biblioth|ê|thique

biblioth|ê|thique : éthique & bibliothèques

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Les droits d’auteur dans les bibliothèques : séminaire du 23 novembre 2010

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C’est un truisme que d’affirmer que depuis quelques années déjà, les technologies de l’information et de la communication ont bouleversé le rôle et les services offerts par les bibliothèques. Que ce soit dans le cadre de la pratique documentaire quotidienne ou à l’occasion de projets spécifiques, la conservation et la diffusion de l’information scientifique suscitent aujourd’hui de nombreuses questions d’ordre juridique concernant la propriété intellectuelle. Et malgré la volonté des bibliothécaires de vouloir bien faire, il ne leur est pas toujours facile d’y voir clair en matière de respect de la loi…

C’est la raison pour laquelle, en Belgique, la Commission Bibliothèques du Conseil Interuniversitaire de la Communauté française (CIUF) a décidé d’organiser ce 23 novembre 2010 à l’Université Libre de Bruxelles un séminaire sur les aspects de droit d’auteur liés au fonctionnement des bibliothèques.

L’objectif général de ce séminaire est de présenter la loi sur le droit d’auteur de manière générale et d’ensuite examiner les cas pratiques auxquels les bibliothécaires sont confrontés et qui suscitent des questions en la matière:

  • conservation numérique,
  • Creative Commons,
  • prêt interbibliothèques,
  • fourniture électronique de documents,
  • numérisation et accessibilité en ligne de fonds documentaires,
  • dépôts institutionnels,
  • droits de reprographie,
  • etc.

Le séminaire est destiné en priorité au personnel des bibliothèques universitaires membres de la Commission Bibliothèque du CIUF. En fonction des places disponibles d’autres personnes pourront également participer (étudiants et membres académiques et scientifiques des filières en Sciences et technologies de l’information et de la communication (des universités de la Communauté française de Belgique, professionnels des bibliothèques des hautes écoles de la Communauté française, enseignants dans les hautes écoles de bibliothécaires de la Communauté française). Pour ceux-ci, des droits d’inscription seront exigés.

Intervenants :

  • François Dubuisson, directeur du Centre de droit de l’information et de la communication, Université Libre de Bruxelles (ULB),
  • Françoise Havelange, maître de conférence aux Facultés Universitaires Notre Dame de la Paix à Namur (FUNDP) et responsable de la Cellule Juridique de l’Administration de la Recherche des FUNDP,
  • Laurence Thys, juriste, attachée à la Direction générale du Réseau des Bibliothèques de l’Université de Liège (ULg), assistante à la Bibliothèque de droit, d’Économie, de Gestion et de Sciences sociales Léon Graulich de l’ULg,
  • Julien Van Borm, bibliothécaire en chef honoraire de l’Université d’Anvers (UA),
  • Françoise Vandooren, attachée à la Direction des Archives & Bibliothèques, Université Libre de Bruxelles (ULB).

Renseignements, inscriptions et programme complet :

http://www.ciuf.be/cms/23-11-2010-seminaire-droits-dauteur.html

Pas de coming out en bibliothèque svp

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En avril 2010, la bibliothèque publique Burlington County Library System à Westampton (New Jersey) a décidé de retirer de ses rayons tous les exemplaires dont elle disposait de l’anthologie allosexuelle Revolutionary Voices: A Multicultural Queer Youth Anthology (Alyson, 2000). Cette anthologie se compose d’histoires de jeunes ayant fait leur coming out, d’anecdotes, d’expériences vécues, souvent difficiles, parfois cocasses. En voici l’un des comptes rendus que l’on trouve sur Amazon :

This groundbreaking, multicultural collection of stories by the queer and young should be required reading for every jaded adult–teachers, parents, politicians–and anyone who fears for the future of our country. In fact, 22-year-old editor Amy Sonnie should run for Congress. Her introduction to this touching, funny, and sometimes sad anthology is smarter and more thoughtful than any political rhetoric this old queer has heard lately. While the work is wildly diverse [...], all of it speaks to the isolation and fear of being queer and young. A boy lies awake at night practicing to be more masculine. An intersexed gay boy comes out to his high school. A butch girl tells of years of daily bashing. Fear, though, is not the overriding emotional tone to this collection. The contributors exhibit a belief in themselves, a well-placed youthful confidence that speaks as loudly as the most poignant writing. Their determination to survive and thrive despite a homophobic society comes through loud and clear. It’s the perfect antidote to adult cynicism about youth. –Jack Connolly

