Image, image…

L’une des étudiantes qui a suivi mon séminaire relatif à l’éthique professionnelle, Alison Swan, m’a transmis un lien. En visionnant cette vidéo pleine d’humour, elle a pensé à notre blog ! Mais où est le rapport avec l’éthique des bibliothécaires ?

Facile ! Il est indirect : les codes d’éthique, tel que celui de l’IFLA ou celui de Bibliothèque Information Suisse – qui sont les derniers parus, à ma connaissance – essaient de projeter une image réaliste et objective de la profession de bibliothécaire. Tout comme cette vidéo. Une image bien éloignée des représentations plus ou moins farfelues, auxquelles nous avons tous été confrontés une fois ou l’autre et qui ont le don de m’exaspérer ou, carrément, de me désespérer… 

En ce sens, les codes d’éthique représentent un excellent moyen de promouvoir la profession de bibliothécaire. De leur lecture attentive naît une représentation objective et positive de ce qu’elle est aujourd’hui. Alors, faisons connaitre nos codes de déontologie à nos usagers, à nos politiques, au grand public, en les affichant, en les reproduisant intégralement ou partiellement sous différentes formes plus ou moins ludiques ! Notre image aura tout à y gagner !

J’en profite pour vous informer du fait que je supervise en ce moment un travail de fin d’études, qui a pour objet de réfléchir aux liens et surtout à l’influence de quelques programmes de formation et codes d’éthique, sur l’image de notre profession : initiative de l’un de mes étudiants, dont je me réjouis de voir le résultat, que je ne manquerai pas de partager avec vous !

Dans cette attente, ne conservez pas votre code d’éthique dans un classeur, mais laissez-le bien en vue et distribuez-le autour de vous !!

Michel Gorin

 

 

Les DRM, entre droits, restrictions et contrôle : (faux) problème ?

Nos abonnés l’auront peut-être remarqué : nous avons tout récemment encouragé les étudiants de 1ère année du Département Information documentaire de la Haute École de gestion de Genève (HEG-ID), qui suivent notre séminaire intitulé « Ethique professionnelle », à contribuer à notre blog, soit en commentant des contributions passées, soit en nous proposant de nouveaux billets.

Nombreux sont ceux qui ont joué le jeu, utilisant à cet effet les 90 minutes que nous avons mises à leur disposition dans le cadre de notre enseignement : vous pouvez lire leurs nombreux commentaires. Et l’un d’entre eux, Pablo CHENU, nous a proposé le billet ci-dessous, que nous vous soumettons.

Michel Gorin et Christophe Bezençon

Billet proposé par Pablo CHENU, étudiant de 1ère année, HEG Genève, Département ID

Vous n’êtes pas sans savoir que la question des Digital Rights Management (DRM) est une crainte de tout bibliothécaire et autre professionnel de la documentation qui se respecte. En effet, ce chiffrement des données restreint l’utilisation des documents numériques ayant un éditeur commercial en limitant leur nombre de consultations, ou de prêts. Articles de périodiques électroniques, eBooks, musiques, films, documents visuels sont victimes de ces cages virtuelles.

Mais quid des bibliothèques, me direz-vous. Comme le veut la tendance, les bibliothèques se modernisent, s’adaptent à l’ère du web 2.0 (enfin) et explorent le monde infiniment grand de la technologie et de la communication. Elles sont donc, pour des raisons d’abonnements et de budgets, confrontées aux documents électroniques dans toutes leurs formes. S’occupant de la gestion d’un patrimoine documentaire, les bibliothèques ont toujours bénéficié de privilèges concernant la transmission et la copie des ouvrages propriétaires, et se voient donc mises dans une situation floue par rapport aux droits de ces documents numériques et à leur utilisation logique au sein de ces établissements.

Que limitent exactement ces DRM ?

Afin de contrer toute utilisation abusive de leurs contenus et de protéger les auteurs et leurs droits, les grands éditeurs commerciaux d’ouvrages numériques ont décidé de limiter l’accès, le prêt, la diffusion et la copie de leurs publications. Ils se réservent, grâce à leurs chartes d’utilisation, le droit de supprimer, modifier ou, tout simplement, d’interdire l’accès aux documents achetés via leurs sites.

Quelles peuvent-être les devoirs éthiques du bibliothécaire face à cette mainmise sur les documents numériques ?

Selon le code d’éthique de Bibliothèque Information Suisse (BIS) : « Le professionnel de l’information a pour mission d’assurer l’accès à l’information à tous et […] rejette toute interdiction ou restriction de l’accès à l’information et aux idées. »

Si nous, futurs bibliothécaires, documentalistes et/ou archivistes, voulons respecter le code de déontologie, il nous faut donc essayer, par nos moyens, de lutter contre ces verrous.

