Eteignez vos portables et vos lunettes !

Lorsqu’une journée commence par la découverte que Google a publié un code de conduite, on ne peut s’empêcher de se dire que ça risque d’être un grand jour pour l’éthique… et on n’est pas déçu.

En fait, ce code de conduite, sous la forme d’un do’s / don’ts, s’adresse à la communauté de Glass explorers de la firme de Mountain View. Une petite dizaine de points donnent donc des conseils aux « heureux » testeurs des désormais fameuses Google Glass afin de leur rendre la tâche plus facile et de ne pas détériorer l’image de cette innovation qui semble inquiéter les personnes croisant les explorers en plein tests. Mais à la lecture des recommandations, on ne peut que se demander dans quel monde mystérieux vivent les testeurs… et les développeurs. En voici quelques extraits :

  • « Standing alone in the corner of a room staring at people while recording them through Glass is not going to win you any friends. » Parce que sans les lunettes, c’est tout à fait normal de rester dans un coin et de fixer les gens en les filmant…
  • « If you’re asked to turn your phone off, turn Glass off as well », merci de rallumer vos lunettes à la fin de la séance.
  • « If you find yourself staring off into the prism for long periods of time you’re probably looking pretty weird to the people around you. So don’t read War and Peace on Glass. Things like that are better done on bigger screens. » ou dans un livre !!!
  • « Don’t be creepy or rude (aka, a Glasshole) », ne soyez pas des Glassholes, je vous laisse la traduction…

En fait, l’idée est surtout de ne pas gâcher le plaisir des suivants en empêchant le commun des mortels d’être businesses excited. Ah Morale, quand tu nous tiens !

Bref, on constate que ce ne sont pas vraiment des conseils, mais des éléments de savoir-vivre de base que Google doit rappeler s’il veut bien éduquer ses enfants… euh, ses explorers !

Au-delà de l’avancée technologique indéniable bien qu’un peu effrayante, des questions éthiques inévitables l’accompagnent. Des questions qui ne sont évidemment pas solutionnées dans le code des explorers, dont on a bien compris que les destinataires, bien avant les testeurs, étaient les futurs clients potentiels. Comme le souligne Fouad Bencheman (@Benchemanfouad) dans son article sur le site du NouvelObs, accepterait-on qu’un gouvernement installe sans restriction des caméras dans toutes les rues de toutes les villes qui plus est si ces caméras analysent, comparent, relient les vidéos enregistrées ? De plus, connaissant les limites et les lenteurs de l’adaptation des législations aux questions soulevées par les innovations de Google, on sait qu’en cas de succès commercial de ces lunettes, on va se retrouver dans une zone de non-droit absolu. Quelle sera la part de responsabilité des utilisateurs de Google Glass ? Comment évoluera la notion de vie privée ? Quelles seront les voies de recours contre quelqu’un portant ces lunettes en face de vous ?

D’un point de vue plus « bibliocentrique », arriverons-nous à anticiper la question ? Là où la mise à disposition d’e-books n’est déjà pas franchement une affaire résolue, il faudra surmonter des blocages, oublier les QR codes déjà dépassés et faire preuve d’imagination. Interdire ou prêter en « consultation sur place » ne font pas partie du vocabulaire Google.

L’avenir répondra à ces interrogations… par contre, les notions d’éthique et d’accès à l’information seront très probablement remises en question. De quoi animer encore quelques heures de discussion sur notre sujet préféré…

Christophe Bezençon (@ChrisBezi)

About these ads

7 réflexions sur “Eteignez vos portables et vos lunettes !