Certains apprécieront ce type d’anthologie (notamment pour son côté témoignages et cas vécus), d’autres pas. Libre à chacun de s’intéresser ou non à cette œuvre? de la lire… ou pas. Il en est ainsi des lecteurs comme des bibliothécaires. Il en est ainsi de tous les livres. Cette anthologie a en tout cas été considérée par le Gay, Lesbian and Straight Education Network (GLSEN) comme “the first creative resource by and for queer and questioning youth of every color, class, religion, gender and ability” et a  été désigné en 2001 comme l’un des meilleurs ouvrages adultes à destination des élèves du secondaire par le School Library Journal.

D’une façon générale, un cas n’étant bien sûr pas l’autre, retirer des rayons ou changer de place un ouvrage parce qu’on en juge le contenu inapproprié n’est en soi pas anormal. Cela fait pleinement partie des responsabilités des bibliothécaires. Ce qui est ici surtout (!) tout à fait contestable, c’est la façon dont le retrait a été opéré à la Burlington County Library System (BCLS)!

En effet, plutôt que de suivre la procédure officielle en cas de contestation, la directrice a simplement agi suite à une plainte informelle de Beverly Marinelli, membre d’une locale d’un mouvement politique conservateur. Dans un e-mail du 25 mai à un collaborateur, Gail Sweet, directrice de la BCLS, donnait en deux mots seulement la raison justifiant le retrait de l’ouvrage Revolutionary Voices : “child pornography“. L’American Civil Liberties Union of New Jersey a pu obtenir copie des e-mails à ce sujet entre Gail Sweet et Beverly Marinelli. On voit clairement que la décision de mettre au pilon (“copies need to totally disappear (as in not a good idea to send copies to the book sale)“, e-mail de Gail Sweet du 3 mai) les exemplaires de l’anthologie fut prise pour le moins légèrement: discussion entre Sweet et Marinelli, puis entérinement en commission. Et hop, expédié! Or, retirer un ouvrage des rayons de la bibliothèque parce qu’on en juge le contenu… disons… non conforme aux bonnes mœurs est une opération non mineure et, à l’instar d’autres bibliothèques américaines et comme le recommande l’ALA, la BCLS dispose pourtant d’une procédure bien spécifique qui n’a visiblement pas du tout été suivie ici.

Dans une interview au Philadelphia Inquirer, Beverly Marinelli qualifiait l’anthologie de “pervasively vulgar, obscene, and inappropriate”. Cette personne fait partie d’une locale du Groupe 9.12, fondé en 2009 par le présentateur de Fox News Glenn Beck. Son “objectif est d’unifier les Américains en recréant le sentiment nationaliste qui était apparu après les attentats du 11 septembre 2001″. On peut se faire une idée rapide de la nature de ce mouvement en découvrant sur leur site leurs 9 principes et 12 valeurs (voir aussi les pages française et anglaise de Wikipédia). Leurs deux premiers principes ne sont  rien d’autre que “America Is Good” et “I believe in God and He is the Center of my Life“… Tout un programme! Le Groupe 9.12 est également à l’origine du retrait de la même anthologie de la Rancocas Valley Regional High School en mai dernier.

En retirant l’ouvrage contesté à la hussarde, Gail Sweet a donné un solide coup de canif dans le code de déontologie de la profession. Comme le souligne très justement Mary Minow sur le LibraryLaw Blog:

The take-home message for libraries, especially public institutions, is that book removal policies are immensely important. Libraries can protect themselves against exposure to lawsuits, if they adopt procedures for handling challenges http://www.ala.org/ala/issuesadvocacy/banned/challengeslibrarymaterials/copingwithchallenges/conductingchallenge/index.cfm and for “weeding,” — and then exercise care to follow those procedures carefully.

Sinon, à quoi cela sert-il, je vous le demande? Et dire que Beverly Marinelli dit avoir fait tout cela pour les enfants… Il y en a quand même qui ferait mieux de s’abstenir (sans mauvais jeu de mots…). Des quelques articles ci-dessous, je vous inviterais à lire en particulier le billet de Monica Kinney.

