De la notion de service public…

En France, Bibliothèques sans frontières a pris l’initiative de lancer une pétition, intitulée « Ouvrons + les bibliothèques ! », adressée à plusieurs ministres (de l’ancien gouvernement…). Les pétitionnaires soulignent le fait que les horaires d’ouverture des bibliothèques sont totalement inadaptés aux besoins de leurs clients et affirment que « l’accès à la connaissance et à la culture pour le plus grand nombre doit être une priorité ».

Depuis 2010, les bibliothèques suisses se sont dotées d’une charte qui précise, entre autres, qu’elles « mettent tout en oeuvre pour offrir non seulement aux étudiants et aux chercheurs, mais aussi à l’ensemble des citoyens engagés dans une mobilité croissante, des services harmonisés qui répondent à leurs besoins partout et en tout temps ». Offrent-elles en conséquence des horaires d’ouverture adaptés ? A quelques notables exceptions dans le monde universitaire en particulier, la réponse est négative ! Et je crains qu’elle ne soit la même un peu partout dans le monde…

Quelles sont les raisons de ce hiatus entre la disponibilité de nos clients et les horaires de nos bibliothèques ? Elles sont bien sûr multiples, mais elles ne sont pas toujours liées au manque de moyens souvent évoqué. D’ailleurs, la pétition susmentionnée précise, à juste titre, qu' »à moyens équivalents, et dans le respect des agents, des solutions existent ».

La grande majorité de nos bibliothèques fait partie du service public. Dès lors – au risque de choquer, mais il s’agit d’un bon moyen de lancer une discussion… – je souligne le fait que cela devrait impliquer, de la part de leur personnel, une souplesse maximale dans les horaires de travail. Or, trop souvent, j’ai entendu des collègues rechigner à sortir du cadre, certes confortable, des « 8 à 17 heures, 5 jours sur 7″ : attitude parfaitement incompatible avec la notion de service public, entrant en contradiction avec les fondements des codes de déontologie régissant la profession de bibliothécaire…

En conclusion, la pétition de Bibliothèques sans frontières a le mérite de soulever un problème réel et criant ; toutefois, elle ne doit pas dissimuler le fait que les solutions ne résident pas seulement dans l’attribution de moyens supplémentaires, mais aussi – et surtout, j’ose l’affirmer – dans un changement d’attitude chez nombre de bibliothécaires…

Michel Gorin

 

 

 

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6 réflexions sur “De la notion de service public…

  1. J’estime, en tant que future professionnelle, que l’accès à l’information dans les meilleures conditions possibles et au plus grand nombre doit être garanti. Pour ce faire, il me paraît nécessaire d’étendre plages horaires et jours d’ouverture des bibliothèques.

    Les arguments contre cette position, je les comprends et les trouve souvent fondés. Comment ferait une mère célibataire avec des enfants à charge ? Devrait-elle payer une baby-sitter pour aller travailler le samedi, voire le dimanche pour pouvoir la payer ? N’a-t-elle pas le droit de profiter de ses enfants ? C’est probablement l’argument qui me touche le plus. Et je redoute, si je défends une autre position, d’être taxée de « capitaliste » (la comparaison est malheureuse mais j’espère que l’idée sera saisie !).

    Comme toujours, la complexité oblige à la nuance et au questionnement. La première chose est que, je l’espère, le métier est aussi une source de satisfaction, en plus que du nécessaire revenu. La deuxième est que oui, il faut, selon moi, ouvrir le soir et les week-ends, dimanches compris si cela répond au besoin du public de la bibliothèque. Ce qui ne veut pas dire qu’il faut un grand laisser-faire sans règles… Pour trouver un compromis, peut-être pourrait-il être envisagé d’établir le plus tôt possible (en début d’année ? de semestre ?) le planning des horaires « délicats » en fonction d’un roulement. Je trouve cela important car la capacité de se projeter et d’organiser sa vie est annihilée si on est toujours en attente de… Ayant travaillé selon ce système, j’ai trouvé cela abrutissant.

