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Cas vécus de censure dans les bibliothèques américaines
La liberté d’expression est un des chevaux de bataille des bibliothèques américaines. Une nouvelle publication de l’ALA en atteste : l’ouvrage True Stories of Censorship Battles in America’s Libraries rassemble une trentaine de cas vécus face à la censure, que celle-ci soit due à des lecteurs, des groupes de pression ou des bibliothécaires eux-mêmes. Parmi les textes, on retrouvera l’expérience de Matt Nojonen sur les soucis rencontrés à la bibliothèque publique de Palastaka (voir les billets « Rififi à Pataskala » et « Rififi à Pataskala (II) »).
Il est peu de situations aussi stressantes que les problèmes en lien avec la présence en rayon de livres controversés par les usagers ou la hiérarchie. Aussi, les expériences relatées de cet ouvrage ne pourront-ils sans doute qu’aider tout bibliothécaire, englué dans pareil conflit, à se sentir moins seul.
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Foreword, by Ellen Hopkins
Introduction
Part I: Sometimes We’re Our Own Worst Enemy: When Library Employees Are Censors
Chapter 1 Where There Once Was None (Lucy Bellamy)
Chapter 2 Well-Intentioned Censorship Is Still Censorship: The Challenge of Public Library Employees (Ron Critchfield and David M. Powell)
Chapter 3 If I Don’t Buy It, They Won’t Come (Peggy Kaney)
Chapter 4 Mixed-Up Ethics (Susan Patron)
Part II: How Dare You Recommend This Book to a Child: Reading Levels and Sophisticated Topics
Chapter 5 Clue-less in Portland (Natasha Forrester)
Chapter 6 Vixens, Banditos, and Finding Common Ground (Alisa C. Gonzalez)
Chapter 7 Long Live the King (Novels)! (Angela Paul)
Chapter 8 Parent Concern about Classroom Usage Spills Over into School Library (Laurie Treat)
Chapter 9 The Princess Librarian: An Allegory (Sherry York)
Chapter 10 The Complexity and Challenges of Censorship in Public Schools: Overstepping Boundaries, Cultivating Compassionate Conversations (Marie-Elise Wheatwind)
Part III: Not Only Boy Scouts Should Be Prepared: Building Strong Policies
Chapter 11 I Owe It All to Madonna (Lisë Chlebanowski)
Chapter 12 The Battle to Include (Gretchen Gould)
Chapter 13 Pornography and Erotica in an Academic Library (Michelle Martinez)
Chapter 14 Reasonable Accommodation: Why Our Library Created Voluntary Kids Cards (Matt Nojonen)
Part IV: When the Tribe Has Spoken: Working with Native American Collections
Chapter 15 Cultural Sensitivity or Censorship? (Susanne Caro)
Chapter 16 Developing the Public Library’s Genealogy Euchee/Yuchi Collection (Cathlene Myers Mattix)
Part V: Conversation + Confrontation + Controversy = Combustion: Vocal Organization and Publicly Debated Challenges
Chapter 17 32 Pages, 26 Sentences, 603 Words, and $500,000 Later: When School Boards Have Their Way (Lauren Christos)
Chapter 18 The Respect of Fear (Amy Crump)
Chapter 19 Sweet Movie (Sydne Dean)
Chapter 20 Censorship Avoided: Student Activism in a Texas School District (Robert Farrell)
Chapter 21 I Read It in the Paper (Hollis Helmeci)
Chapter 22 Uncle Bobby’s Wedding (James LaRue)
Chapter 23 A Community Divided (Kristin Pekoll)
Chapter 24 The Author Visit That Should Have Been (Karin Perry)
Chapter 25 One of Those Not So Hideous Stories of a Book Challenge (Kathryn Prestidge)
Part VI: Crime and Punishment: When Library Patrons Have Committed a Crime
Chapter 26 A Serial Killer Visits the Library (Paul Hawkins)
Chapter 27 Books, Bars, and Behavior: Censorship in Correctional Libraries (Erica MacCreaigh)
Part VII: Perhaps It Is Possible to Judge a Book by Its Cover: Displays
Chapter 28 The Ghost of Halloween Past (Kathy Barco)
Chapter 29 The Neophyte in the New Age (Rosemary J. Kilbridge)
Chapter 30 Gay Books Display Brings Out High School Faculty Prejudice (Nadean Meyer)
Chapter 31 Censorship Looms Over the Rainbow (Cindy Simerlink)
Les bibliothèques interdisent vraiment de tout…
Les bibliothécaires sont décidément des gens bizarres : si certains font partie des premiers à dégainer lorsque les droits fondamentaux (liberté d’expression, liberté de la presse…) sont menacés, d’autres n’hésitent pas brandir les étendards de la Protection en interdisant un peu tout et n’importe quoi, en fonction des modes, priorités, phobies ou marottes des conservateurs :
