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Créationnisme et Dessin intelligent classés en science?
Si un président d’université venait à demander officiellement à un directeur de bibliothèque que tous les documents avec les descripteurs Créationnisme et Dessin intelligent soient reclassés dans la section science, cette directive soulèverait-elle des problèmes d’ordre éthique ? C’est un peu le genre de question que Daniel CannCasciato s’est posée un jour lors d’une discussion avec un biologiste. Il découvrit bientôt que cette situation était loin d’être hypothétique puisqu’un cas semblable s’était passé en 1987 aux États-Unis : le directeur de la bibliothèque d’une université à fondement religieux (religious-based college) a un jour reçu un mémo de son président lui demandant de reclasser en section science des ouvrages créationnistes (1).
Shocking ! C’est sans doute ce à quoi a dû penser Daniel CannCasciato au début. Toutefois, en creusant un peu plus le sujet et en effectuant des recherches complémentaires, il a changé d’avis, considérant que dans certaines situations (précisément comme celle-ci), reclasser en science ce genre de documents est précisément conforme à l’éthique.Daniel CannCasciato présente, dans un article récemment paru dans le Cataloging & Classification Quarterly, les raisons qui l’ont amené à revoir sa position. Et l’un de ses arguments se base précisément sur un article du ALA Code of Ethics…
Les missions de ce genre d’établissement se basent souvent très nettement sur la Bible. Par ailleurs, leurs autorités sont très différentes de celles financées par des fonds publics. On s’en convainc aisément lorsque l’on retrouve dans les plans stratégiques de ces établissements des phrases comme par exemple :
The mission [...] is to teach men and women to live by biblical principles and to equip and empower them with character, skills, insight, and vision to lead the church and to impact society for Christ.
ou encore :
To this end all trustees and faculty members must be members of the undenominational fellowship of Christian churches and churches of Christ and must believe, without reservation, in the full and final inspiration of the Bible to the extent that to each of them it is the infallible Word of God [...]. The sixty-six books of the Old and New Testaments are fully inspired and without error and serve as God’s only written Word.
ou dans les programmes de cours, des descriptifs comme ici celui de la Bob Jones University :
Bachelor of Science Degree, Physics Major
The Physics major provides preparation for a career as a physicist [...]. While offering scientific andphilosophical refutation of the theory of evolution, our program teaches each course within a biblical creationist framework.
ou celui de celui de la Liberty University:
Center for Creation Studies
PURPOSE The purpose of the Center for Creation Studies is to promote the development of a consistentbiblical view of origins in our students. The Center seeks to equip students to defend their faith in the creation account in Genesis using science, reason, and the Scriptures.
[Les quatre citations ci-dessus sont extraites de l’article de Daniel CannCasciato.]
Or, le Code d’Ethique de l’ALA prévoit expressément dans son article VII que les bibliothécaires doivent pouvoir distinguer leurs convictions personnelles de leurs obligations professionnelles et qu’ils n’ont pas à interférer avec les objectifs de leurs institutions :
We distinguish between our personal convictions and professional duties and do not allow our personal beliefs to interfere with fair representation of the aims of our institutions or the provision of access to their information resources.
En conséquence de quoi, compte tenu du fait qu’il s’agissait ici justement d’un établissement de type religieux, la demande du directeur (qu’on l’aime ou non) n’entrait pas en contradiction avec le code d’éthique de l’ALA. Par contre, s’opposer à la requête parce qu’on la juge contraire à ses convictions philosophiques ou à l’état des connaissances scientifiques irait à l’encontre de l’article VII.
Conclusion : mieux vaut que vos convictions soient en adéquation avec les objectifs et missions de votre employeur… ou ne pas avoir d’article VII…

(1) Anderson, A. J. (1987): Memo from the President: Reclassify Creation Science Books. Library Journal, 112(19), 53-54.
Source :
CannCasciato, Daniel (2011): Ethical Considerations in Classification Practice: A Case Study Using Creationism and Intelligent Design, Cataloging & Classification Quarterly, 49(5), 408-427.
Résumé: This article re-visits a scenario from 1987: a university president required a library director to reclassify some materials into a science classification. The author looks at the prominence of the Code of Ethics of the American Library Association in the general library literature and in classification and cataloging practice literature. The issue of censorship is also discussed. The author then reviews classification for Creationism and Intelligent design and some decision making processes one could use when deciding on the professional ethics of such a request, concluding that in some cases the ethical action might indeed be to go ahead with the reclassification.