    Si tout est bien établi par contrat, pourquoi ne pas travailler un dimanche sur cinq ? Quelques soirs par mois ? Comme les chauffeurs de bus et les infirmières. Serait-ce un si grand sacrifice ? Si je pense à l’employée mère de famille, cela pourrait peut-être constituer un compromis plus acceptable. Mais je pense aussi à toutes les mamans célibataires avec enfants : elles pourraient justement emmener leurs enfants le dimanche à la bibliothèque. Ils auraient accès gratuitement à la culture, à l’information, aux loisirs, à une connexion internet. Devons-nous les priver de cela ? Devons-nous décider à leur place qu’elles peuvent plutôt se promener, regarder la TV, déambuler dans les commerces et fast-foods ouverts le dimanche avec leurs enfants? Payer le ciné ?

    Je suis aussi parfois ambivalente : et si les employeurs nous demandaient toujours plus et qu’il ne s’agirait pas de roulement équitable ? D’où le besoin, me semble-t-il, de réguler les choses (par contre, j’avoue mon ignorance totale quant à concrétiser cela).

    Et, je l’avoue, l’idée de travailler le dimanche ne me plaît pas plus qu’aux autres. Par contre, même s’il peut y avoir des « couacs » (si roulement il y a, une personne peut oublier de venir), c’est vraiment accidentel me semble-t-il. Et cela constitue, à mes yeux, la meilleure solution (je n’accepterais pas personnellement de travailler tous les dimanches, du moins si j’ai le choix).

    Mais je pense qu’il est simplement « juste » de proposer un service comme celui de la bibliothèque aux moments où les gens en ont besoin.

    Aurélie Masson
    1er bachelor ID HEG

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  2. Bon je ne suis pas tout à fait de cet avis…
    Certes la bibliothèque se doit d’être un service public, mais je trouve qu’il ne faudrait peut-être pas négliger non plus la vie privée des bibliothécaires. La question se pose de savoir ce qu’on entend exactement par « souplesse maximale dans les horaires de travail ». Actuellement il est question de savoir si l’on sera d’accord avec le fait d’ouvrir les supermarchés plus longtemps le soir et le dimanche. Si cette solution ravira sans doute les consommateurs qui pourront aller faire leurs courses lorsqu’ils le souhaitent, elle ne sera certainement pas du goût des employés qui devront travailler durant ces plages horaires (quand bien même seraient-ils plus rétribués). Lorsque je lis votre billet je pense à cette situation-là. Oui il faut assurer un service public de qualité, et par conséquent être souple quant aux horaires d’ouverture, mais, de mon avis, il ne faut pas oublier que le bibliothécaire est un être humain qui peut aussi avoir une vie privée.
    Quant à la proposition de roulement proposée par Aurélie, il est tout à fait raisonnable et même nécessaire. Je reste cependant peu convaincue que la famille de la personne qui devra travailler le dimanche (même 1 sur 5) sera très enchantée par ce principe…
    Je suis bien consciente que c’est un raisonnement assez égoïste de ma part qui ne cadre pas avec la vision du métier (et qui peut être contesté par bien des arguments et exemples notamment ceux évoqués par Aurélie), mais peut-être changera-t-il d’ici la fin de mes études :)

    Noémie Jaton, 1ère année bachelor ID Heg

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  3. Bonjour,

    En général, les bibliothèques doivent toujours répondre de manière optimale aux besoins des utilisateurs. Il est vrai que dans les bibliothèques, on ne vend pas de produits (car ce ne sont pas des « clients », mais bien des « lecteurs »), donc la notion de service n’est pas perçue de la même manière. C’est peut-être une des raisons expliquant la résistance à accepter des changements importants dans les habitudes travail.

