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Tintin au Congo dans les bibliothèques publiques

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Il y a presque trois ans, Bienvenu Mbutu Mondondo, Congolais résidant en Belgique, intenta une action en justice contre la société Moulinsart en raison du caractère “raciste et xénophobe” de l’album Tintin au Congo. L’affaire fit alors grand bruit en Belgique. Elle se propagea en France et revint sur le devant de l’actualité belge fin 2009, avec quelques sursauts au printemps 2010.

Sur cette affaire, on a déjà beaucoup écrit et échangé sur des forums et blogs. On pourra notamment lire avec attention l’interview que Bienvenu Mbutu Mondondo accorda en août 2007 au journaliste Didier Pasamonik ainsi les différents articles qui traitent de cette affaire dans le dossier Hergé d’ActuaBD.com.

J’ai commencé à m’intéresser au sujet il y a trois mois. Pour me faire une idée plus fine de la problématique, j’ai accumulé la lecture de plusieurs dizaines d’articles de presse. Bien mal m’en a pris! Plus je lisais, moins je comprenais de quoi il était réellement question. Raccourcis dangereux, erreurs grossières et interprétations abusives ne manquaient pas. Sans parler du ton et du contenu de commentaires laissés sur des blogs ou des forums. Diable, à la lecture de certains, on jugerait que si nous étions quatre siècles en arrière Bienvenu Mbutu Mondondo aurait été brûlé comme hérétique… Et pour cause, comme l’écrivait D. Pasamonik, “cette atteinte au mythe de la Belgique conquérante, unitaire et principalement francophone est ressentie comme un camouflet cinglant” par beaucoup.

Un élément manquait systématiquement : quelle était la position de Bienvenu Mbutu Mondondo par rapport à la présence de l’album Tintin au Congo dans les bibliothèques publiques? (J’avais toujours en mémoire cette décision de la Brooklyn Public Library qui déplaça en 2007 l’album de Hergé de la zone publique à une réserve genre coffre-fort.) J’ai alors décidé de le contacter et de lui demander directement. L’homme a le verbe fougueux et un franc-parler haut en couleur.

On pourrait débattre des lustres de l’intérêt et de l’utilité de cette action en justice. Je dirais simplement qu’indépendamment de l’issue du procès, la démarche permettra sans doute de clarifier les choses, la polémique sur Tintin au Congo ressurgissant de toute façon à intervalle régulier.

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En juillet 2007, vous avez intenté une action en justice à l’encontre de la société Moulinsart. Votre action porte sur l’édition et la vente de l’album Tintin au Congo que vous jugez raciste et xénophobe. Pourriez-vous résumer l’historique de cette démarche et les raisons qui vous ont amené à poser cet acte ?

Bienvenu Mbutu Mondondo : Il se fait qu’en Angleterre, la Commission for Racial Equality (CRE) a déclaré le 12 juillet 2007, suite à la plainte d’un citoyen anglais de race blanche, que cette bande dessinée était inappropriée pour des enfants car elle contient des éléments qui peuvent choquer le jeune public (1). Cette personne avait été motivée dans sa démarche par le fait que ses enfants sont métis, nés d’un mariage avec une Anglaise d’origine ghanéenne.

J’ai appris la nouvelle avec beaucoup de surprise. Lorsque j’étais jeune, en RDC, j’avais lu cette BD mais pas avec le même regard qu’aujourd’hui. L’expérience de la vie au quotidien, les injustices pour accéder au marché de l’emploi, pour avoir un appartement, etc. m’ont fait prendre conscience de ce que c’est que le racisme. Le racisme est une réalité qu’il faut combattre. Et la meilleure façon de le combattre, c’est la sensibilisation des plus jeunes !

Dans un article du Vif/L’Express, j’ai aussi appris que la société Moulinsart acceptait la position de la CRE et des librairies anglaises. Ces dernières avaient décidé de déplacer la BD du rayon jeunesse vers le rayon adultes. En plus, il y avait apposition d’un bandeau d’avertissement dans le but d’attirer l’attention du lecteur, expliquant le contexte dans lequel le livre avait été rédigé.

Le 13 juillet 2007, j’ai téléphoné à la société Moulinsart pour savoir qu’elle était leur position par rapport aux lecteurs francophones, ils m’ont raccroché au nez en me disant que je n’étais pas concerné par cette bande dessinée et qu’il ne fallait plus que je rappelle pour de telles bêtises. Le lendemain, j’ai contacté le Centre pour l’égalité des chances et la lutte contre le racisme pour leur expliquer ma préoccupation et voir dans quelle mesure il pouvait m’accompagner afin de faire pression sur Moulinsart, et ce dans le but d’obtenir ici en Belgique une décision similaire à celle du Royaume-Uni. Ils m’ont à leur tour fait comprendre que cette forme de racisme n’était pas leur domaine de préoccupation. Ils traitent plus des discriminations liées à l’embauche et à l’accès au logement. La seule possibilité qu’il me restait fut donc de saisir la justice afin que celle-ci contraigne Moulinsart à apposer un bandeau d’avertissement et l’insertion d’un texte explicatif, comme avec la version anglaise.