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Quelques sources :

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Voir aussi sur Vagabondages:
Représentations de l’homosexualité dans les bibliothèques municipales françaises (17 mai 2010)

Rédigé par frenaville

18 août 2010 à 09:48

La gouverneur d’Anvers veut restreindre l’accès des illégaux aux bibliothèques

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La gouverneur de la province anversoise, Cathy Berx (CD&V), a demandé à la ville d’Anvers de modifier le règlement des bibliothèques publiques afin d’en restreindre l’accès aux personnes en séjour illégal. Elle a pris cette initiative à la suite d’une plainte déposée par le Vlaams Belang, parti conservateur, nationaliste, séparatiste et xénophobe.

Le chef de groupe du parti d’extrême-droite au Parlement flamand, Filip Dewinter, avait déposé plainte auprès de la gouverneur contre l’article 3 du règlement, qui stipule qu’une personne sans papier peut s’inscrire dans une bibliothèque moyennant présentation d’un document administratif où figure son domicile.

Pour le Vlaams Belang, il est inacceptable que les agents des bibliothèques concernées inscrivent des illégaux sans prévenir le parquet ou la police de leur présence sur le sol belge.

Dans sa réponse, Mme Berx a fait savoir que l’article 3 du règlement n’est pas valable pour les personnes séjournant illégalement en Belgique. Elle propose dès lors de préciser le texte afin de les exclure explicitement.

Elle précise toutefois que les personnes dont la procédure de régularisation est en cours doivent pouvoir bénéficier des services des bibliothèques, de même que les enfants mineurs de personnes en séjour illégal accueillis dans les écoles anversoises.

Il y a quand même des jours où l’on est pas très fier d’être Belge…

Sources :

  • Texte : Cet article a été repris du site Lalibre.be (4 août 2010) et n’a que très légèrement été modifié.
  • Photo : www.leprogres.fr

Rédigé par frenaville

8 août 2010 à 19:11

Héroïsme vs mise au pilon

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Il me semblait avoir quelque peu exagéré dans mon dernier billet de la rubrique « étude de cas ». J’y abordais la conservation partagée et la stratégie mise en place par le conservateur Arsène Burma (personnage fictif !) afin d’augmenter le poids et l’importance du fonds d’architecture, et ce en termes de quantité de documents ainsi que d’emprunts. Je trouvais avoir quand même bien chargé la barque du conservateur rendant ainsi le personnage tellement caractéristique qu’invraisemblable… En fait, j’étais loin d’imaginer que les faux prêts réalisés par mon Arsène Burma pour rendre plus importantes et pertinentes certaines collections de périodiques avaient un écho dans la vie réelle:

Dans les années 1990, conscients que leurs majestueux immeubles anciens ne pouvaient plus contenir le flot des documents imprimés, les directeurs de plusieurs grandes bibliothèques décidèrent d’édifier de nouveaux lieux où loger leurs vastes collections. À Paris et à Londres, à Buenos Aires et à San Francisco (notamment), des plans furent établis et les travaux commencèrent. Malheureusement, dans plusieurs cas la conception des nouvelles bibliothèques se révéla peu adaptée à la conservation des livres. Pour compenser l’insuffisance du projet de la nouvelle bibliothèque de San Francisco, dont les architectes n’aient pas prévu assez d’espace de rangement, les administrateurs retirèrent du fonds de la bibliothèque des centaines de milliers de livres qu’ils envoyèrent dans un site d’enfouissement. Les livres à détruire étant sélectionnés en fonction du temps écoulé depuis la dernière fois qu’on les avait empruntés, afin d’en sauver le plus possible, des bibliothécaires héroïques s’introduisirent nuitamment dans les réserves et marquèrent au tampon sur les volumes menacés de fausses dates de retrait.

Alberto Manguel, La Bibliothèque, la nuit. Actes Sud, 2009 (Babel 937), p. 81-82.

Première surprise, le comportement d’Arsène Burma n’est pas si exceptionnel, si farfelu que cela. Mais trois autres éléments m’interpellent dans cette citation :

Primo, j’ai peine à imaginer que des architectes et des responsables de bibliothèque aient pu à ce point se fourvoyer sur les dimensions nécessaires du nouvel édifice. Des « centaines de milliers de livres » sur le carreau ? Naïvement peut-être, j’aurais plutôt tendance à pencher pour la volonté des responsables de construire des bâtiments probablement mieux adaptés aux besoins et rôles des bibliothèques contemporaines, la qualité primant sur la quantité, quitte à mettre au pilon un nombre très important d’ouvrages peu usités, dépassés, de doubles, en mauvais état, etc. Mais je peux me tromper. Si quelqu’un dispose d’informations complémentaires, je suis bien sûr preneur !

