, etc. Et si les bibliothèques faisant usage de réseaux sociaux sont, on peut le supposer, sensibles à ces aspects, il n’est pas spécialement évident pour les modérateurs et gestionnaires d’avoir les bon réflexes à tout instant, d’être en mesure de prendre les bonnes décisions au moment opportun.

C’est la raison pour laquelle lors de sa toute prochaine conférence annuelle (du 24 au 29 juin 2010), l’American Library Association proposera aux participants, via le Committee on Professional Ethics, une session sur le thème “Ethics in a Digital World : Using Policies to Guide Professional and Personal Presence in Social Networking Spaces” :

Attendees will be provided reasoning and assistance for developing social software guidelines that will protect library staff without hampering service. This will be the second in a series of programs planned by the Committee on Professional Ethics that will explore ethical issues surrounding the use of social networking in libraries and information agencies.

Les intervenants seront :

A noter aussi, cette autre session consacrée à l’éthique et aux relations entre bibliothèques et vendeurs : “Last Fair Deal Gone Down: Ethical Considerations in Library Vendor Relations” :

Vendor relations within libraries are critical and multifaceted, impacting everyone involved. Relationships can be institutional or individual in nature, involving purchases, sponsorships and grants. In the tightly woven library world, personal friendships exist and many colleagues have worked in both libraries and as vendors. What are the ethical considerations when negotiating contracts, sponsoring or attending events, accepting grants? How do personal ethics intersect/inform professional ethics? A panel of speakers will discuss these and other issues.

N’a pas l’air mal tout ça mais pfff… un peu loin quand même.

Choose Privacy Week : I am not an open book

avec 2 commentaires

Nouvelle initiative (une de plus !) en matière de sensibilisation à la vie privée aux États-Unis : la Choose Privacy Week. Cette première édition se déroule du 2 au 8 mai 2010 et a pour objectif d’inviter les citoyens, et en particulier les utilisateurs des bibliothèques, à se pencher sur le droit à la vie privée ainsi qu’au respect et à la protection de celle-ci.

Though our reaction to the USA PATRIOT Act did raise the profile of privacy-lovin’ librarians, you’d be surprised how many people still don’t understand the connection between libraries and privacy. Does that mean Choose Privacy Week is just a chance for librarians to pat ourselves on the back? Not at all. While librarians can and should do our best to protect the information entrusted to us when people use our libraries, we can’t control what happens outside our doors. What librarians can do is help people understand their options for taking charge of their personal information. Participating in Choose Privacy Week is your chance to start the ball rolling.

Martin Garnar, Chair, ALA Intellectual Freedom Committee
Choose Privacy Week and Libraries: Bringing Privacy to the People

La campagne fournit aux bibliothèques différents outils afin de sensibiliser leurs utilisateurs au rôle de la vie privée, à l’importance de celle-ci et comment elle peut facilement être compromise. La Choose Privacy Week veut permettre à chaque citoyen d’aborder cette problématique de manière critique et d’opérer les choix qui lui conviennent, en pleine connaissance de cause.

Pour ce faire, l’American Library Association (ALA) a mis en place différentes ressources :

Et comme toujours, la boutique de l’ALA Store regorge de badges, boutons, posters…

Rédigé par frenaville

2 mai 2010 à 08:43

Publié dans vie privée

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Héroïsme vs mise au pilon

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Il me semblait avoir quelque peu exagéré dans mon dernier billet de la rubrique « étude de cas ». J’y abordais la conservation partagée et la stratégie mise en place par le conservateur Arsène Burma (personnage fictif !) afin d’augmenter le poids et l’importance du fonds d’architecture, et ce en termes de quantité de documents ainsi que d’emprunts. Je trouvais avoir quand même bien chargé la barque du conservateur rendant ainsi le personnage tellement caractéristique qu’invraisemblable… En fait, j’étais loin d’imaginer que les faux prêts réalisés par mon Arsène Burma pour rendre plus importantes et pertinentes certaines collections de périodiques avaient un écho dans la vie réelle:

Dans les années 1990, conscients que leurs majestueux immeubles anciens ne pouvaient plus contenir le flot des documents imprimés, les directeurs de plusieurs grandes bibliothèques décidèrent d’édifier de nouveaux lieux où loger leurs vastes collections. À Paris et à Londres, à Buenos Aires et à San Francisco (notamment), des plans furent établis et les travaux commencèrent. Malheureusement, dans plusieurs cas la conception des nouvelles bibliothèques se révéla peu adaptée à la conservation des livres. Pour compenser l’insuffisance du projet de la nouvelle bibliothèque de San Francisco, dont les architectes n’aient pas prévu assez d’espace de rangement, les administrateurs retirèrent du fonds de la bibliothèque des centaines de milliers de livres qu’ils envoyèrent dans un site d’enfouissement. Les livres à détruire étant sélectionnés en fonction du temps écoulé depuis la dernière fois qu’on les avait empruntés, afin d’en sauver le plus possible, des bibliothécaires héroïques s’introduisirent nuitamment dans les réserves et marquèrent au tampon sur les volumes menacés de fausses dates de retrait.

Alberto Manguel, La Bibliothèque, la nuit. Actes Sud, 2009 (Babel 937), p. 81-82.

Première surprise, le comportement d’Arsène Burma n’est pas si exceptionnel, si farfelu que cela. Mais trois autres éléments m’interpellent dans cette citation :

Primo, j’ai peine à imaginer que des architectes et des responsables de bibliothèque aient pu à ce point se fourvoyer sur les dimensions nécessaires du nouvel édifice. Des « centaines de milliers de livres » sur le carreau ? Naïvement peut-être, j’aurais plutôt tendance à pencher pour la volonté des responsables de construire des bâtiments probablement mieux adaptés aux besoins et rôles des bibliothèques contemporaines, la qualité primant sur la quantité, quitte à mettre au pilon un nombre très important d’ouvrages peu usités, dépassés, de doubles, en mauvais état, etc. Mais je peux me tromper. Si quelqu’un dispose d’informations complémentaires, je suis bien sûr preneur !

Secundo, il faut savoir que la source d’Alberto Manguel est la lettre que l’auteur Nicholson Baker envoya au New Yorker et qui paru en octobre 1996: “The Author vs. the Library” (The New Yorker, 14 octobre 1996). On y apprend (page 51) que la San Franciso Public Library:

“has, by a conservative estimate, sent more than two hundred thousand books to landfills” [...].

Entre les “centaines de milliers de livres” de Manguel (ou de sa traductrice) et les “more than two hundred thousand books” de Baker, il y a une nette différence sémantique.

Tertio, je trouve le qualificatif “héroïque” pour décrire le comportement des bibliothécaires tout à fait inapproprié. En quoi cela est-il héroïque ? On ne décrit pas un autodafé nazi à ce que je sache.

Nicholson Baker n’est pas un inconnu en matière de critique de gestion de bibliothèques. C’est notamment lui qui s’indigna que de grandes bibliothèques américaines, dont la Bibliothèque du Congrès, avaient décidé de remplacer par des microfilms de très larges parties de leurs collections de journaux du 19e siècle et de jeter leurs originaux. Baker explique tout cela dans l’ouvrage polémique Double Fold: Libraries and the Assault on Paper (Random House, New York, 2001). Personnellement, je ne vois absolument rien infamant. Ce sont certainement des kilomètres de stockage qui ont pu être récupérés et des tonnes qu’il n’a plus fallu devoir manutentionner ni préserver de la consultation parfois maladroite des lecteurs, des ravages du temps et autres nuisibles, parasites animaliers et fongiques… Pour mieux comprendre Baker, je crois que je m’offrirai un jour prochain la lecture de cet ouvrage.