  1. Tiens, diffuser en streaming sa lecture en salle de lecture… Ou plus simplement, diffuser l’enregistrement. Par exemple le dernier n° de Nature. Ou la consultation de quelques articles dénichés aux tréfonds d’une base de donnée documentaire.
    Bon, c’était déjà possible avec un ordinophone ou une GoPro. ;)

    J'aime

  2. Si Google permet en effet aux usagers de diffuser et/ou d’enregistrer leurs lectures à l’aide d’un accessoire si discret, on sera à la limite de la déontologie professionnelle en faisant semblant de ne rien voir (limite entre garder une activité dans le cadre légal et le devoir de diffusion de l’information) mais dans un cas de figure pas inintéressant au vu des des problématiques actuelles.
    En réalité, je crois surtout que ça va se terminer par des feuilles A4 imprimées et collées partout avec un texte en Comic Sans MS indiquant « Lunettes bizarres interdites »

    J'aime

  3. Même si on ne peut pas arrêter la marche du progrès, je pense qu’il est possible de « réguler » l’utilisation des Google Glass. Il va être assez difficile de trouver un compromis entre éthique et démocratisation de cette nouveauté technologique, mais il est tout de même possible d’instaurer des règles de bon usage spécifiques aux bibliothèques, et en accord avec les codes d’éthiques.

    Cela dit, étant donné le potentiel « Big Brother » de l’appareil, il serait déjà intéressant pour les bibliothèques d’avoir de bonnes connaissances sur son fonctionnement, et même d’expliquer un peu aux usagers pourquoi des restrictions s’appliquent. Sachant que ces lunettes ont des fonctionnalités assez puissantes de mise en ligne de contenu, de film et de photographies, on peut craindre un non respect du document (du scan illégal par exemple), et également un non respect envers la vie privée des usagers, ce qui est d’ailleurs l’un des plus gros enjeux quand on connaît le peu de respect pour la notion de vie privée qu’a Google.

    Mais au final, on pourrait tout aussi bien les autoriser uniquement pour permettre aux usagers de lire 1984 de George Orwell dans la bibliothèque.

    J'aime

  4. Le problème dans l’histoire, c’est que si Google a beau mettre un code d’éthique, est-on sûr qu’ils vont eux-même en respecter un ? C’est évident qu’ils ont beaucoup d’argent à se faire, et pas qu’en vendant les Google Glasses; ils peuvent continuer à vendre des informations sur les gens et tous nous espionner pour le compte de X ou Y.

    Il ne faut pas se leurrer, la principale source de problème est l’utilisation de ces machines par la masse, parce que beaucoup de gens s’en pareront uniquement parce que « C’est le futur mec ! des lunettes-natel-gps-machine-à-café ! » sans penser aux conséquences qu’auront toutes les informations qu’ils auront donné gentiment à Google, et aux « J’accepte les conditions générales d’utilisation » sur lesquels ils cliqueront sans même savoir ce que c’est (alors que Google demande si on peut leur prélever un rein ou deux). Les utilisateurs sont la plus grande menace pour eux-même, car peu informés ou peu intéressés, ils risquent de faire n’importe quoi avec un objet qui peut constituer une menace pour leur vie privée et celle des autres.

    J'aime

  5. Ce qui est criant dans le code de déontologie de google, c’est, en plus du ton décalé utilisé, l’importance que la marque met pour être sûre d’avoir la meilleure publicité.
    La marque vante également le droit de filmer tout ce qu’on veut, sans restriction et surtout sans autorisation.
    On transforme dès lors les « explorers* en membres d’un géant Big brother numérique, où les utilisateurs des Google Glasses ont accès à tout type d’information, qu’il peut monnayer.
    Si un « explorer » emprunte un livre, photographie ses pages et revend le livre sous format numérique. à quoi les bibliothèques servent-elle aux yeux du publique?
    Juste une source d’information qui permet aux usagers de s’enrichir en piratant l’information.
    Pourtant ,le piratage et la revente de l’information sont illégales…
    Google aurai du prévoir ce cas dans son code de déontologie: nulle part on ne voit inscrit une mise en garde contre la diffusion et le piratage d’information.

    Pour les bibliothèques, ces Googles glasses posent aussi un problème déontologique: en effet, les professionnels de l’information sont la plupart au courant de l’existence de ces lunettes, et des risques qu’elles engendrent. Néanmoins, il est difficile d’être cohérent quant à l’interdiction de ces lunettes: pourquoi les interdire elles, alors qu’on interdit pas les smartphones?