Où l’affaire en est-elle désormais ?

BMM : Depuis 3 ans, rien n’a bougé ! J’ai alors décidé de passer à la vitesse supérieure et ai introduit une demande afin de pouvoir saisir le tribunal de référé de Bruxelles pour demander cette fois-ci l’interdiction complète de la vente et le retrait du commerce des albums de Tintin au Congo. Le tribunal statuera sur cette demande ce lundi 31 mai.

Par ailleurs, Casterman et Moulinsart se servent de moyens dilatoires et exigent que, en tant qu’étranger, je verse une caution de 15.000 EUR. Leur demande se base sur l’article 851 du Code judiciaire belge qui stipule que les demandeurs étranger sont tenus, si le défendeur belge le requiert, de fournir une caution visant à payer les frais et dommages-intérêts qui résultent d’un procès. L’article 851 génère donc une discrimination entre, d’une part, les Belges (et les étrangers ressortissants d’États avec lesquels la Belgique est liée par des conventions) et les autres étrangers, d’autre part.

Quelle est votre position par rapport à la présence des exemplaires de Tintin au Congo dans les bibliothèques publiques belges ? Demanderiez-vous aussi un retrait ou l’insertion d’un avertissement suffirait-elle ?

BMM : Pour les bibliothèques publiques, ma position est la même. Pour les exemplaires de Tintin au Congo déjà présents en bibliothèque, je souhaite l’adjonction d’un avertissement. Il ne faut plus que la version actuelle de cette bande dessinée soit accessible telle quelle. Les enfants ne savent pas ce que fut la colonisation, il faut les y sensibiliser. Munie d’un avertissement, cette BD pourrait aider à expliquer la colonisation aux jeunes générations. J’y vois une vertu pédagogique ! La version actuelle, sans avertissement additionnel, ne doit plus être accessible au grand public. Et cela pas seulement en Belgique, mais partout dans le monde. L’objectif de cette démarche n’est pas tant de priver les Belges et les Congolais d’une œuvre artistique, mais d’éviter la falsification de l’histoire entre Belges et Congolais. Et l’intérêt pour les jeunes Congolais de Belgique d’aujourd’hui est aussi de connaître leur histoire : leurs ancêtres ne sont pas les Romains ! Enfin, n’oublions pas non plus que ce livre est un véritable appel à la haine en 1930…

…Un « appel à la haine » ? Vous n’y allez pas un peu fort ?

BMM : Je ne pense pas. L’Abbé Norbert Wallez, qui dirigea le quotidien Le Vingtième Siècle dont le supplément pour la jeunesse Le Petit Vingtième publia les premières aventures de Tintin, n’avait pas seulement l’intention d’informer les gens de ce qui se passait dans la colonie, mais de les pousser à devenir de véritables colons. Or, nous savons tous que la colonisation est un crime contre l’humanité avec ces horribles crimes commis dans un seul but économique. Un autre objectif est le devoir de mémoire pour nous, les Congolais. Personne n’a le droit de nous dire, à nous Congolais,  comment nous devons considérer ce livre et la colonisation pour laquelle il a servi d’instrument de propagande. Hergé lui-même n’avait jamais eu envie de faire cette bande dessinée, on lui a imposé Tintin au Congo.  Au passage, je vous signale qu’après ce procès au civil, l’Église catholique viendra à son tour devant le tribunal correctionnel pour se justifier de cette incitation à la haine. On ne peut d’ailleurs pas comprendre que la Bible, le Livre Saint, prône l’égalité entre les enfants de Dieu (Noirs ou Blancs) et que l’Église prêche l’infériorité des Noirs par rapport aux Blancs. Ils doivent s’expliquer maintenant. Fini les blagues !

Le Conseil représentatif des associations noires de France (CRAN) s’est associé à votre action en justice. Dans un récent débat sur France Inter entre Patrick Lozès, président du CRAN, et Didier Pasamonik, journaliste et éditeur du site d’information sur la bande dessinée ActuaBD.com, Patrick Lozès a donné son avis sur l’affaire. Il n’est pas aussi radical que vous, un avertissement lui paraît suffisant.

BMM : Le CRAN s’est en effet associé à mon action en justice sur le sol belge. J’avais été très surpris de constater que le Centre pour l’égalité des chances et la lutte contre le racisme ne pouvait pas m’aider dans cette affaire. Je veux y remédier et aider au développement d’une association représentant les minorités noires et luttant contre le racisme, comme le CRAN le fait en France.

Mais le CRAN et moi-même sommes sur la même longueur d’onde. Ce que je demande tout d’abord, c’est que Moulinsart accepte d’écouter, accepte la discussion et l’insertion d’un avertissement. C’est parce qu’ils ont refusé tout dialogue que j’ai par la suite demandé le retrait de la vente de Tintin au Congo. Le texte d’avertissement ne doit pas être très long, une page suffit amplement. Et ce n’est ni à moi ni à Moulinsart de le rédiger. Je plaide pour la mise en place d’une commission mixte, composée de chercheurs et professeurs d’université belges et congolais (nous n’en manquons pas !) qui écrirait ce texte recadrant l’album dans son contexte historique et culturel.