Mais comment ?

Si la plupart des associations de bibliothécaires à travers le monde luttent contre ces mesures, il y en a qui vont jusqu’à protester et soutenir ces manifestations. On peut noter « Defectivebydesign » qui organise la journée internationale contre les DRM, qui se passait le 6 mai dernier. Sinon « April », qui est une association luttant pour la démocratisation et la diffusion du logiciel libre.

Il est donc primordial, je pense, de lutter contre ces DRM qui menacent le libre accès à l’information et qui donnent tout pouvoir sur les documents électroniques à leurs éditeurs.

En tant que professionnels, les outils à notre disposition sont l’information à nos proches et à notre entourage, la négociation avec ces éditeurs commerciaux et, éventuellement, le fait de rejoindre des associations comme celles citées ci-dessus et/ou de les soutenir financièrement.

Et toi ? Vas-tu rejoindre la lutte contre les DRM ?

Pour en savoir plus :  

https://defectivebydesign.org/

http://www.april.org/journee-internationale-contre-les-drm-edition-2014 

http://www.actualitte.com/usages/drm-le-6-mai-journee-internationale-de-lutte-contre-les-verrous-49752.htm

De la notion de service public…

En France, Bibliothèques sans frontières a pris l’initiative de lancer une pétition, intitulée "Ouvrons + les bibliothèques !", adressée à plusieurs ministres (de l’ancien gouvernement…). Les pétitionnaires soulignent le fait que les horaires d’ouverture des bibliothèques sont totalement inadaptés aux besoins de leurs clients et affirment que "l’accès à la connaissance et à la culture pour le plus grand nombre doit être une priorité".

Depuis 2010, les bibliothèques suisses se sont dotées d’une charte qui précise, entre autres, qu’elles "mettent tout en oeuvre pour offrir non seulement aux étudiants et aux chercheurs, mais aussi à l’ensemble des citoyens engagés dans une mobilité croissante, des services harmonisés qui répondent à leurs besoins partout et en tout temps". Offrent-elles en conséquence des horaires d’ouverture adaptés ? A quelques notables exceptions dans le monde universitaire en particulier, la réponse est négative ! Et je crains qu’elle ne soit la même un peu partout dans le monde…

Quelles sont les raisons de ce hiatus entre la disponibilité de nos clients et les horaires de nos bibliothèques ? Elles sont bien sûr multiples, mais elles ne sont pas toujours liées au manque de moyens souvent évoqué. D’ailleurs, la pétition susmentionnée précise, à juste titre, qu’"à moyens équivalents, et dans le respect des agents, des solutions existent".

La grande majorité de nos bibliothèques fait partie du service public. Dès lors – au risque de choquer, mais il s’agit d’un bon moyen de lancer une discussion… - je souligne le fait que cela devrait impliquer, de la part de leur personnel, une souplesse maximale dans les horaires de travail. Or, trop souvent, j’ai entendu des collègues rechigner à sortir du cadre, certes confortable, des "8 à 17 heures, 5 jours sur 7" : attitude parfaitement incompatible avec la notion de service public, entrant en contradiction avec les fondements des codes de déontologie régissant la profession de bibliothécaire…

En conclusion, la pétition de Bibliothèques sans frontières a le mérite de soulever un problème réel et criant ; toutefois, elle ne doit pas dissimuler le fait que les solutions ne résident pas seulement dans l’attribution de moyens supplémentaires, mais aussi – et surtout, j’ose l’affirmer – dans un changement d’attitude chez nombre de bibliothécaires…

Michel Gorin

 

 

 

Eteignez vos portables et vos lunettes !

Lorsqu’une journée commence par la découverte que Google a publié un code de conduite, on ne peut s’empêcher de se dire que ça risque d’être un grand jour pour l’éthique… et on n’est pas déçu.