    Je pense que c’est à Google de régler le problème, et « d’éduquer » ses « explorers » en ajoutant à leur code:
    « don’t diffuse and pay your information,if you don’t want to go to prison. »

    J'aime

  6. Eteignez vos portables et vos lunettes

    J’ai bien aimé cet article. Etant moi-même très intéressé par la technologie en général, il faut admettre que le géant « de Mountain View » a frappé fort. Certes. Mais qu’a-t-il vraiment frappé ?

    En lisant le code qui, comme vous l’avez dit, s’adresse principalement aux utilisateurs de Google Glasses, ou plus précisément aux « explorateurs », je me suis aperçu d’un côté du nombre de point GodWin qui pourrait être attribué et d’un autre côté, je me suis rendu compte qu’il faudrait non pas le communiquer uniquement aux testeurs mais aussi et surtout à tous ceux qui les croiseraient !

    Par exemple, en m’appuyant sur un article paru dans le 20 minutes (http://www.20min.ch/ro/multimedia/dossier/google/story/Les–Google-Glass–s-offrent-une-ethique-20523410) , j’ai pu voir que des explorateurs ont déjà été mis à la porte de restaurants au vu de la méconnaissance de ces google glasses mais surtout de celle de l’utilisation qui est sensée en être faite.

    « If you find yourself staring off into the prism for long periods of time you’re probably looking pretty weird to the people around you. So don’t read War and Peace on Glass. Things like that are better done on bigger screens. » ou dans un livre !!! »

    On est d’accord qu’on aura l’air vraiment bizarre de regarder dans le vide pendant des heures. Mais pour le coup du livre, faut quand même dire qu’on parle des lunettes de Google, qui est un géant du web et de la technologie pour qui la version « papier » est légèrement… dépassée. C’est pour ça que je me demande quelle question on doit vraiment se poser :

    1) Est-ce que lire un texte autre part que dans son livre va à l’encontre des différents codes de déontologie ? Et si oui, lequel faut-il appliquer ? Le code Suisse ? Le code Américain ? Le code en vigueur dans le pays concerné ?

    Ou bien…

    2) Est-ce que l’utilisation sans interruption de ces lunettes pendant des heures amènerait à une réclusion de l’individu au sein de la société ?

    Quoi qu’il en soit, il faut avouer qu’une personne possédant un de ces artefacts sera sûrement assaillie de questions en tout genre. Et c’est ce qui me dérange personnellement. Pas le fait qu’on pose beaucoup de questions, mais le fait que pas tout le monde y réagisse de la même manière. Comment Google a pu faire face à ça ? Ont-ils fait passer des tests avant de laisser les gens devenir des explorateurs ? Sinon, il n’y a pas vraiment moyen d’être sûr qu’on n’ait pas à faire avec un « Glasshole ».

    C’est pourquoi je trouve que non seulement ce code est obligatoire, les bons points comme les moins bons, mais pour qu’il y ait de l’équilibre, il faut du Yang au Yin. Un code de déontologie pour les non-utilisateurs serait donc une idée à ne pas écarter trop tôt. Il serait bien plus général, mais permettrait aux testeurs de continuer à pouvoir être tranquilles en société, plutôt que d’être pris pour des bêtes de foires.

    J'aime

  7. Je suis un grand fervu de nouvelles technologies et j’ai hâte que les Google Glass sortent sur le marché afin de pouvoir les acquérir..

    Mais la polémique au niveau éthique qu’elles suscitent est exactement la même pour chaque progrès dans l’avancée technologique. En effet, à chaque fois qu’une avancée technologique est réalisée on se pose tout de suite la question « au niveau de l’éthique, comment allons-nous réguler cela? ».

    A chaque fois, on pense que ça va être la croix et la bannière pour y arriver.. mais on y arrive !

    La question de l’éthique par rapport au Google Glass, n’est qu’une « formalité » qui permettra la mise en place d’un nouveau code, réalisé par des professionnels de l’éthique ainsi que des employés de Google. Peut-être que certaines applications seront supprimées ou mises à jour afin de ne pouvoir filmer/prendre des photos dans des endroits spécifiques par ex.

    Ce problème sera contourné bien avant leur apparition sur le marché mondial et cela nous permettra d’avoir connaissance d’un nouveau code d’éthique.

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s