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(1) Ban ‘racist’ Tintin book, says CRE (Telegraph, 12 juillet 2007)

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Dans une interview donnée ce 26 mai 2010 sur le plateau de l’émission Sans Détours (Télé Bruxelles), Henri Mova Sarkinyi, ambassadeur de la République Démocratique du Congo auprès du Benelux et de l’Union Européenne, livre son sentiment sur Tintin au Congo et l’affaire. En gros, il ne dit pas autre chose que Bienvenu Mbutu Mondondo (mais en plus feutré).

Enfin, on trouvera dans le billet Héctor Germán Oesterheld’s and Carlos Roume’s Nahuel Barros’ Last Story – Coda du critique portugais Domingos Isabelinho d’autres exemples de propagande coloniale dans la bande dessinée.

Rédigé par frenaville

31 mai 2010 à 09:12

Héroïsme vs mise au pilon

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Il me semblait avoir quelque peu exagéré dans mon dernier billet de la rubrique « étude de cas ». J’y abordais la conservation partagée et la stratégie mise en place par le conservateur Arsène Burma (personnage fictif !) afin d’augmenter le poids et l’importance du fonds d’architecture, et ce en termes de quantité de documents ainsi que d’emprunts. Je trouvais avoir quand même bien chargé la barque du conservateur rendant ainsi le personnage tellement caractéristique qu’invraisemblable… En fait, j’étais loin d’imaginer que les faux prêts réalisés par mon Arsène Burma pour rendre plus importantes et pertinentes certaines collections de périodiques avaient un écho dans la vie réelle:

Dans les années 1990, conscients que leurs majestueux immeubles anciens ne pouvaient plus contenir le flot des documents imprimés, les directeurs de plusieurs grandes bibliothèques décidèrent d’édifier de nouveaux lieux où loger leurs vastes collections. À Paris et à Londres, à Buenos Aires et à San Francisco (notamment), des plans furent établis et les travaux commencèrent. Malheureusement, dans plusieurs cas la conception des nouvelles bibliothèques se révéla peu adaptée à la conservation des livres. Pour compenser l’insuffisance du projet de la nouvelle bibliothèque de San Francisco, dont les architectes n’aient pas prévu assez d’espace de rangement, les administrateurs retirèrent du fonds de la bibliothèque des centaines de milliers de livres qu’ils envoyèrent dans un site d’enfouissement. Les livres à détruire étant sélectionnés en fonction du temps écoulé depuis la dernière fois qu’on les avait empruntés, afin d’en sauver le plus possible, des bibliothécaires héroïques s’introduisirent nuitamment dans les réserves et marquèrent au tampon sur les volumes menacés de fausses dates de retrait.

Alberto Manguel, La Bibliothèque, la nuit. Actes Sud, 2009 (Babel 937), p. 81-82.

Première surprise, le comportement d’Arsène Burma n’est pas si exceptionnel, si farfelu que cela. Mais trois autres éléments m’interpellent dans cette citation :

Primo, j’ai peine à imaginer que des architectes et des responsables de bibliothèque aient pu à ce point se fourvoyer sur les dimensions nécessaires du nouvel édifice. Des « centaines de milliers de livres » sur le carreau ? Naïvement peut-être, j’aurais plutôt tendance à pencher pour la volonté des responsables de construire des bâtiments probablement mieux adaptés aux besoins et rôles des bibliothèques contemporaines, la qualité primant sur la quantité, quitte à mettre au pilon un nombre très important d’ouvrages peu usités, dépassés, de doubles, en mauvais état, etc. Mais je peux me tromper. Si quelqu’un dispose d’informations complémentaires, je suis bien sûr preneur !

Secundo, il faut savoir que la source d’Alberto Manguel est la lettre que l’auteur Nicholson Baker envoya au New Yorker et qui paru en octobre 1996: “The Author vs. the Library” (The New Yorker, 14 octobre 1996). On y apprend (page 51) que la San Franciso Public Library:

“has, by a conservative estimate, sent more than two hundred thousand books to landfills” [...].

Entre les “centaines de milliers de livres” de Manguel (ou de sa traductrice) et les “more than two hundred thousand books” de Baker, il y a une nette différence sémantique.

Tertio, je trouve le qualificatif “héroïque” pour décrire le comportement des bibliothécaires tout à fait inapproprié. En quoi cela est-il héroïque ? On ne décrit pas un autodafé nazi à ce que je sache.