Mots-clefs: Code of Ethics of the American Library Association, decision making, professional conduct, professional ethics, classification
Cachez ce journal que je ne saurais voir
L’arrondissement de Newham est l’un des arrondissements de Londres les plus variés sur le plan ethnique. On y parle environ 150 langues différentes et de très nombreux résidents n’ont l’anglais que comme langue seconde.
Depuis des années, les bibliothèques publiques y proposent des journaux dans plusieurs douzaines de langues!
Apparemment, cette diversité ne plaisait pas à tous puisque les responsables ont récemment décidé de retirer des bibliothèques tous les journaux qui n’étaient pas en langue anglaise… Motifs? Le fait de ne pas maîtriser suffisamment bien l’anglais est un handicap dans la recherche d’un emploi et les journaux en langues étrangères ne favorisent pas l’intégration et la cohésion de la communauté. Le maire Robin Wales (Labour) considère même que retirer les journaux “encourageraient les gens à parler et à apprendre l’anglais”. Évidemment, le fait de supprimer autant de souscriptions pour des titres en urdu, hindi ou encore bengali permettra de réduire les dépenses, ce qui n’est peut-être pas mal vu à une époque où de nombreuses bibliothèques publiques britanniques se retrouvent menacées (subsides en baisse, mauvaise gestion, etc.). On peut au moins espérer que l’argent ainsi épargné pourra être réinvesti dans des projets visant à améliorer la maîtrise de l’anglais des allophones.
Autre pays, même volonté chez certains. À Steenokkerzeel, une commune du Brabant flamand, certains élus locaux se sont offusqués de voir la bibliothèque locale proposer des journaux en français.
Le conseiller indépendant Ronald Verslyppe y voit une forme de facilités déguisée (verdoken vorm van faciliteiten). Il ne comprend pas que des journaux belges francophones qui ont une ligne éditoriale anti-flamande (die anti-Vlaams gericht zijn) puissent être considérés comme éducatifs dans une commune flamande rurale comme Steenokkerzeel. L’élu Kurt Ryon (Klaver-N-VA) lui emboite le pas et précise qu’il préférerait que l’argent dépensé pour les journaux francophones soit plutôt consacré à des livres néerlandophones et francophones qui aient un intérêt éducatif pour les étudiants. Il ajoute que les lecteurs qui veulent vraiment lire un journal francophone peuvent le faire sur internet. Pour lui, il s’agit d’une dépense inutile (zinloze uitgave) et cela ne favorise pas l’intégration. Karel Goderis (Vlaams Belang) ajoute quant à lui qu’il ne voit aucun problème à ce que la bibliothèque propose des journaux internationaux (francophones) de qualité [sic].
L’échevin de la culture Erwin Verhaeren (CD&V) ne comprend pas cette agitation et considère que le choix des journaux proposés à la bibliothèque est de la responsabilité du bibliothécaire. L’échevin se bat contre la pensée unidimensionnelle. À ses yeux, le plurilinguisme reste un atout pour les Flamands, et non un désavantage ni une honte.
Réduction des dépenses (inutiles) et volonté d’intégration. Que ne ferait-on pas avec d’aussi nobles sentiments? Arguments passe-partout et éculés. Dans le cas anglais comme dans le cas flamand, la position des bibliothécaires n’est pas évidente. Si ceux-ci souhaitent coller au mieux aux besoins et attentes de leurs lecteurs, et si l’on part du principe que les journaux “étrangers” mis en cause avaient bien un lectorat justifiant leur acquisition par les bibliothèques, ils sont souvent mal armés pour faire face à des pressions politiques comme celles-là. La position de l’échevin CD&V est, elle, courageuse, une attitude trop peu mise à l’honneur du côté francophone… Après avoir mis de côté les journaux en langue étrangère, quelle est la prochaine étape?
Dans la série “moins de français, plus de néerlandais”, on n’oubliera pas qu’il y a presque dix ans, en 2002, la Région flamande a mis en application un nouveau décret relatif aux bibliothèques. Celui-ci n’était pas sans un impact particulier dans les communes à facilités: subsides contre quota linguistique à respecter (75% de livres néerlandophones contre 25% de livres dans d’autres langues, dont le français). Sur les six communes à facilités de la Région bruxelloise, seule la commune de Wemmel a accepté le deal, du moins officiellement, car dans la réalité, des livres francophones sont dissimulés dans les remises, invisibles au public, mais accessibles sur demande. L’objectif est bien de donner l’impression de respecter le quota officiel… Pour la commune flamande de Wemmel, avec 70% de francophones et 30% de néerlandophones, un quota linguistique inverse me laisse pour le moins dubitatif… À Linkebeek par contre, la commune a décidé de maintenir un équilibre 50% de livres francophone, 50% de livres néerlandophones:
Sources:
- Murray Wardrop: Council removes foreign language papers from libraries to encourage English speaking. The Telegraph, 11 mai 2011.