- interdiction de disposer d’une bouteille d’eau en salle de lecture,
- interdiction de disposer devant soi de plus de trois ouvrages (car de toute façon, il est impossible à tout stupide lecteur de lire trois livres en même temps, c’est bien connu),
- interdiction d’utiliser son GSM (même sur silencieux),
- interdiction sur les postes publics d’accéder aux réseaux sociaux (car la sainte mission de ces ordinateurs est exclusivement de permettre un accès au sublime opac et aux outils documentaires), avec installation de filtres en conséquence,
- …
Des exemples authentiques, malheureusement, qu’il m’a (presque) été donné de vivre par le passé…
La Yonkers Public Library (New York) a frappé fort en interdisant l’ “accès” aux ballons dans son enceinte, la bibliothèque jugeant l’intrusion de ballons comme suffisamment problématique que pour faire disposer une jolie pancarte à l’attention des usagers franchissant son seuil…
Apparemment, les raisons sous-jacentes à cette décision seraient d’ordre sécuritaire : lâchés et montant jusqu’au plafond, les ballons pourraient déclencher les alarmes incendie ou perturber les détecteurs de mouvement activés après la fermeture de la bibliothèque. Si cette interdiction part d’un bon sentiment, mentionner un « pour des raisons de sécurité » ou une explication, même succincte, n’aurait sans doute pas fait de tort.
De cette expérience, on peut tirer les conclusions suivantes :
1) Il y a peut-être un gosse sur 500 qui risque de rentrer à la bibliothèque avec un ballon et cela justifie un panneau d’interdiction. Merveilleux accueil !
2) Si vous avez une arme et un port d’arme, vous êtes par contre le bienvenu à la bibliothèque ! Un ballon est donc plus dangereux pour la sécurité des lecteurs et des documents qu’une arme à feu.
3) Continuons à faire chier les lecteurs comme cela et nous n’aurons plus besoin de décisions politiques ou institutionnelles ou de restrictions budgétaires pour fermer les bibliothèques ! Il nous suffira juste de continuer à ne pas nous adapter aux attentes légitimes de nos usagers ou à interdire, sans expliquer.
Ce que l’histoire ne dit pas par contre, c’est ce que les lectrices féministes blondes et à forte poitrine pensent cet accès interdits aux “balloons” et “globos”…
Sources :
Uptight Westchester Library Bans Balloons! (17-01-2011)
Serious Rule At The Yonkers Public Library (17-01-2011)
Créationnisme et Dessin intelligent classés en science?
Si un président d’université venait à demander officiellement à un directeur de bibliothèque que tous les documents avec les descripteurs Créationnisme et Dessin intelligent soient reclassés dans la section science, cette directive soulèverait-elle des problèmes d’ordre éthique ? C’est un peu le genre de question que Daniel CannCasciato s’est posée un jour lors d’une discussion avec un biologiste. Il découvrit bientôt que cette situation était loin d’être hypothétique puisqu’un cas semblable s’était passé en 1987 aux États-Unis : le directeur de la bibliothèque d’une université à fondement religieux (religious-based college) a un jour reçu un mémo de son président lui demandant de reclasser en section science des ouvrages créationnistes (1).
Shocking ! C’est sans doute ce à quoi a dû penser Daniel CannCasciato au début. Toutefois, en creusant un peu plus le sujet et en effectuant des recherches complémentaires, il a changé d’avis, considérant que dans certaines situations (précisément comme celle-ci), reclasser en science ce genre de documents est précisément conforme à l’éthique.Daniel CannCasciato présente, dans un article récemment paru dans le Cataloging & Classification Quarterly, les raisons qui l’ont amené à revoir sa position. Et l’un de ses arguments se base précisément sur un article du ALA Code of Ethics…
Les missions de ce genre d’établissement se basent souvent très nettement sur la Bible. Par ailleurs, leurs autorités sont très différentes de celles financées par des fonds publics. On s’en convainc aisément lorsque l’on retrouve dans les plans stratégiques de ces établissements des phrases comme par exemple :
The mission [...] is to teach men and women to live by biblical principles and to equip and empower them with character, skills, insight, and vision to lead the church and to impact society for Christ.