Secundo, il faut savoir que la source d’Alberto Manguel est la lettre que l’auteur Nicholson Baker envoya au New Yorker et qui paru en octobre 1996: “The Author vs. the Library” (The New Yorker, 14 octobre 1996). On y apprend (page 51) que la San Franciso Public Library:

“has, by a conservative estimate, sent more than two hundred thousand books to landfills” [...].

Entre les “centaines de milliers de livres” de Manguel (ou de sa traductrice) et les “more than two hundred thousand books” de Baker, il y a une nette différence sémantique.

Tertio, je trouve le qualificatif “héroïque” pour décrire le comportement des bibliothécaires tout à fait inapproprié. En quoi cela est-il héroïque ? On ne décrit pas un autodafé nazi à ce que je sache.

Nicholson Baker n’est pas un inconnu en matière de critique de gestion de bibliothèques. C’est notamment lui qui s’indigna que de grandes bibliothèques américaines, dont la Bibliothèque du Congrès, avaient décidé de remplacer par des microfilms de très larges parties de leurs collections de journaux du 19e siècle et de jeter leurs originaux. Baker explique tout cela dans l’ouvrage polémique Double Fold: Libraries and the Assault on Paper (Random House, New York, 2001). Personnellement, je ne vois absolument rien infamant. Ce sont certainement des kilomètres de stockage qui ont pu être récupérés et des tonnes qu’il n’a plus fallu devoir manutentionner ni préserver de la consultation parfois maladroite des lecteurs, des ravages du temps et autres nuisibles, parasites animaliers et fongiques… Pour mieux comprendre Baker, je crois que je m’offrirai un jour prochain la lecture de cet ouvrage.

Là où le bât blesse, ce qui dérange surtout Alberto Mangel et Nicholson Baker, ou encore des auteurs comme Lucien X. Polastron ou Jean Marie Goulemot, c’est que le papier a été mis au bac ! Moi, j’aime beaucoup Alberto Manguel. Comme Polastron et Goulemot, il écrit magnifiquement bien et a une connaissance encyclopédique de ce sur quoi il écrit. Mais je souhaiterais vraiment qu’un jour ces amoureux du papier retombent les pieds sur terre et comprennent qu’on ne peut administrer des bibliothèques publiques ou académiques comme des bibliothèques privées, que la conservation (du papier) pour la conservation n’est pas une fin en soi, que les missions et besoins des bibliothèques ont radicalement changé ces trente dernières années, que la conservation sur le support d’origine est parfois un défi au bon sens, voire impossible.

Ceci dit, heureusement que la technologie évolue et que le support idéal vient d’être mis au point ;-)

Rédigé par frenaville

27 avril 2010 à 10:17

Rififi à Pataskala (II)

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Dans un précédent billet, j’ai décrit le conflit qui avait opposé certains habitants de la petite ville américaine  de Pataskala et la bibliothèque publique locale en ce qui concerne la mise à disposition, par la bibliothèque, du livre  Mastering Multiple Position Sex d’Eric Marlowe Garrison. Le 16 novembre 2009, le conseil d’administration confirma que l’ouvrage avait bien sa place dans les collections de la bibliothèque et prit la décision de permettre aux parents de limiter le prêt aux seuls documents “juvenile” (voir le rapport).

Dans les articles publiés dans le Newark Advocate que j’avais lus, il était question de cette nouvelle carte de lecteur (Kids Card) prévue pour février 2010.  J’ai donc demandé à Matt Nojonen, directeur de la Pataskala Public Library :

  1. comment il fallait comprendre le concept de “non-juvenile materials“, si cela voulait par exemple dire que cela excluait tout document de la section adulte et limitait les possibilités de prêt aux seuls documents de la section jeunesse, et quelle tranche d’âge était exactement concernée (tous les mineurs ou seulement une partie, les plus jeunes) ;
  2. si, suite à cette affaire, la bibliothèque envisageait de marquer certains documents, jusqu’ici accessibles à tous, comme inappropriés pour des mineurs et donc de les intégrer avec les autres “non-juvenile materials“.