Nicholson Baker n’est pas un inconnu en matière de critique de gestion de bibliothèques. C’est notamment lui qui s’indigna que de grandes bibliothèques américaines, dont la Bibliothèque du Congrès, avaient décidé de remplacer par des microfilms de très larges parties de leurs collections de journaux du 19e siècle et de jeter leurs originaux. Baker explique tout cela dans l’ouvrage polémique Double Fold: Libraries and the Assault on Paper (Random House, New York, 2001). Personnellement, je ne vois absolument rien infamant. Ce sont certainement des kilomètres de stockage qui ont pu être récupérés et des tonnes qu’il n’a plus fallu devoir manutentionner ni préserver de la consultation parfois maladroite des lecteurs, des ravages du temps et autres nuisibles, parasites animaliers et fongiques… Pour mieux comprendre Baker, je crois que je m’offrirai un jour prochain la lecture de cet ouvrage.

Là où le bât blesse, ce qui dérange surtout Alberto Mangel et Nicholson Baker, ou encore des auteurs comme Lucien X. Polastron ou Jean Marie Goulemot, c’est que le papier a été mis au bac ! Moi, j’aime beaucoup Alberto Manguel. Comme Polastron et Goulemot, il écrit magnifiquement bien et a une connaissance encyclopédique de ce sur quoi il écrit. Mais je souhaiterais vraiment qu’un jour ces amoureux du papier retombent les pieds sur terre et comprennent qu’on ne peut administrer des bibliothèques publiques ou académiques comme des bibliothèques privées, que la conservation (du papier) pour la conservation n’est pas une fin en soi, que les missions et besoins des bibliothèques ont radicalement changé ces trente dernières années, que la conservation sur le support d’origine est parfois un défi au bon sens, voire impossible.

Ceci dit, heureusement que la technologie évolue et que le support idéal vient d’être mis au point ;-)

Rédigé par frenaville

27 avril 2010 à 10:17

Conservation partagée…

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[étude de cas #2]

Confrontées de plus en plus à un manque de place criant, les quatre BU de la région de Nouvelle-Champagne (1) ont décidé de mettre en place un plan de conservation partagée de plusieurs de leurs périodiques scientifiques.

Pour déterminer quels titres seraient concernés par une première opération prévue pour le second semestre de 2011, il a été décidé de se concentrer exclusivement sur :

  • des titres morts depuis au moins 15 ans,
  • liés aux domaines de la santé humaine, des sciences de la terre, de l’architecture et de la philosophie.

Soit un total de 452 titres de périodiques. Cette initiative de conservation partagée entre les quatre BU est soutenue et même vivement encouragée par les autorités académiques respectives. Les conditions de conservation des titres définies dans l’accord de partenariat entre BU sont très strictes. Une BU devient en charge de la conservation d’un titre pour une durée de 10 ans, elle n’en deviendrait propriétaire qu’après 20 ans (2 x 10 ans). Si nécessaire, les autres BU doivent lui envoyer les numéros manquant afin que la collection de conservation soit la plus complète possible. Une BU ne pourrait exceptionnellement se défaire d’une collection dont elle a la charge que si une autre BU partenaire dans le cadre du projet était prête à en accepter la conservation. Le fait qu’une BU soit désignée comme lieu de conservation du titre X n’oblige nullement les autres BU à se défaire du reliquat de leurs collections de ce titre.

De nombreux critères entrent en ligne de compte pour déterminer quelle BU conservera l’intégralité d’une collection et en assurera officiellement la conservation pour une durée de 10 ans. Parmi les plus importants, on trouve notamment :

(1) la quantité déjà présente dans l’une des BU : afin d’éviter d’importants transferts, la BU qui possède déjà la plus grosse partie d’une collection aura la priorité quant à la conservation de l’ensemble de la collection ;

(2) l’adéquation entre un titre et les spécialisations des universités : un périodique de dermatologie ne sera pas conservé en priorité dans une université qui n’a pas de faculté de médecine, une revue de géologie sera plus logiquement conservé dans la bibliothèque d’une université où l’on enseigne les sciences de la terre, etc. ;

(3) l’usage qu’est fait d’un titre dans chacune des BU : les titres des réserves dont des numéros auront été demandés ou prêtés une seule fois (ou pas du tout) entre 2005 et fin 2010 seront considérés comme peu  prioritaires et donc plus facilement cédables à une autre BU partenaire.

À l’Université de Champs-aux-Iris, suite à des regroupements et partenariats établis avec d’autres universités de la région de Nouvelle-Champagne, la filière d’architecture avait progressivement été déplacée dans une université voisine. Le déménagement était presque achevé.