ou encore :
To this end all trustees and faculty members must be members of the undenominational fellowship of Christian churches and churches of Christ and must believe, without reservation, in the full and final inspiration of the Bible to the extent that to each of them it is the infallible Word of God [...]. The sixty-six books of the Old and New Testaments are fully inspired and without error and serve as God’s only written Word.
ou dans les programmes de cours, des descriptifs comme ici celui de la Bob Jones University :
Bachelor of Science Degree, Physics Major
The Physics major provides preparation for a career as a physicist [...]. While offering scientific andphilosophical refutation of the theory of evolution, our program teaches each course within a biblical creationist framework.
ou celui de celui de la Liberty University:
Center for Creation Studies
PURPOSE The purpose of the Center for Creation Studies is to promote the development of a consistentbiblical view of origins in our students. The Center seeks to equip students to defend their faith in the creation account in Genesis using science, reason, and the Scriptures.
[Les quatre citations ci-dessus sont extraites de l’article de Daniel CannCasciato.]
Or, le Code d’Ethique de l’ALA prévoit expressément dans son article VII que les bibliothécaires doivent pouvoir distinguer leurs convictions personnelles de leurs obligations professionnelles et qu’ils n’ont pas à interférer avec les objectifs de leurs institutions :
We distinguish between our personal convictions and professional duties and do not allow our personal beliefs to interfere with fair representation of the aims of our institutions or the provision of access to their information resources.
En conséquence de quoi, compte tenu du fait qu’il s’agissait ici justement d’un établissement de type religieux, la demande du directeur (qu’on l’aime ou non) n’entrait pas en contradiction avec le code d’éthique de l’ALA. Par contre, s’opposer à la requête parce qu’on la juge contraire à ses convictions philosophiques ou à l’état des connaissances scientifiques irait à l’encontre de l’article VII.
Conclusion : mieux vaut que vos convictions soient en adéquation avec les objectifs et missions de votre employeur… ou ne pas avoir d’article VII…

(1) Anderson, A. J. (1987): Memo from the President: Reclassify Creation Science Books. Library Journal, 112(19), 53-54.
Source :
CannCasciato, Daniel (2011): Ethical Considerations in Classification Practice: A Case Study Using Creationism and Intelligent Design, Cataloging & Classification Quarterly, 49(5), 408-427.
Résumé: This article re-visits a scenario from 1987: a university president required a library director to reclassify some materials into a science classification. The author looks at the prominence of the Code of Ethics of the American Library Association in the general library literature and in classification and cataloging practice literature. The issue of censorship is also discussed. The author then reviews classification for Creationism and Intelligent design and some decision making processes one could use when deciding on the professional ethics of such a request, concluding that in some cases the ethical action might indeed be to go ahead with the reclassification.
Mots-clefs: Code of Ethics of the American Library Association, decision making, professional conduct, professional ethics, classification
Ce livre est interdit? Ok, on le distribue gratis alors…
Fin juillet 2011, le conseil du lycée Republic (Missouri ) a décidé, par 4 voix contre 0, de retirer du programme et de la bibliothèque le roman de science-fiction “Abattoir 5 ou la Croisade des enfants” (Slaughterhouse Five or the Children’s Crusade) de l’auteur Kurt Vonnegut. Considéré comme l’un des romans américains les plus importants du 20e siècle, “Abattoir 5″ figure également en bonne place dans les listes des 100 ouvrages les plus contestés aux USA, notamment en raison de scènes de sexe et du langage grossier des soldats (l’action se déroule durant la Seconde Guerre mondiale).
La critique à l’origine du retrait du roman au lycée Republic remonte à septembre 2010. Wesley Scroggins, professeur associé en management à la Missouri State University et chrétien conservateur, lance un pavé dans la marre en critiquant la lecture de certains ouvrages au lycée Republic. Sur “Abattoir 5″, il écrit ainsi:
This is a book that contains so much profane language, it would make a sailor blush with shame. The “f word” is plastered on almost every other page. The content ranges from naked men and women in cages together so that others can watch them having sex to God telling people that they better not mess with his loser, bum of a son, named Jesus Christ.