- Koen Merens: Franstalige kranten in bibliotheek zijn ‘verdoken faciliteiten’. Het Nieuwsblad, 16 février 2011
- Lucie Cruysmans: Verra-t-on des livres clandestins pour francophones? RTBF.be Info, 4 mars 2010
Cartographie des bibliothèques menacées au Royaume-Uni
Il y a quelques mois, les annonces de fermeture de bibliothèques anglaises, principalement pour des raisons financières, ont fait beaucoup de bruit. Véritable déferlante d’articles, interviews, billets, tweets… Depuis le 23 octobre 2010, le site Public Libraries News référence toutes les actualités et articles de presse anglais liés à la fermeture de bibliothèques, aux coupes budgétaires, à la diminution du personnel, etc., un travail impressionnant de la part de Ian Anstice, bibliothécaire dans le North West England.
Ainsi, ce 18 janvier 2011, ce ne sont pas moins de 395 bibliothèques qui sont menacées ou qui ont récemment été fermées, sans compter 45 bibliobus. Et comme une image vaut mieux qu’un long discours, Ian a eu l’excellente idée de marquer ces bibliothèques sur Google Maps.
Les droits d’auteur dans les bibliothèques : séminaire du 23 novembre 2010
C’est un truisme que d’affirmer que depuis quelques années déjà, les technologies de l’information et de la communication ont bouleversé le rôle et les services offerts par les bibliothèques. Que ce soit dans le cadre de la pratique documentaire quotidienne ou à l’occasion de projets spécifiques, la conservation et la diffusion de l’information scientifique suscitent aujourd’hui de nombreuses questions d’ordre juridique concernant la propriété intellectuelle. Et malgré la volonté des bibliothécaires de vouloir bien faire, il ne leur est pas toujours facile d’y voir clair en matière de respect de la loi…
C’est la raison pour laquelle, en Belgique, la Commission Bibliothèques du Conseil Interuniversitaire de la Communauté française (CIUF) a décidé d’organiser ce 23 novembre 2010 à l’Université Libre de Bruxelles un séminaire sur les aspects de droit d’auteur liés au fonctionnement des bibliothèques.
L’objectif général de ce séminaire est de présenter la loi sur le droit d’auteur de manière générale et d’ensuite examiner les cas pratiques auxquels les bibliothécaires sont confrontés et qui suscitent des questions en la matière:
- conservation numérique,
- Creative Commons,
- prêt interbibliothèques,
- fourniture électronique de documents,
- numérisation et accessibilité en ligne de fonds documentaires,
- dépôts institutionnels,
- droits de reprographie,
- etc.
Le séminaire est destiné en priorité au personnel des bibliothèques universitaires membres de la Commission Bibliothèque du CIUF. En fonction des places disponibles d’autres personnes pourront également participer (étudiants et membres académiques et scientifiques des filières en Sciences et technologies de l’information et de la communication (des universités de la Communauté française de Belgique, professionnels des bibliothèques des hautes écoles de la Communauté française, enseignants dans les hautes écoles de bibliothécaires de la Communauté française). Pour ceux-ci, des droits d’inscription seront exigés.
Intervenants :
- François Dubuisson, directeur du Centre de droit de l’information et de la communication, Université Libre de Bruxelles (ULB),
- Françoise Havelange, maître de conférence aux Facultés Universitaires Notre Dame de la Paix à Namur (FUNDP) et responsable de la Cellule Juridique de l’Administration de la Recherche des FUNDP,
- Laurence Thys, juriste, attachée à la Direction générale du Réseau des Bibliothèques de l’Université de Liège (ULg), assistante à la Bibliothèque de droit, d’Économie, de Gestion et de Sciences sociales Léon Graulich de l’ULg,
- Julien Van Borm, bibliothécaire en chef honoraire de l’Université d’Anvers (UA),
- Françoise Vandooren, attachée à la Direction des Archives & Bibliothèques, Université Libre de Bruxelles (ULB).