Féru d’architecture et d’histoire urbanistique du XXe siècle, Arsène Burma, conservateur à la BU de l’Université de Champs-aux-Iris, craignait de voir partir dans une autre bibliothèque plusieurs collections de périodiques en lien avec l’architecture, le patrimoine architectural, la rénovations urbaine, le design architectural, etc. Ne pouvant influer sur l’adéquation entre une collection et les enseignements de son Institution (critère 2), il se résolut à travailler sur d’autres critères. Il essaya d’accroître ses collections d’architecture en comblant ses lacunes et récupérant des doubles cédés par d’autres bibliothèques et centres de documentation (notamment au moyen des listes EUROBACK, Dubletten-L, BackServ). Ce faisant, il modifiait le poids et l’importance des propres collections d’architecture de sa BU (critère 1). Il veilla aussi à une utilisation plus fréquente de ses collections d’architecture (critère 3) en mettant des exemplaires de collections particulièrement peu usitées en prêt sur sa propre fiche lecteur, mais aussi sur des fiches de lecteurs fictifs qu’il avait créées pour la circonstance. Travaillant sur les critères 1 et 3, Arsène Burma espérait ainsi conserver dans sa BU un maximum de collections d’architecture, voire récupérer des collections des BU impliquées dans le projet de conservation partagée.

(1) Lieu imaginaire

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Questions à débattre et ruminer

(1) Le comportement du conservateur et les moyens mis en œuvre vous semblent-ils (en partie) justifiés ?

(2) Pouvez-vous envisager avoir recours à des astuces similaires dans votre propre bibliothèque si une situation semblable devait se présenter, si vous aviez l’impression que les fonds dont vous êtes responsable étaient “menacés”?

(3) Dans la mesure où le supérieur hiérarchique du conservateur et/ou le responsable du projet interbibliothèques de conservation partagée devaient avoir vent des initiatives du conservateur, quelles mesures devraient selon vous êtres prises ?

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Certaines interventions et discussions entendues lors de la journée professionnelle “Mutualisation et coopération dans le cadre de la conservation partagée” organisée ce 30 mars 2010 au Centre Technique du Livre de l’enseignement supérieur (CTLes) (Marne la Vallée) sont directement à l’origine du contenu de ce billet.

Rédigé par frenaville

11 avril 2010 à 17:15

Rififi à Pataskala (II)

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Dans un précédent billet, j’ai décrit le conflit qui avait opposé certains habitants de la petite ville américaine  de Pataskala et la bibliothèque publique locale en ce qui concerne la mise à disposition, par la bibliothèque, du livre  Mastering Multiple Position Sex d’Eric Marlowe Garrison. Le 16 novembre 2009, le conseil d’administration confirma que l’ouvrage avait bien sa place dans les collections de la bibliothèque et prit la décision de permettre aux parents de limiter le prêt aux seuls documents “juvenile” (voir le rapport).

Dans les articles publiés dans le Newark Advocate que j’avais lus, il était question de cette nouvelle carte de lecteur (Kids Card) prévue pour février 2010.  J’ai donc demandé à Matt Nojonen, directeur de la Pataskala Public Library :

  1. comment il fallait comprendre le concept de “non-juvenile materials“, si cela voulait par exemple dire que cela excluait tout document de la section adulte et limitait les possibilités de prêt aux seuls documents de la section jeunesse, et quelle tranche d’âge était exactement concernée (tous les mineurs ou seulement une partie, les plus jeunes) ;
  2. si, suite à cette affaire, la bibliothèque envisageait de marquer certains documents, jusqu’ici accessibles à tous, comme inappropriés pour des mineurs et donc de les intégrer avec les autres “non-juvenile materials“.

Voici l’intéressante réponse de Matt Nojonen (postée avec son autorisation) :

The Kids Card was my idea. I am a very strong supporter of the First Amendment and it took more than a bit of soul searching before I proposed the policy to our Board. The American Library Association would take issue with a Kids Card because it falls foul of their interpretation of Article V of the Library Bill of Rights. I recommended it because our library already requires parents to accept responsibility for the selections of their minor children, a stance strongly endorsed by the ALA. Giving those parents a voluntary means of exercising that responsibility did not seem to cross any real lines regarding intellectual freedom.

Was it a compromise? Yes. But a compromise that does not alter our fundamental support of intellectual freedom as it is expressed in the library’s Mission Statement, Code of Professional Ethics and Collection Development Policy.

It is not intended to stop any future attempts at censorship. We are fully aware that children’s materials are challenged quite often. We have had formal complaints about books in our juvenile collection. It is a tool that parents can use or not use, that’s all.

As to your specific questions.

1) “Non-juvenile materials” means exactly what it says. All library materials that are not classified as juvenile cannot be borrowed by any minor whose parent/s have placed that restriction on their card. Is it possible that a child will select something like a biography of Napoleon from the adult collection and be denied the right to borrow it? Yes. As a matter of sheer operational practicality, we cannot set up a different set of approvals for every single minor patron based on specific fields of knowledge that their parents think is appropriate or not appropriate. Doing that would place an impossible burden on our staff.

We talked about different categories of minors too. Should the same restriction apply to a 17 year old that applies to a 6 year old? If we attempted to differentiate between age groups we would fall into the trap of deciding what is acceptable for each different class of minors and that is a huge legal liability. That is why the restriction, if it is chosen by the parent, will apply to their minor child until the age of 18.