Là où le bât blesse, ce qui dérange surtout Alberto Mangel et Nicholson Baker, ou encore des auteurs comme Lucien X. Polastron ou Jean Marie Goulemot, c’est que le papier a été mis au bac ! Moi, j’aime beaucoup Alberto Manguel. Comme Polastron et Goulemot, il écrit magnifiquement bien et a une connaissance encyclopédique de ce sur quoi il écrit. Mais je souhaiterais vraiment qu’un jour ces amoureux du papier retombent les pieds sur terre et comprennent qu’on ne peut administrer des bibliothèques publiques ou académiques comme des bibliothèques privées, que la conservation (du papier) pour la conservation n’est pas une fin en soi, que les missions et besoins des bibliothèques ont radicalement changé ces trente dernières années, que la conservation sur le support d’origine est parfois un défi au bon sens, voire impossible.

Ceci dit, heureusement que la technologie évolue et que le support idéal vient d’être mis au point ;-)

Rédigé par frenaville

27 avril 2010 à 10:17

Banned Books Week 2010

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Chaque année, fin septembre, a lieu aux États-Unis la Banned Books Week (BBW). Cet événement majeur a pour objectif de célébrer la liberté d’expression, la liberté intellectuelle, la liberté de lire ce que l’on veut. L’édition 2010 se tiendra du 25 septembre au 2 octobre 2010. Le slogan de cette année est “Think for Yourself and Let Others Do the Same“.

Il n’est pas trop tôt pour s’y préparer ! Les annonces fusent d’ailleurs sur divers blogs et listes de discussion américaines. Et l’ALA, via son portail ALA Store, y va de son merchandising traditionnel, que je trouve toutefois ici bien sympathique puisqu’il permet précisément (et c’est bien là son but), au moyen des T-shirts, sacs, épinglettes, posters…, de promouvoir facilement la BBW hors du cénacle des bibliothèques et maisons d’édition. Mais un des meilleurs moyens de participer consiste justement à lire l’un des ouvrages interdits (banned) ou contestés (challenged). Le choix ne manque pas ! Quelques idées de lecture pour vos futures vacances :

L’un des “grands gagnants” de ces dernières années est le livre pour enfants And Tango Makes Three qui raconte l’histoire véridique deux manchots à jugulaire, Roy et Silo, du zoo de Central Park de New York. Ces manchots ont couvé un œuf de manchot qui fut récupéré, par un gardien, d’un autre couple qui ne pouvait couver deux œufs en même temps. Un poussin est né, la petite Tango. Roy et Silo vont alors s’occuper de leur bébé. Ce qui choque les censeurs ? Roy et Silo sont des mâles… (voir notamment l’article “Bisexual Species: Unorthodox Sex in the Animal Kingdom” publié dans le Scientific American).

À noter aussi, cette initiative originale de la Greater Victoria Regional Library au Canada lors de la Freedom to Read Week de février 2010 (voir le billet “Libérez un livre contesté!“) : ils ont couché un mannequin sur un présentoir, lui ont bandé les yeux, mis un livre dans les mains et l’ont entouré d’ouvrages interdits ou contestés qui pouvaient être empruntés.

We picked out a mannequin that was lying on her stomach with her hands near her face, dressed her up in clothes from the consignment store, and propped a book up in her hands. Then we tied on a blindfold. We put her up on a table, and filled an adjacent table with banned/challenged books. We also made sure to put up some signage explaining the display and that the books were there to be borrowed.

Chouette idée que tout libraire pourrait relativement facilement mettre en place…

Rédigé par frenaville

19 avril 2010 à 05:00

Plaidoyer pour plus de bibliothécaires pleurnichards

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Le point est encore régulièrement abordé dans la presse et les médias américains. On ne compte plus les articles de revues scientifiques, chapitres de livres ou ouvrages qui l’abordent. Nos collègues outre Atlantique le détestent, le haïssent, le maudissent, l’abhorrent, l’abominent et l’exècrent, il est devenu leur bête noire. Le PATRIOT Act les hante et menace toujours ! Une intéressante lettre, pleine d’humour et de sincérité, de Norm Schiller, président du conseil du Mississippi Valley Library District, et publiée dans Suburban Journals nous le démontre une fois encore : Librarians help protect readers’ privacy (17 février 2010).