Voici l’intéressante réponse de Matt Nojonen (postée avec son autorisation) :

The Kids Card was my idea. I am a very strong supporter of the First Amendment and it took more than a bit of soul searching before I proposed the policy to our Board. The American Library Association would take issue with a Kids Card because it falls foul of their interpretation of Article V of the Library Bill of Rights. I recommended it because our library already requires parents to accept responsibility for the selections of their minor children, a stance strongly endorsed by the ALA. Giving those parents a voluntary means of exercising that responsibility did not seem to cross any real lines regarding intellectual freedom.

Was it a compromise? Yes. But a compromise that does not alter our fundamental support of intellectual freedom as it is expressed in the library’s Mission Statement, Code of Professional Ethics and Collection Development Policy.

It is not intended to stop any future attempts at censorship. We are fully aware that children’s materials are challenged quite often. We have had formal complaints about books in our juvenile collection. It is a tool that parents can use or not use, that’s all.

As to your specific questions.

1) “Non-juvenile materials” means exactly what it says. All library materials that are not classified as juvenile cannot be borrowed by any minor whose parent/s have placed that restriction on their card. Is it possible that a child will select something like a biography of Napoleon from the adult collection and be denied the right to borrow it? Yes. As a matter of sheer operational practicality, we cannot set up a different set of approvals for every single minor patron based on specific fields of knowledge that their parents think is appropriate or not appropriate. Doing that would place an impossible burden on our staff.

We talked about different categories of minors too. Should the same restriction apply to a 17 year old that applies to a 6 year old? If we attempted to differentiate between age groups we would fall into the trap of deciding what is acceptable for each different class of minors and that is a huge legal liability. That is why the restriction, if it is chosen by the parent, will apply to their minor child until the age of 18.

We don’t apply age brackets when we catalog material. We determine what is juvenile by using ”Cataloging In Publication” or CIP data which indicates the author’s and publisher’s intended audience. It will say “juvenile” right in the book or on the bibliographic record created for the book at the time of publication. That information is almost always accurate. We occasionally put books with “juvenile” CIP data in our Young Adult collection if we believe that the reading level is more advanced. We also find some material without CIP data and make a decision on where to place it in our collection based on the reading level. Determining reading level is not scientific. Nothing about collection development is. It is a combination of training and experience.

2) We are most emphatically NOT going to purge our collection or start labeling material as unacceptable for minors. Our collection development policy clearly states that we consider every single item in our library legal and that individuals are responsible for determining what is and is not acceptable for themselves and/or their minor children. Adding a Kids Card does not alter our position on that fundamental principle. The people who initiated the censorship effort over the sex manual dropped their request to throw the book away and asked us to put it in a special location where minors could not access it. We did not do that.

I do not expect many parents to select the Kids Card option. The community opinion expressed in face-to-face conversations, emails and reader comments on newspaper and TV station websites were 99% in our favor. Virtually no one thought censorship is a good idea. Most of the parents who use our library accompany their children and guide their selections. That is the way it should be.

Bien sûr, on ne peut qu’imaginer les membres du bureau de l’ALA s’étouffer en découvrant la mise en place de la Kids Card, mais l’initiative est intéressante à plus d’un titre. En plus de mes commentaires du 15 janvier, je reviendrai sur deux points :

(1) En utilisant seulement les données CIP, pour déterminer ce qui est oui ou non “juvenile“, la responsabilité du marquage est exclusivement dans les mains des auteurs et/ou éditeurs, et non des bibliothécaires qui n’ont ainsi pas à prendre position. Je suppose qu’ils travaillent avec la position 22 du champ 008 qui définit le public cible par exemple d’un livre ou d’une vidéo :

  • # – Inconnu ou non déterminé
  • a – Préscolaire
  • b – Primaire
  • c – Préadolescent
  • d – Adolescent
  • e – Adulte
  • f – Spécialisé
  • g – Général
  • j – Ouvrage pour les jeunes
  • | – Aucune tentative de coder

Pour rappel ou info, le programme CIP permet de puis 1971 de fournir aux bibliothèques américaines des notices bibliographiques les plus complètes possibles pour des ouvrages qui vont bientôt paraître. Les éditeurs participant au programme CIP doivent transmettre une copie électronique de la publication à venir à la Bibliothèque du Congrès qui crée alors la notice bibliographique et la transmet à l’éditeur afin que celui-ci l’imprime au verso de la page de titre.