We don’t apply age brackets when we catalog material. We determine what is juvenile by using ”Cataloging In Publication” or CIP data which indicates the author’s and publisher’s intended audience. It will say “juvenile” right in the book or on the bibliographic record created for the book at the time of publication. That information is almost always accurate. We occasionally put books with “juvenile” CIP data in our Young Adult collection if we believe that the reading level is more advanced. We also find some material without CIP data and make a decision on where to place it in our collection based on the reading level. Determining reading level is not scientific. Nothing about collection development is. It is a combination of training and experience.

2) We are most emphatically NOT going to purge our collection or start labeling material as unacceptable for minors. Our collection development policy clearly states that we consider every single item in our library legal and that individuals are responsible for determining what is and is not acceptable for themselves and/or their minor children. Adding a Kids Card does not alter our position on that fundamental principle. The people who initiated the censorship effort over the sex manual dropped their request to throw the book away and asked us to put it in a special location where minors could not access it. We did not do that.

I do not expect many parents to select the Kids Card option. The community opinion expressed in face-to-face conversations, emails and reader comments on newspaper and TV station websites were 99% in our favor. Virtually no one thought censorship is a good idea. Most of the parents who use our library accompany their children and guide their selections. That is the way it should be.

Bien sûr, on ne peut qu’imaginer les membres du bureau de l’ALA s’étouffer en découvrant la mise en place de la Kids Card, mais l’initiative est intéressante à plus d’un titre. En plus de mes commentaires du 15 janvier, je reviendrai sur deux points :

(1) En utilisant seulement les données CIP, pour déterminer ce qui est oui ou non “juvenile“, la responsabilité du marquage est exclusivement dans les mains des auteurs et/ou éditeurs, et non des bibliothécaires qui n’ont ainsi pas à prendre position. Je suppose qu’ils travaillent avec la position 22 du champ 008 qui définit le public cible par exemple d’un livre ou d’une vidéo :

  • # – Inconnu ou non déterminé
  • a – Préscolaire
  • b – Primaire
  • c – Préadolescent
  • d – Adolescent
  • e – Adulte
  • f – Spécialisé
  • g – Général
  • j – Ouvrage pour les jeunes
  • | – Aucune tentative de coder

Pour rappel ou info, le programme CIP permet de puis 1971 de fournir aux bibliothèques américaines des notices bibliographiques les plus complètes possibles pour des ouvrages qui vont bientôt paraître. Les éditeurs participant au programme CIP doivent transmettre une copie électronique de la publication à venir à la Bibliothèque du Congrès qui crée alors la notice bibliographique et la transmet à l’éditeur afin que celui-ci l’imprime au verso de la page de titre.

(2) En faisant en sorte que la Kids Card concerne tous les lecteurs mineurs, jusqu’à leur majorité (18 ans), et non jusqu’à 15 ou 16 ans par exemple (voir le formulaire d’inscription), la bibliothèque de Pataskala se met sur la même longueur que la minorité légale et reste neutre. Par ailleurs, je trouve cette stratégie dissuasive pour les parents d’adolescents : qui voudrait que son fils ou sa fille de 17 ans ne puisse emprunter que des livres dont le public cible est préscolaire, primaire, préadolescent ou adolescent (cf. la biographie de Napoléon)…?

Enfin, cette affaire a également permis à la Pataskala Public Library de promouvoir auprès de leurs usagers leur Collection Development Policy, qui date de 1997.

(Dernière info pour la route, à ce jour, l’ouvrage Mastering Multiple Position Sex d’Eric Marlowe Garrison est toujours en prêt… et même en retard de restitution.)

Rédigé par frenaville

30 janvier 2010 à 00:10

Rififi à Pataskala

avec 3 commentaires

Jamais entendu parlé de Pataskala ? Une petite ville de 10.000 habitant dans l’Ohio. On ne vous en tiendra pas rigueur. Voici l’occasion de découvrir une des actualités qui a défrayé la chronique locale fin 2009.

L’histoire

Marti Shrigley, mère de trois enfants et grand-mère de six petits-enfants, eut la surprise de découvrir sur l’étagère des dernières acquisitions de la Pataskala Public Library, le guide Mastering Multiple Position Sex d’Eric Marlowe Garrison. La couverture de l’ouvrage contient des photos d’adultes nus et l’on trouve à l’intérieur des illustrations instructives. Convaincue que sous le couvert d’un manuel éducatif, il s’agissait en réalité d’un ouvrage pornographique, Marti Shrigley demanda tout d’abord que le livre soit soustrait au regard des jeunes et retiré de l’étagère des récentes acquisitions avant de réclamer plus tard que la bibliothèque s’en défasse. Elle en appela au directeur, Matt Nojonen, qui refusa sa demande, se basant tant sur la solide réputation professionnelle d’Eric Marlowe Garrison – éducateur sexuel et conférencier sérieux – que sur le fait que l’ouvrage incriminé mettait l’accent sur la responsabilité et les relations heureuses. Marti Shrigley en appela aussi aux membres du conseil d’administration de la bibliothèque. Mais en date du lundi 16 novembre 2009, le conseil d’administration de la bibliothèque décida à l’unanimité de conserver le livre. Elle approcha également Steve Butcher, le maire de Pataskala, ainsi que Chris Forshey, le chef de la police locale. Sans succès non plus.