Dans sa lettre, l’auteur notamment :

  • ironise sur la rapidité avec laquelle le Congrès a voté cette loi liberticide :
    Days after 9/11, Congress created the Patriot Act [...]. This same Congress that takes years to name a highway or a bridge.”
  • résume avec beaucoup de justesse toute la problématique des National Security Letters (NSL) :
    These are used to demand readers’ records, e-mails, circulation records and Internet searches. Using the NSLs, there are no search warrants and no reviews by judges. Agents show up and demand patron records, and that’s that. If the clerk on duty tells anyone, even the library director or me, the president of the board, the employee will be imprisoned without a trial“.
    Les NSL sont pourtant en parfaite opposition au Quatrième Amendement qui stipule que les arrestations et perquisitions ne peuvent avoir lieu sans mandat :
    The right of the people to be secure in their persons, houses, papers, and effects, against unreasonable searches and seizures, shall not be violated, and no Warrants shall issue, but upon probable cause, supported by Oath or affirmation, and particularly describing the place to be searched, and the persons or things to be seized.
    (“Le droit des citoyens d’être garantis dans leurs personne, domicile, papiers et effets, contre les perquisitions et saisies non motivées ne sera pas violé, et aucun mandat ne sera délivré, si ce n’est sur présomption sérieuse, corroborée par serment ou affirmation, ni sans qu’il décrive particulièrement le lieu à fouiller et les personnes ou les choses à saisir.”, traduction tirée de Wikisource)
  • se moque des agents du FBI que la loi­ autorise, par un simple document administratif (les NSL), à exiger des bibliothèques qu’elles leur fournissent des données sur leurs lecteurs :
    No one, and I mean no one, gets to see what are patrons are reading. No one, especially FBI agents who are too lazy to get a warrant from a judge, has this privilege. To protect our patrons, libraries created software that would purge readers’ records and Internet searches after a week or two.
  • jubile, on le devine, à l’idée d’avoir été traité comme tant d’autres de pleurnichard (“crybaby“) par l’Attorney General John Ashcroft.

Et rappelant toute l’importance que les bibliothécaires américains accordent au respect de la vie privée de leurs Bébé qui pleurelecteurs ainsi qu’à la confidentialité des données personnelles les concernant, Norm Schiller annonce tout de go :

Our staff is trained to protect the patient’s privacy above all. We will not hesitate to dismiss someone who betrays the trust. Reader confidentiality is central to every library’s mission.

En mai 2008, soit un peu plus de six ans et demi après l’adoption par le Congrès du PATRIOT Act, on estimait à 200.000 le nombre de National Security Letters qui avaient été présentées dans les bibliothèques américaines ! Comme le souligne Norm Schiller, cela fait 200.000 bonnes raisons de se sentir concerné…

Alors, quand je pense qu’aux yeux de certains (!) collègues, je passe pour un emmerdeur de première et/ou un parano lorsque je dis qu’il est tout à fait anormal de signaler à l’étudiant Untel que le livre qu’il cherche a en fait déjà été emprunté par la lectrice Trucmuche et qu’il peut, s’il veut, s’arranger librement avec elle, je me dis qu’un petit séjour là-bas ferait le plus grand bien à ces collègues…

Mais la Belgique n’est évidemment (et heureusement) pas les États-Unis. J’ose espérer – et veux croire – que l’immense majorité des bibliothécaires de Belgique francophone sont respectueux de la vie privée de leurs lecteurs. Et quand bien même on atteindrait les 99%, pourrions-nous seulement nous en contenter ? Je ne le pense pas et ne le souhaite en aucun cas.

[image : lescreationsdesosso]

Rédigé par frenaville

10 mars 2010 à 20:00

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