Détail amusant: les enfants de Scroggins ne vont pas au lycée en question, ils suivent un enseignement à domicile… Cherchez l’erreur… Et s’il fréquente les lieux de cultes, il est à mon avis peu à parier que Scroggins fréquente la bibliothèque publique de son quartier…
Face à cette censure inacceptable, la direction du Musée Kurt Vonnegut a donc décidé d’envoyer gratuitement 150 exemplaires du livre aux élèves lycée Republic qui en feraient la demande par e-mail. Celles et ceux qui le souhaitent sont même invités à faire un don de 5USD (participation aux frais d’envoi). Un joli pied de nez aux censeurs qui souhaitent imposer leurs listes et grilles de lecture…
Pour aller plus loin :
- Le Musée Kurt Vonnegut distribue un livre interdit, Le Magazine Littéraire, 9 août 2011
- Kurt Vonnegut library offers pupils free copies of banned book, The Guardian, 8 août 2011
- The Neverending Campaign to Ban ‘Slaughterhouse Five’, The Atlantic, 12 août 2011
- Vonnegut Memorial Library to give away copies of Slaughterhouse Five to Republic High School students, News-Leader.com, 4 août 2011 [?]
- Two books pulled from Republic school library shelves, News-Leader.com, 26 juillet 2011 [?]
- So It Goes: Missouri High School Bans Slaughterhouse-Five, American Libraries, 8 mars 2011
- Filthy books demeaning to Republic education, News-Leader.com, 18 septembre 2010 [?]
Merci encore à @Gerda42 de m’avoir renseigné l’article du Magazine Littéraire.
USA Patriot Act : (presque déjà) reparti pour un an
Certaines dispositions de l’USA Patriot Act, la loi antiterroriste post 9/11 votée dans l’urgence, devaient expirer à la fin de ce mois de février 2011. Trop tôt à en croire certains représentants du Congrès. Aussi, une loi autorisant le renouvellement, jusqu’au 8 décembre 2011, de trois clauses a été déposée.
La première disposition concernée est les mises sur écoute itinérantes (Roving Wiretaps provision) : celle-ci autorise le FBI de surveiller rapidement les communications téléphoniques de suspects qui ont changé de portable sans obliger les agents du FBI à devoir requérir auprès d’un juge une nouvelle autorisation. Ces dernières années, cette disposition a été utilisée en moyenne 22 fois l’an. La seconde disposition concerne les enregistrements (Business Records provision). Elle autorise l’accès par les agents du FBI à des données issues de dossiers médicaux, de relevés bancaires, de l’historique de prêt à la bibliothèque… Entre 2004 et 2007, cette disposition a été utilisée 220 fois. Cette disposition fait partie de la tristement célèbre Section 215 de l’USA Patriot Act. Enfin, la troisième disposition (Lone Wolf provision) permet la surveillance électronique de citoyens sans que ceux-ci ne soient nécessairement des terroristes présumés ou des agents à la solde d’une puissance étrangère. Cette dernière disposition n’a à ce jour jamais encore été utilisée.
Prolongation majoritairement soutenue par des Républicains, le vote des Démocrates n’en est pas moins capital puisque, loi spéciale oblige, la majorité des deux tiers est nécessaire. Le texte a pour objectif de prolonger ces dispositions jusqu’au 8 décembre 2011. Certains élus toutefois auraient préféré une prolongation de 3 ans, voire rendre permanentes ces dispositions !
Le vote a eu lieu ce mardi 8 février à la Chambre des Représentants : 277 membres du Congrès ont voté pour le prolongement, 148 ont voté contre. A quelques voix près, les deux tiers étaient atteints et l’extension du Patriot Act votée. Grosso modo, la très grande majorité des élus républicains ont voté pour et 26 Républicains et la majorité des Démocrates ont voté contre. Détail piquant : le Présent Obama et son administration soutenait cette prolongation ! Plus incroyable encore, la veille du vote, la durée des débats accordée à cette prolongation des trois dispositions les plus controversées de l’USA Patriot Act n’excédait pas une heure !