Renseignements, inscriptions et programme complet :
http://www.ciuf.be/cms/23-11-2010-seminaire-droits-dauteur.html
Pas de coming out en bibliothèque svp
En avril 2010, la bibliothèque publique Burlington County Library System à Westampton (New Jersey) a décidé de retirer de ses rayons tous les exemplaires dont elle disposait de l’anthologie allosexuelle Revolutionary Voices: A Multicultural Queer Youth Anthology (Alyson, 2000). Cette anthologie se compose d’histoires de jeunes ayant fait leur coming out, d’anecdotes, d’expériences vécues, souvent difficiles, parfois cocasses. En voici l’un des comptes rendus que l’on trouve sur Amazon :
This groundbreaking, multicultural collection of stories by the queer and young should be required reading for every jaded adult–teachers, parents, politicians–and anyone who fears for the future of our country. In fact, 22-year-old editor Amy Sonnie should run for Congress. Her introduction to this touching, funny, and sometimes sad anthology is smarter and more thoughtful than any political rhetoric this old queer has heard lately. While the work is wildly diverse [...], all of it speaks to the isolation and fear of being queer and young. A boy lies awake at night practicing to be more masculine. An intersexed gay boy comes out to his high school. A butch girl tells of years of daily bashing. Fear, though, is not the overriding emotional tone to this collection. The contributors exhibit a belief in themselves, a well-placed youthful confidence that speaks as loudly as the most poignant writing. Their determination to survive and thrive despite a homophobic society comes through loud and clear. It’s the perfect antidote to adult cynicism about youth. –Jack Connolly
Certains apprécieront ce type d’anthologie (notamment pour son côté témoignages et cas vécus), d’autres pas. Libre à chacun de s’intéresser ou non à cette œuvre? de la lire… ou pas. Il en est ainsi des lecteurs comme des bibliothécaires. Il en est ainsi de tous les livres. Cette anthologie a en tout cas été considérée par le Gay, Lesbian and Straight Education Network (GLSEN) comme “the first creative resource by and for queer and questioning youth of every color, class, religion, gender and ability” et a été désigné en 2001 comme l’un des meilleurs ouvrages adultes à destination des élèves du secondaire par le School Library Journal.
D’une façon générale, un cas n’étant bien sûr pas l’autre, retirer des rayons ou changer de place un ouvrage parce qu’on en juge le contenu inapproprié n’est en soi pas anormal. Cela fait pleinement partie des responsabilités des bibliothécaires. Ce qui est ici surtout (!) tout à fait contestable, c’est la façon dont le retrait a été opéré à la Burlington County Library System (BCLS)!
En effet, plutôt que de suivre la procédure officielle en cas de contestation, la directrice a simplement agi suite à une plainte informelle de Beverly Marinelli, membre d’une locale d’un mouvement politique conservateur. Dans un e-mail du 25 mai à un collaborateur, Gail Sweet, directrice de la BCLS, donnait en deux mots seulement la raison justifiant le retrait de l’ouvrage Revolutionary Voices : “child pornography“. L’American Civil Liberties Union of New Jersey a pu obtenir copie des e-mails à ce sujet entre Gail Sweet et Beverly Marinelli. On voit clairement que la décision de mettre au pilon (“copies need to totally disappear (as in not a good idea to send copies to the book sale)“, e-mail de Gail Sweet du 3 mai) les exemplaires de l’anthologie fut prise pour le moins légèrement: discussion entre Sweet et Marinelli, puis entérinement en commission. Et hop, expédié! Or, retirer un ouvrage des rayons de la bibliothèque parce qu’on en juge le contenu… disons… non conforme aux bonnes mœurs est une opération non mineure et, à l’instar d’autres bibliothèques américaines et comme le recommande l’ALA, la BCLS dispose pourtant d’une procédure bien spécifique qui n’a visiblement pas du tout été suivie ici.
Dans une interview au Philadelphia Inquirer, Beverly Marinelli qualifiait l’anthologie de “pervasively vulgar, obscene, and inappropriate”. Cette personne fait partie d’une locale du Groupe 9.12, fondé en 2009 par le présentateur de Fox News Glenn Beck. Son “objectif est d’unifier les Américains en recréant le sentiment nationaliste qui était apparu après les attentats du 11 septembre 2001″. On peut se faire une idée rapide de la nature de ce mouvement en découvrant sur leur site leurs 9 principes et 12 valeurs (voir aussi les pages française et anglaise de Wikipédia). Leurs deux premiers principes ne sont rien d’autre que “America Is Good” et “I believe in God and He is the Center of my Life“… Tout un programme! Le Groupe 9.12 est également à l’origine du retrait de la même anthologie de la Rancocas Valley Regional High School en mai dernier.