(2) En faisant en sorte que la Kids Card concerne tous les lecteurs mineurs, jusqu’à leur majorité (18 ans), et non jusqu’à 15 ou 16 ans par exemple (voir le formulaire d’inscription), la bibliothèque de Pataskala se met sur la même longueur que la minorité légale et reste neutre. Par ailleurs, je trouve cette stratégie dissuasive pour les parents d’adolescents : qui voudrait que son fils ou sa fille de 17 ans ne puisse emprunter que des livres dont le public cible est préscolaire, primaire, préadolescent ou adolescent (cf. la biographie de Napoléon)…?

Enfin, cette affaire a également permis à la Pataskala Public Library de promouvoir auprès de leurs usagers leur Collection Development Policy, qui date de 1997.

(Dernière info pour la route, à ce jour, l’ouvrage Mastering Multiple Position Sex d’Eric Marlowe Garrison est toujours en prêt… et même en retard de restitution.)

Rédigé par frenaville

30 janvier 2010 à 00:10

Rififi à Pataskala

avec 3 commentaires

Jamais entendu parlé de Pataskala ? Une petite ville de 10.000 habitant dans l’Ohio. On ne vous en tiendra pas rigueur. Voici l’occasion de découvrir une des actualités qui a défrayé la chronique locale fin 2009.

L’histoire

Marti Shrigley, mère de trois enfants et grand-mère de six petits-enfants, eut la surprise de découvrir sur l’étagère des dernières acquisitions de la Pataskala Public Library, le guide Mastering Multiple Position Sex d’Eric Marlowe Garrison. La couverture de l’ouvrage contient des photos d’adultes nus et l’on trouve à l’intérieur des illustrations instructives. Convaincue que sous le couvert d’un manuel éducatif, il s’agissait en réalité d’un ouvrage pornographique, Marti Shrigley demanda tout d’abord que le livre soit soustrait au regard des jeunes et retiré de l’étagère des récentes acquisitions avant de réclamer plus tard que la bibliothèque s’en défasse. Elle en appela au directeur, Matt Nojonen, qui refusa sa demande, se basant tant sur la solide réputation professionnelle d’Eric Marlowe Garrison – éducateur sexuel et conférencier sérieux – que sur le fait que l’ouvrage incriminé mettait l’accent sur la responsabilité et les relations heureuses. Marti Shrigley en appela aussi aux membres du conseil d’administration de la bibliothèque. Mais en date du lundi 16 novembre 2009, le conseil d’administration de la bibliothèque décida à l’unanimité de conserver le livre. Elle approcha également Steve Butcher, le maire de Pataskala, ainsi que Chris Forshey, le chef de la police locale. Sans succès non plus.

Afin que les jeunes ne tombent pas sur ce guide, Marti Shrigley l’emprunta elle-même. Au début, elle avait émis le souhait de ne jamais le rendre, prête à payer les amendes qu’il faudrait. Elle le rendit néanmoins, mais un autre lecteur le réemprunta aussitôt, puis un autre le réserva. Avant que Mati Shrigley ne découvre le manuel, celui-ci avait déjà été emprunté à plusieurs reprises, par des adultes exclusivement. Personne ne s’en était plaint.

Dans le chef de Marti Shrigley, il ne s’agissait pas de censurer la bibliothèque :

“This is not about censorship, because I believe in America we have the right to read and see whatever.”

A la suite de cet incident, d’autres parents se sont émus que pareil document soit disponible à la bibliothèque. Notons qu’un mineur ne peut devenir membre de la bibliothèque de Pataskala qu’avec l’aval de ses parents ou de son représentant légal.

Trois autres tentatives furent entreprises par la suite :

  1. Marti Shrigley demanda également au conseil d’administration de mettre en place un comité qui aiderait à l’avenir le directeur à sélectionner les nouvelles acquisitions. Ce fut refusé.
  2. Il fut également demandé que le livre Mastering Multiple Position Sex soit retiré des rayons et placé derrière le comptoir ou sur le haut d’une étagère. Matt Nojonen n’apprécia pas cette idée (“We don’t have any other parts of our collection sequestered that way“), mais ne ferma pas totalement la porte à cette possibilité.
  3. On suggéra aussi que la bibliothèque interroge ses lecteurs afin que ceux-ci puissent décider par un vote s’il fallait conserver l’ouvrage dans ses collections.