Mais ce n’était que partie remise car le texte a été à nouveau présenté ce lundi 14 février, et là la majorité qualifiée était entièrement suffisante ! Le projet de loi est bien entendu passé… par 275 voix contre 144, soit à une majorité de 63% des voix. Détails des votes (projet de loi H.R.514) :
OUI : 275 (65 Démocrates, 210 Républicains)
NON : 144 (117 Démocrates, 27 Républicains)
Abstentions : 14 (11 Démocrates, 3 Républicains)
Le texte passe donc désormais au Sénat. Deux petites notes positives quand même :
- Le sénateur Patrick Leahy a déjà introduit un projet de loi pour mieux cadrer certaines applications de l’USA Patriot Act. Est notamment visé l’usage par le FBI des National Security Letters (NSL), document purement administratif permettant de recueillir des éléments de preuve sans aucune ordonnance judiciaire. Ce sont ainsi ces NSL que les agents du FBI utilisent dans les bibliothèques pour exiger les listes des emprunts de lecteurs par trop suspects.
- Le lendemain même du vote à la Chambre des Représentants, soit ce 15 février, des députés républicains et démocrates ont annoncé qu’ils allaient essayer de déposer un amendement ce jeudi 17 février afin de réintroduire les garanties de protection de la vie privée concernant les données issues de bibliothèques et librairies:
Representatives John Conyers (D-MI), Jerry Nadler (D-NY) and Ron Paul (R-KY) will introduce legislation that prohibits the use of the Patriot Act to search “library circulation lists, library patron lists, book sales records, and book customer lists.” The legislation was first introduced by Senator Bernie Sanders (I-VT) in 2005 when he served in the House. It was approved by a vote of 238-187, but the provision was later dropped in House-Senate negotiations.
Néanmoins, si la protection de la vie privée sera un peu mieux garantie, il ne fait quasiment aucun doute que le texte passera aussi le cap du Sénat et sera finalement signé par le Président Obama… tout comme l’année dernière où il autorisa la prolongation jusque fin février 2011.
Sources:
- House to Vote on Reader Privacy Amendment (15 février 2011)
- J[oe] H[odnicki]: Beltway Broken Promises on Civil Rights and Civil Liberties: A Three Act Play About This Month’s Extension of the USA PATRIOT ACT. Law Librarian Blog (14 février 2011)
- H.R.514 [résultats des votes]. OpenCongress (14 février 2011)
- Donny Shaw: House spends 2 days on non-binding resolution, gives PATRIOT Act 1 hour. OpenCongress Blog (11 février 2011)
- Paul Kane, Felicia Sonmez: Patriot Act extension fails in the House by seven votes. The Washington Post (8 février 2011)
- Donny Shaw: PATRIOT Act Extension Fails, For Now. OpenCongress Blog (8 février 2011)
- GeantVert: Le Sénat US prolonge trois dispositions de la loi antiterroriste PATRIOT ACT. ReOpen911 (4 mars 2010)
Dessin: Carlson [2005?]
Banned Books Week 2010 : on y est !
Aux États-Unis, la Banned Books Week 2010 a commencé ce 25 septembre et se poursuivra jusqu’au 2 octobre. Comme je le signalais dans un billet précédent, cette semaine thématique est organisée chaque année à cette époque afin de sensibiliser le public, les bibliothécaires, les libraires, le monde politique, etc. à la problématique des livres contestés et censurés, chose qui outre Atlantique arrive malheureusement beaucoup trop souvent. A cette occasion, de nombreux débats et autres manifestations sont organisés : débats avec des auteurs, éducateurs et enseignants, ateliers lecture consacrés à des livres contestés… Et, merchandising oblige, l’ALA Store est plein à craquer !
Pour quelles raisons des livres ont-ils contestés ou interdits ?
Souvent, les livres peuvent êtres contestés pour plus d’une raison. En voici quelques unes, suivies du nombre de titres concernés en octobre 2009 pour le seul Texas (!) :
- Sexe ou nudité : 44
- Langage grossier : 29
- Violence et horreur : 18
- Drogue et alcool : 17
- Critique de la religion : 12
- Critique politique, sociale ou raciale : 11
- Autre/aucune raison donnée : 14
(chiffres de l’American Civil Liberties Union [ACLU] Texas, cités d’après le Chron.com)
Dans le même Texas, toujours pour octobre 2009, cela fait pas moins de 17 livres qui ont été retirés des bibliothèques ou des listes de lectures scolaires, ce qui prouve qu’une semaine comme la Banned Books Week a tout son intérêt !