En retirant l’ouvrage contesté à la hussarde, Gail Sweet a donné un solide coup de canif dans le code de déontologie de la profession. Comme le souligne très justement Mary Minow sur le LibraryLaw Blog:
The take-home message for libraries, especially public institutions, is that book removal policies are immensely important. Libraries can protect themselves against exposure to lawsuits, if they adopt procedures for handling challenges http://www.ala.org/ala/issuesadvocacy/banned/challengeslibrarymaterials/copingwithchallenges/conductingchallenge/index.cfm and for “weeding,” — and then exercise care to follow those procedures carefully.
Sinon, à quoi cela sert-il, je vous le demande? Et dire que Beverly Marinelli dit avoir fait tout cela pour les enfants… Il y en a quand même qui ferait mieux de s’abstenir (sans mauvais jeu de mots…). Des quelques articles ci-dessous, je vous inviterais à lire en particulier le billet de Monica Kinney.
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Quelques sources :
- Monica Yant Kinney: Working to shelve students’ book choices (The Philadelphia Inquirer, 2 mai 2010)
- SLJ Staff: Free Speech Groups Protest GLBT Book-Banning at NJ School District (School Library Journal, 19 mai 2010)
- Lauren Barack: NJ Library, Citing Child Pornography, Removes GLBT Book (School Library Journal, 27 juillet 2010)
- Jim Burroway: NJ Library Removes LGBT Book, Calling It “Child Pornography” (Box Turtle Bulletin, 28 juillet 2010)
- Beverly Goldberg: Gay-Anthology Ban Engulfs Burlington County Public Library (American Libraries, 28 juillet 2010)
- Jillian Rayfield: NJ Library Removes LGBT Book After Complaint From Member Of Glenn Beck’s 9/12 Movement (TPMMuckraker, 4 août 2010)
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Voir aussi sur Vagabondages:
Représentations de l’homosexualité dans les bibliothèques municipales françaises (17 mai 2010)
La gouverneur d’Anvers veut restreindre l’accès des illégaux aux bibliothèques
La gouverneur de la province anversoise, Cathy Berx (CD&V), a demandé à la ville d’Anvers de modifier le règlement des bibliothèques publiques afin d’en restreindre l’accès aux personnes en séjour illégal. Elle a pris cette initiative à la suite d’une plainte déposée par le Vlaams Belang, parti conservateur, nationaliste, séparatiste et xénophobe.
Le chef de groupe du parti d’extrême-droite au Parlement flamand, Filip Dewinter, avait déposé plainte auprès de la gouverneur contre l’article 3 du règlement, qui stipule qu’une personne sans papier peut s’inscrire dans une bibliothèque moyennant présentation d’un document administratif où figure son domicile.
Pour le Vlaams Belang, il est inacceptable que les agents des bibliothèques concernées inscrivent des illégaux sans prévenir le parquet ou la police de leur présence sur le sol belge.
Dans sa réponse, Mme Berx a fait savoir que l’article 3 du règlement n’est pas valable pour les personnes séjournant illégalement en Belgique. Elle propose dès lors de préciser le texte afin de les exclure explicitement.
Elle précise toutefois que les personnes dont la procédure de régularisation est en cours doivent pouvoir bénéficier des services des bibliothèques, de même que les enfants mineurs de personnes en séjour illégal accueillis dans les écoles anversoises.
Il y a quand même des jours où l’on est pas très fier d’être Belge…
Sources :
- Texte : Cet article a été repris du site Lalibre.be (4 août 2010) et n’a que très légèrement été modifié.
- Photo : www.leprogres.fr
Héroïsme vs mise au pilon
Il me semblait avoir quelque peu exagéré dans mon dernier billet de la rubrique « étude de cas ». J’y abordais la conservation partagée et la stratégie mise en place par le conservateur Arsène Burma (personnage fictif !) afin d’augmenter le poids et l’importance du fonds d’architecture, et ce en termes de quantité de documents ainsi que d’emprunts. Je trouvais avoir quand même bien chargé la barque du conservateur rendant ainsi le personnage tellement caractéristique qu’invraisemblable… En fait, j’étais loin d’imaginer que les faux prêts réalisés par mon Arsène Burma pour rendre plus importantes et pertinentes certaines collections de périodiques avaient un écho dans la vie réelle:
Dans les années 1990, conscients que leurs majestueux immeubles anciens ne pouvaient plus contenir le flot des documents imprimés, les directeurs de plusieurs grandes bibliothèques décidèrent d’édifier de nouveaux lieux où loger leurs vastes collections. À Paris et à Londres, à Buenos Aires et à San Francisco (notamment), des plans furent établis et les travaux commencèrent. Malheureusement, dans plusieurs cas la conception des nouvelles bibliothèques se révéla peu adaptée à la conservation des livres. Pour compenser l’insuffisance du projet de la nouvelle bibliothèque de San Francisco, dont les architectes n’aient pas prévu assez d’espace de rangement, les administrateurs retirèrent du fonds de la bibliothèque des centaines de milliers de livres qu’ils envoyèrent dans un site d’enfouissement. Les livres à détruire étant sélectionnés en fonction du temps écoulé depuis la dernière fois qu’on les avait empruntés, afin d’en sauver le plus possible, des bibliothécaires héroïques s’introduisirent nuitamment dans les réserves et marquèrent au tampon sur les volumes menacés de fausses dates de retrait.