Afin que les jeunes ne tombent pas sur ce guide, Marti Shrigley l’emprunta elle-même. Au début, elle avait émis le souhait de ne jamais le rendre, prête à payer les amendes qu’il faudrait. Elle le rendit néanmoins, mais un autre lecteur le réemprunta aussitôt, puis un autre le réserva. Avant que Mati Shrigley ne découvre le manuel, celui-ci avait déjà été emprunté à plusieurs reprises, par des adultes exclusivement. Personne ne s’en était plaint.

Dans le chef de Marti Shrigley, il ne s’agissait pas de censurer la bibliothèque :

“This is not about censorship, because I believe in America we have the right to read and see whatever.”

A la suite de cet incident, d’autres parents se sont émus que pareil document soit disponible à la bibliothèque. Notons qu’un mineur ne peut devenir membre de la bibliothèque de Pataskala qu’avec l’aval de ses parents ou de son représentant légal.

Trois autres tentatives furent entreprises par la suite :

  1. Marti Shrigley demanda également au conseil d’administration de mettre en place un comité qui aiderait à l’avenir le directeur à sélectionner les nouvelles acquisitions. Ce fut refusé.
  2. Il fut également demandé que le livre Mastering Multiple Position Sex soit retiré des rayons et placé derrière le comptoir ou sur le haut d’une étagère. Matt Nojonen n’apprécia pas cette idée (“We don’t have any other parts of our collection sequestered that way“), mais ne ferma pas totalement la porte à cette possibilité.
  3. On suggéra aussi que la bibliothèque interroge ses lecteurs afin que ceux-ci puissent décider par un vote s’il fallait conserver l’ouvrage dans ses collections.

Le comité d’administration répondit que s’il fallait que les lecteurs approuvent la présence des livres par des votes, celle-ci n’aurait quasi rien comme collection, l’un des dangers étant qu’un lecteur qui n’aimerait pas un livre (parce qu’il ne correspond pas à ses goûts) pourrait voter contre et donc contribuer à son éviction des collections.

Finalement, la bibliothèque décida de mettre en place une nouvelle politique permettant ainsi à tout parent d’empêcher via un contrôle informatique le prêt de certains types de documents à leurs enfants :

The library is strengthening that policy via a new board-approved juvenile library card. A parent or guardian will be able to sign off on the card, thereby restricting his or her child’s borrowing rights to juvenile materials. If a child tries to check out non-juvenile materials, a library employee will be alerted via a computer prompt.

Ce nouveau système devrait être en place dès février 2010.

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Sources :
Chad Klimack, “Woman wants sex book banned from Pataskala library”. The Newark Advocate, 3 décembre 2009.
Chad Klimack, “Residents ask Pataskala library to keep controversial book away from kids”. The Newark Advocate, 15 décembre 2009.
Chad Klimack, “Library card will monitor youths’ withdrawals”. The Newark Advocate, 5 janvier 2010.

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Quelques remarques

1) Ainsi donc, pour Marti Shrigley, il ne s’agissait pas de censurer la bibliothèque. Faudra quand même qu’on m’explique, car moi il y a quand même quelque chose qui m’échappe !

2) L’idée d’un comité qui aiderait à sélectionner les nouvelles acquisitions revient purement et simplement à une mise sous tutelle inacceptable de la politique d’acquisition. Il est heureux que cette demande ait été refusée. Il n’est pas difficile d’imaginer les dérives de “comités de la vertu”.

3) La solution de retirer l’ouvrage des rayons et de le mettre à un endroit où les jeunes ne peuvent y avoir accès (derrière le comptoir) permettrait de calmer les esprits, mais je ne pense pas qu’il s’agisse d’une solution générale qui pourrait être étendue (où s’arrêterait-on ?). Le fait de créer un précédent n’est-il pas plus dangereux ?

4) Si l’on interroge le catalogue en ligne de la Pataskala Public Library, on constate que celle-ci possède à ce jour 141 documents non-fictions abordant le sexe d’une manière ou d’une autre et dont près d’un tiers sont actuellement en prêt, la majorité d’entre eux étant même en retard de restitution…  Faudrait-il alors les emprunter tous pour que les  jeunes ne les voient pas ? Constat : le sexe ne laisse vraiment pas insensibles les habitants de Pataskala…

5) Ce que Marti Shrigley et consorts semblent ignorer, ou tout du moins oublier, c’est qu’il n’appartient pas aux bibliothécaires de Pataskala ni à leurs autorités de déterminer ce qu’une communauté peut ou ne peut pas lire. En tant que bibliothèque publique, il leur incombe par contre de mettre à la disposition de la communauté qu’ils servent des documents de toute sorte, en ce compris abordant la sexualité, d’être à même de fournir toutes sortes d’informations, conformes ou non par exemple aux théories communément admises. Il ne me semblerait ainsi pas absurde que des bibliothèques publiques disposent et rendent accessibles des documents de nature créationniste ou scientologique. Je n’ai aucun atome crochu avec ces théories, mais je ne vois pas de quel droit on interdirait à des personnes de les lire.  La bibliothèque propose des alternatives et ce sont les lecteurs qui opèrent les choix qui les intéressent, éventuellement avec les conseils d’un professionnel. Ce qui est par ailleurs clairement signalé sur une des pages de la Pataskala Public Library :

The mission of the Pataskala Public Library is to support the educational, informational and recreational needs of the youth and adults of southwestern Licking County by providing free access to a variety of print and non-print materials and related services.