    Pourtant, la mise en place d’une plage horaire plus généreuse dépend aussi du type de centre documentaire. En effet, dans une grande bibliothèque, nous pouvons imaginer qu’il y ait toujours plus de collaborateurs (ou du moins plus de collaborateurs que dans une petite institution). C’est pourquoi la mise en place d’un « turnover » est plus facile à réaliser et permettra d’adapter la fourchette d’ouverture des services, selon les besoins effectifs des lecteurs. Mais dans des petites bibliothèques, il est plus difficile de le faire cela, car il faudrait vraiment disposer de plus de personnel. Et nous ne pouvons pas non plus demander aux bibliothécaires de travailler 12h par jour…

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  4. Je suis d’accord avec Noémie. Il est important que les clients puissent avoir un service optimal mais les bibliothécaires ne sont pas des machines. Selon moi, le lecteur de bibliothèque publique devrait trouver dans sa semaine un moment pour aller emprunter un livre en fonction des horaires actuels des bibliothèques. Un tournus entre bibliothécaires est une bonne idée mais peut vite être contraignante pour certains (en charge d’un foyer par exemple).
    Quoiqu’il en soit, je trouverais intéressant d’avoir directement les avis de bibliothécaires. Est-ce que certains accepteraient de modifier leur horaire? Seraient-ils forcés?

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  5. Les bibliothèques si elles se portent garante d’offrir « des services harmonisés qui répondent à leurs besoins partout et en tout temps », se doivent d’adapter leurs horaires, il est vrai!

    Adapter les horaires oui, mais pas à n’importe prix!
    Pensons aux employé-e-s! Si Marc s’occupe seul de sa fille et qu’il travaille le dimanche, qui va s’occuper de la jolie Mathilde?

    Ma grand-mère me dit toujours: « nous on s’est battu pour avoir un jour de congé par semaine et vous vous battez pour travailler plus ou pire, pour que les autres travaillent plus! ». Cette phrase me remet souvent à ma place lorsque, frustrée, je ne peux pas étudier le dimanche à la Riponne. Oui, ouvrons les bibliothèques, mais pas aux dépens des travailleurs et des travailleuses.

    Après tout, Marc a bien le droit d’avoir un jour du week-end de congé au même titre que moi, mon voisin ou ma grand-mère. Donc, de la même façon que je peux m’approvisionner en lait le samedi pour ne pas être en carence en lactose le dimanche, je peux aller chercher mes livres pendant la semaine et les lire dans mon salon ou dans un tea-room avec un bon café.

    Ou alors, mettons les bibliothèques au rang des musées, ouvrons le dimanche dans une perspective de « bibliothèque troisième lieu » et engageons du personnel estudiantin toujours en quête d’un petit job alimentaire!
    Il est vrai que c’est possible d’étendre les horaires d’ouverture
    Un 100% est et restera 41heures par semaine, donc, si Marc doit adapter ses horaires pour être disponible le dimanche et en soirée, la bibliothèque doit adapter les siens et / ou sortir le porte monnaie…

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  6. Je suis d’accord qu’il faut un changement dans les attitudes des bibliothécaires de la fonction publique pour une adaptation de leurs horaires. Mais il me semble que c’est aussi la fonction publique qui est remise en cause à travers la position de Bibliothèques sans frontières.

    Personnellement, j’associe cette fonction à celle d’autres domaines dans lesquels les horaires sont encore plus restreints : impôts, par exemple.

    Il faudrait alors envisager la bibliothèque plutôt comme un musée. Aussi, serait-il nécessaire d’inscrire sur papier la notion d’un tournus, permettant aux employé-e-s de se relayer pour qu’une bibliothèque puisse ouvrir le soir. De manière générale en Suisse et dans le milieu des services, rares sont les horaires d’ouverture qui s’étendent au delà de 19-20hrs ( ce qui choque les Américains de visite).

    Le changement dans les mentalités doit s’opérer non seulement dans la considération du public cible: un public pas forcément estudiantin mais aussi dans celle de l’adaptation des services connexes: crèches, supermarchés dont peuvent dépendre des bibliothécaires de la fonction publique.

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