Alberto Manguel, La Bibliothèque, la nuit. Actes Sud, 2009 (Babel 937), p. 81-82.
Première surprise, le comportement d’Arsène Burma n’est pas si exceptionnel, si farfelu que cela. Mais trois autres éléments m’interpellent dans cette citation :
Primo, j’ai peine à imaginer que des architectes et des responsables de bibliothèque aient pu à ce point se fourvoyer sur les dimensions nécessaires du nouvel édifice. Des « centaines de milliers de livres » sur le carreau ? Naïvement peut-être, j’aurais plutôt tendance à pencher pour la volonté des responsables de construire des bâtiments probablement mieux adaptés aux besoins et rôles des bibliothèques contemporaines, la qualité primant sur la quantité, quitte à mettre au pilon un nombre très important d’ouvrages peu usités, dépassés, de doubles, en mauvais état, etc. Mais je peux me tromper. Si quelqu’un dispose d’informations complémentaires, je suis bien sûr preneur !
Secundo, il faut savoir que la source d’Alberto Manguel est la lettre que l’auteur Nicholson Baker envoya au New Yorker et qui paru en octobre 1996: “The Author vs. the Library” (The New Yorker, 14 octobre 1996). On y apprend (page 51) que la San Franciso Public Library:
“has, by a conservative estimate, sent more than two hundred thousand books to landfills” [...].
Entre les “centaines de milliers de livres” de Manguel (ou de sa traductrice) et les “more than two hundred thousand books” de Baker, il y a une nette différence sémantique.
Tertio, je trouve le qualificatif “héroïque” pour décrire le comportement des bibliothécaires tout à fait inapproprié. En quoi cela est-il héroïque ? On ne décrit pas un autodafé nazi à ce que je sache.
Nicholson Baker n’est pas un inconnu en matière de critique de gestion de bibliothèques. C’est notamment lui qui s’indigna que de grandes bibliothèques américaines, dont la Bibliothèque du Congrès, avaient décidé de remplacer par des microfilms de très larges parties de leurs collections de journaux du 19e siècle et de jeter leurs originaux. Baker explique tout cela dans l’ouvrage polémique Double Fold: Libraries and the Assault on Paper (Random House, New York, 2001). Personnellement, je ne vois absolument rien infamant. Ce sont certainement des kilomètres de stockage qui ont pu être récupérés et des tonnes qu’il n’a plus fallu devoir manutentionner ni préserver de la consultation parfois maladroite des lecteurs, des ravages du temps et autres nuisibles, parasites animaliers et fongiques… Pour mieux comprendre Baker, je crois que je m’offrirai un jour prochain la lecture de cet ouvrage.
Là où le bât blesse, ce qui dérange surtout Alberto Mangel et Nicholson Baker, ou encore des auteurs comme Lucien X. Polastron ou Jean Marie Goulemot, c’est que le papier a été mis au bac ! Moi, j’aime beaucoup Alberto Manguel. Comme Polastron et Goulemot, il écrit magnifiquement bien et a une connaissance encyclopédique de ce sur quoi il écrit. Mais je souhaiterais vraiment qu’un jour ces amoureux du papier retombent les pieds sur terre et comprennent qu’on ne peut administrer des bibliothèques publiques ou académiques comme des bibliothèques privées, que la conservation (du papier) pour la conservation n’est pas une fin en soi, que les missions et besoins des bibliothèques ont radicalement changé ces trente dernières années, que la conservation sur le support d’origine est parfois un défi au bon sens, voire impossible.
Ceci dit, heureusement que la technologie évolue et que le support idéal vient d’être mis au point