Cette année, la sensibilisation à la contestation et à la censure d’ouvrages a commencé un petit peu plus tôt que prévu au Missouri. En effet, Wesley Scroggins, un habitant de la ville de Republic, père de famille et professeur assistant à la Missouri State University, a adressé une requête au conseil d’administration des écoles locales en vue de :
« discontinue the use of textbooks and any materials that create false conceptions of American history and government that teach principles contrary to Biblical morality and truth.”
Tout un programme ! Les ouvrages que Scroggins voudrait voir retirés des bibliothèques et listes de lectures scolaires sont les romans Speak de Laurie Hasle Anderson, Twenty Boy Summer de Sarah Ockler et Slaughterhouse de Kurt Vonnegut. Est-il besoin de préciser aussi que Scroggins est également très soucieux de la façon dont la science et la théorie de l’évolution sont enseignés…
Participer à la Banned Books Week 2010 ?
S’il est probablement un peu tard pour nos bibliothèques de mettre en place des activités dans le cadre de la Banned Books Week 2010, il nous est par contre loisible :
- de nous pencher sur des activités que nous pourrions mettre en place dès l’année prochaine,
- de nous organiser notre propre petite semaine “locale” de livres contestés et interdits,
- de mettre en évidence et conseiller à nos lecteurs des ouvrages frappés par la censure et les bien-pensants,
- …
Et tout cela, soit à la bonne franquette, soit de façon bien organisée, soit en solo, soit en concertation avec d’autres bibliothèques qui nous sont géographiquement proches ou avec lesquelles nous entretenons des contacts étroits. pourquoi se priver ? Mais la plus simple façon de s’investir dans cette semaine de sensibilisation à la censure, n’est-elle pas au fond de se faire plaisir en lisant l’un de ces ouvrages contestés ?
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Voir aussi sur Vagabondages : Banned Book Week (27 septembre 2010)
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Sur l’”affaire” Wesley Scroggins, voir notamment :
- Are these books not for our kids? (The Houston Chronicle, 21 septembre 2010)
- 3 Books Under Review: Republic (MO) Considers a Ban (KSPR 33, 20 septembre 2010)
- In Missouri, Banned Books Week Starts Early (Riverfront Times Blogs, 21 septembre 2010)
Pas de coming out en bibliothèque svp
En avril 2010, la bibliothèque publique Burlington County Library System à Westampton (New Jersey) a décidé de retirer de ses rayons tous les exemplaires dont elle disposait de l’anthologie allosexuelle Revolutionary Voices: A Multicultural Queer Youth Anthology (Alyson, 2000). Cette anthologie se compose d’histoires de jeunes ayant fait leur coming out, d’anecdotes, d’expériences vécues, souvent difficiles, parfois cocasses. En voici l’un des comptes rendus que l’on trouve sur Amazon :
This groundbreaking, multicultural collection of stories by the queer and young should be required reading for every jaded adult–teachers, parents, politicians–and anyone who fears for the future of our country. In fact, 22-year-old editor Amy Sonnie should run for Congress. Her introduction to this touching, funny, and sometimes sad anthology is smarter and more thoughtful than any political rhetoric this old queer has heard lately. While the work is wildly diverse [...], all of it speaks to the isolation and fear of being queer and young. A boy lies awake at night practicing to be more masculine. An intersexed gay boy comes out to his high school. A butch girl tells of years of daily bashing. Fear, though, is not the overriding emotional tone to this collection. The contributors exhibit a belief in themselves, a well-placed youthful confidence that speaks as loudly as the most poignant writing. Their determination to survive and thrive despite a homophobic society comes through loud and clear. It’s the perfect antidote to adult cynicism about youth. –Jack Connolly
Certains apprécieront ce type d’anthologie (notamment pour son côté témoignages et cas vécus), d’autres pas. Libre à chacun de s’intéresser ou non à cette œuvre? de la lire… ou pas. Il en est ainsi des lecteurs comme des bibliothécaires. Il en est ainsi de tous les livres. Cette anthologie a en tout cas été considérée par le Gay, Lesbian and Straight Education Network (GLSEN) comme “the first creative resource by and for queer and questioning youth of every color, class, religion, gender and ability” et a été désigné en 2001 comme l’un des meilleurs ouvrages adultes à destination des élèves du secondaire par le School Library Journal.