6) Notons qu’à ce jour, l’ouvrage d’Eric Marlowe Garrison est toujours en prêt…

Rédigé par frenaville

8 janvier 2010 à 15:09

The Cartoons that Shook the World

avec un commentaire

Le 30 septembre 2005, en réponse à un écrivain danois se plaignant que depuis l’assassinat du réalisateur néerlandais Theo van Gogh, personne n’avait accepté d’illustrer son livre sur Mahomet, le grand quotidien danois Jyllands-Posten publie 12 caricatures du Prophète. Dans un premier temps relativement discrètes et diplomatiques, les réactions d’indignation se multiplient progressivement. D’autres réactions, très nombreuses elles aussi, en soutien à la liberté d’expression et à la liberté de la presse sont alors émises. On trouvera sur Wikipédia une chronologie détaillée de la controverse.

Quatre ans plus tard, les Yale University Press publient un ouvrage consacré à l’affaire des caricatures du prophète Mahomet : The Cartoons that Shook the World (ISBN 9780300124729). Cet ouvrage, écrit par Jytte Klausen une politologue d’origine danoise de la Brandeis University, est probablement la première étude complète sur cette affaire internationale. Ouf  ! Ça permettra enfin de faire le point !

Compte tenu de l’impact de cette controverse en France (principalement dû à la publication de ces caricatures dans France Soir et Charlie Hebdo), il est fort à parier (et même souhaitable !) qu’un éditeur publie une traduction française de cette étude. Si les bibliothèques universitaires peuvent et doivent se permettre l’acquisition de documents originaux et innovants dans d’autres langues que le français, il me semble plutôt déraisonnable d’avoir les mêmes attentes pour les bibliothèque publiques francophones (hormis peut-être celles servant un public bilingue ou multilingue). Je serai curieux de voir si l’acquisition de cette étude par une bibliothèque publique amènera des mécontentements parmi les lecteurs, voire des micro-troubles (je ne crois pas du tout  à beaucoup plus), ou si l’acquisition elle-même de l’ouvrage posera problème à des membres d’une bibliothèque, responsables des acquisitions ou non. Wait and see

Lorsque j’ai reçu The Cartoons that Shook the World, j’ai tout de suite cherché si les caricatures avaient été reproduites… En vain. Dans une note en début d’ouvrage, Jytte Klausen précise :

Muslim scholars, friends, and political activists and leaders urged me to include the cartoons in the book with the purpose of encouraging reasoned analysis and debate on the cartoon episode. I agreed with sadness to the Press’s decision not to print the cartoons and other hitherto uncontroversial illustrations featuring images of the Muslim prophet. But I also never intended the book to become another demonstration for or against the cartoons, and I hope the book can still serve its intended purpose without illustrations.

C’est vrai que le but de l’ouvrage n’est pas rouvrir les débats, risquant de jeter de l’huile sur le feu. C’est vrai aussi que comme les 12 caricatures sont facilement accessibles sur internet (à l’heure ou j’écris ces lignes, les caricatures se trouvent au moins sur 11 pages de Wikipédia, notamment sur la page en farsi [sic !] consacrée à cette affaire), il était peut être inutilement risqué de les publier. Toutefois, les Yale University Press devaient-elles aller si loin et refuser de publier, hormis les 12 caricatures problématiques, toutes les illustrations du Prophète initialement prévues par l’auteur ? Jytte Klausen elle-même le déplore. Je trouve qu’il y a toujours quelque chose d’attristant de constater qu’un livre sérieux, qu’une étude rigoureuse ne peut mettre en avant et offrir aux yeux du lecteur ce qui justifie au fond son écriture et sa publication. J’ai ressenti la même frustration en dévorant Lire Tintin : les bijoux ravis (de Benoît Peeters) consacré aux Bijoux de la Castafiore : une analyse minutieuse de l’album, planche après planche, case après case… mais, probablement pour des raisons de droits d’auteur, sans aucune planche ni case de l’album d’Hergé en illustration…!

Enfin, pour en revenir à l’affaire des caricatures, on pourra toujours de rabattre sur Muhammad: The “Banned” Images, un ouvrage publié en novembre 2009 par Voltaire Press suite — vous ne devinerez jamais — au refus quelques mois plus tôt par les Yale University Press de publier les 12 caricatures…

Rédigé par frenaville

27 décembre 2009 à 22:00

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