Le comité d’administration répondit que s’il fallait que les lecteurs approuvent la présence des livres par des votes, celle-ci n’aurait quasi rien comme collection, l’un des dangers étant qu’un lecteur qui n’aimerait pas un livre (parce qu’il ne correspond pas à ses goûts) pourrait voter contre et donc contribuer à son éviction des collections.

Finalement, la bibliothèque décida de mettre en place une nouvelle politique permettant ainsi à tout parent d’empêcher via un contrôle informatique le prêt de certains types de documents à leurs enfants :

The library is strengthening that policy via a new board-approved juvenile library card. A parent or guardian will be able to sign off on the card, thereby restricting his or her child’s borrowing rights to juvenile materials. If a child tries to check out non-juvenile materials, a library employee will be alerted via a computer prompt.

Ce nouveau système devrait être en place dès février 2010.

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Sources :
Chad Klimack, “Woman wants sex book banned from Pataskala library”. The Newark Advocate, 3 décembre 2009.
Chad Klimack, “Residents ask Pataskala library to keep controversial book away from kids”. The Newark Advocate, 15 décembre 2009.
Chad Klimack, “Library card will monitor youths’ withdrawals”. The Newark Advocate, 5 janvier 2010.

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Quelques remarques

1) Ainsi donc, pour Marti Shrigley, il ne s’agissait pas de censurer la bibliothèque. Faudra quand même qu’on m’explique, car moi il y a quand même quelque chose qui m’échappe !

2) L’idée d’un comité qui aiderait à sélectionner les nouvelles acquisitions revient purement et simplement à une mise sous tutelle inacceptable de la politique d’acquisition. Il est heureux que cette demande ait été refusée. Il n’est pas difficile d’imaginer les dérives de “comités de la vertu”.

3) La solution de retirer l’ouvrage des rayons et de le mettre à un endroit où les jeunes ne peuvent y avoir accès (derrière le comptoir) permettrait de calmer les esprits, mais je ne pense pas qu’il s’agisse d’une solution générale qui pourrait être étendue (où s’arrêterait-on ?). Le fait de créer un précédent n’est-il pas plus dangereux ?

4) Si l’on interroge le catalogue en ligne de la Pataskala Public Library, on constate que celle-ci possède à ce jour 141 documents non-fictions abordant le sexe d’une manière ou d’une autre et dont près d’un tiers sont actuellement en prêt, la majorité d’entre eux étant même en retard de restitution…  Faudrait-il alors les emprunter tous pour que les  jeunes ne les voient pas ? Constat : le sexe ne laisse vraiment pas insensibles les habitants de Pataskala…

5) Ce que Marti Shrigley et consorts semblent ignorer, ou tout du moins oublier, c’est qu’il n’appartient pas aux bibliothécaires de Pataskala ni à leurs autorités de déterminer ce qu’une communauté peut ou ne peut pas lire. En tant que bibliothèque publique, il leur incombe par contre de mettre à la disposition de la communauté qu’ils servent des documents de toute sorte, en ce compris abordant la sexualité, d’être à même de fournir toutes sortes d’informations, conformes ou non par exemple aux théories communément admises. Il ne me semblerait ainsi pas absurde que des bibliothèques publiques disposent et rendent accessibles des documents de nature créationniste ou scientologique. Je n’ai aucun atome crochu avec ces théories, mais je ne vois pas de quel droit on interdirait à des personnes de les lire.  La bibliothèque propose des alternatives et ce sont les lecteurs qui opèrent les choix qui les intéressent, éventuellement avec les conseils d’un professionnel. Ce qui est par ailleurs clairement signalé sur une des pages de la Pataskala Public Library :

The mission of the Pataskala Public Library is to support the educational, informational and recreational needs of the youth and adults of southwestern Licking County by providing free access to a variety of print and non-print materials and related services.

6) Notons qu’à ce jour, l’ouvrage d’Eric Marlowe Garrison est toujours en prêt…

Rédigé par frenaville

8 janvier 2010 à 15:09

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