D’une façon générale, un cas n’étant bien sûr pas l’autre, retirer des rayons ou changer de place un ouvrage parce qu’on en juge le contenu inapproprié n’est en soi pas anormal. Cela fait pleinement partie des responsabilités des bibliothécaires. Ce qui est ici surtout (!) tout à fait contestable, c’est la façon dont le retrait a été opéré à la Burlington County Library System (BCLS)!
En effet, plutôt que de suivre la procédure officielle en cas de contestation, la directrice a simplement agi suite à une plainte informelle de Beverly Marinelli, membre d’une locale d’un mouvement politique conservateur. Dans un e-mail du 25 mai à un collaborateur, Gail Sweet, directrice de la BCLS, donnait en deux mots seulement la raison justifiant le retrait de l’ouvrage Revolutionary Voices : “child pornography“. L’American Civil Liberties Union of New Jersey a pu obtenir copie des e-mails à ce sujet entre Gail Sweet et Beverly Marinelli. On voit clairement que la décision de mettre au pilon (“copies need to totally disappear (as in not a good idea to send copies to the book sale)“, e-mail de Gail Sweet du 3 mai) les exemplaires de l’anthologie fut prise pour le moins légèrement: discussion entre Sweet et Marinelli, puis entérinement en commission. Et hop, expédié! Or, retirer un ouvrage des rayons de la bibliothèque parce qu’on en juge le contenu… disons… non conforme aux bonnes mœurs est une opération non mineure et, à l’instar d’autres bibliothèques américaines et comme le recommande l’ALA, la BCLS dispose pourtant d’une procédure bien spécifique qui n’a visiblement pas du tout été suivie ici.
Dans une interview au Philadelphia Inquirer, Beverly Marinelli qualifiait l’anthologie de “pervasively vulgar, obscene, and inappropriate”. Cette personne fait partie d’une locale du Groupe 9.12, fondé en 2009 par le présentateur de Fox News Glenn Beck. Son “objectif est d’unifier les Américains en recréant le sentiment nationaliste qui était apparu après les attentats du 11 septembre 2001″. On peut se faire une idée rapide de la nature de ce mouvement en découvrant sur leur site leurs 9 principes et 12 valeurs (voir aussi les pages française et anglaise de Wikipédia). Leurs deux premiers principes ne sont rien d’autre que “America Is Good” et “I believe in God and He is the Center of my Life“… Tout un programme! Le Groupe 9.12 est également à l’origine du retrait de la même anthologie de la Rancocas Valley Regional High School en mai dernier.
En retirant l’ouvrage contesté à la hussarde, Gail Sweet a donné un solide coup de canif dans le code de déontologie de la profession. Comme le souligne très justement Mary Minow sur le LibraryLaw Blog:
The take-home message for libraries, especially public institutions, is that book removal policies are immensely important. Libraries can protect themselves against exposure to lawsuits, if they adopt procedures for handling challenges http://www.ala.org/ala/issuesadvocacy/banned/challengeslibrarymaterials/copingwithchallenges/conductingchallenge/index.cfm and for “weeding,” — and then exercise care to follow those procedures carefully.
Sinon, à quoi cela sert-il, je vous le demande? Et dire que Beverly Marinelli dit avoir fait tout cela pour les enfants… Il y en a quand même qui ferait mieux de s’abstenir (sans mauvais jeu de mots…). Des quelques articles ci-dessous, je vous inviterais à lire en particulier le billet de Monica Kinney.
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Quelques sources :
- Monica Yant Kinney: Working to shelve students’ book choices (The Philadelphia Inquirer, 2 mai 2010)
- SLJ Staff: Free Speech Groups Protest GLBT Book-Banning at NJ School District (School Library Journal, 19 mai 2010)
- Lauren Barack: NJ Library, Citing Child Pornography, Removes GLBT Book (School Library Journal, 27 juillet 2010)
- Jim Burroway: NJ Library Removes LGBT Book, Calling It “Child Pornography” (Box Turtle Bulletin, 28 juillet 2010)
- Beverly Goldberg: Gay-Anthology Ban Engulfs Burlington County Public Library (American Libraries, 28 juillet 2010)
- Jillian Rayfield: NJ Library Removes LGBT Book After Complaint From Member Of Glenn Beck’s 9/12 Movement (TPMMuckraker, 4 août 2010)
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Voir aussi sur Vagabondages:
Représentations de l’homosexualité dans les bibliothèques municipales françaises (17 mai 2010)