En fait, ce code de conduite, sous la forme d’un do’s / don’ts, s’adresse à la communauté de Glass explorers de la firme de Mountain View. Une petite dizaine de points donnent donc des conseils aux « heureux » testeurs des désormais fameuses Google Glass afin de leur rendre la tâche plus facile et de ne pas détériorer l’image de cette innovation qui semble inquiéter les personnes croisant les explorers en plein tests. Mais à la lecture des recommandations, on ne peut que se demander dans quel monde mystérieux vivent les testeurs… et les développeurs. En voici quelques extraits :

  • « Standing alone in the corner of a room staring at people while recording them through Glass is not going to win you any friends. » Parce que sans les lunettes, c’est tout à fait normal de rester dans un coin et de fixer les gens en les filmant…
  • « If you’re asked to turn your phone off, turn Glass off as well », merci de rallumer vos lunettes à la fin de la séance.
  • « If you find yourself staring off into the prism for long periods of time you’re probably looking pretty weird to the people around you. So don’t read War and Peace on Glass. Things like that are better done on bigger screens. » ou dans un livre !!!
  • « Don’t be creepy or rude (aka, a Glasshole) », ne soyez pas des Glassholes, je vous laisse la traduction…

En fait, l’idée est surtout de ne pas gâcher le plaisir des suivants en empêchant le commun des mortels d’être businesses excited. Ah Morale, quand tu nous tiens !

Bref, on constate que ce ne sont pas vraiment des conseils, mais des éléments de savoir-vivre de base que Google doit rappeler s’il veut bien éduquer ses enfants… euh, ses explorers !

Au-delà de l’avancée technologique indéniable bien qu’un peu effrayante, des questions éthiques inévitables l’accompagnent. Des questions qui ne sont évidemment pas solutionnées dans le code des explorers, dont on a bien compris que les destinataires, bien avant les testeurs, étaient les futurs clients potentiels. Comme le souligne Fouad Bencheman (@Benchemanfouad) dans son article sur le site du NouvelObs, accepterait-on qu’un gouvernement installe sans restriction des caméras dans toutes les rues de toutes les villes qui plus est si ces caméras analysent, comparent, relient les vidéos enregistrées ? De plus, connaissant les limites et les lenteurs de l’adaptation des législations aux questions soulevées par les innovations de Google, on sait qu’en cas de succès commercial de ces lunettes, on va se retrouver dans une zone de non-droit absolu. Quelle sera la part de responsabilité des utilisateurs de Google Glass ? Comment évoluera la notion de vie privée ? Quelles seront les voies de recours contre quelqu’un portant ces lunettes en face de vous ?

D’un point de vue plus "bibliocentrique", arriverons-nous à anticiper la question ? Là où la mise à disposition d’e-books n’est déjà pas franchement une affaire résolue, il faudra surmonter des blocages, oublier les QR codes déjà dépassés et faire preuve d’imagination. Interdire ou prêter en « consultation sur place » ne font pas partie du vocabulaire Google.

L’avenir répondra à ces interrogations… par contre, les notions d’éthique et d’accès à l’information seront très probablement remises en question. De quoi animer encore quelques heures de discussion sur notre sujet préféré…

Christophe Bezençon (@ChrisBezi)

Quand les bibliothécaires doivent revendiquer un rôle démocratique fondamental

Les bibliothécaires et, partant, les bibliothèques publiques "ont pour mission fondamentale d’assurer l’accès à l’information à tous pour favoriser [...] la participation informée à la démocratie et à son progrès" (Code d’éthique suisse pour les bibliothécaires et les professionnels de l’information, similaire au Code d’éthique de l’IFLA).

Concrètement, cela signifie que les bibliothécaires revendiquent et assument une responsabilité dans les débats de société, à savoir celle de contribuer à l’information du public, dans le but d’alimenter, de soutenir la réflexion et le débat, fondements de toute démocratie. Ce faisant, ils sont en phase avec leur Code d’éthique, qui s’appuie sur la conviction que "le partage des idées et des informations est fondamental dans une société démocratique" (mêmes références).

Ces principes sont inaliénables. Leur mise en cause par une personne ou une organisation est tout simplement irrecevable et doit être combattue avec véhémence. C’est pourquoi les milieux opposés au mariage pour tous, en France, qui se sont lancés dans une véritable croisade contre les bibliothèques publiques, afin d’en faire retirer tout document qu’ils estiment contraire à la morale (laquelle ?) dont ils s’estiment les garants, sont clairement "hors-la-loi". La ministre de la Culture et de la Communication a d’ailleurs vu le danger, en réaffirmant son "soutien le plus absolu" aux bibliothécaires.

Toutefois, assumer une responsabilité dans les débats sociétaux implique, de la part des bibliothécaires, un devoir de transparence : si les politiques d’acquisition qui sous-tendent la constitution des collections doivent pouvoir être définies "en dehors de toute pression", comme l’affirme le Code d’éthique suisse, elles doivent également être publiées. En outre, les bibliothécaires sont "strictement tenus à la neutralité et à l’impartialité en matière de collections [...]. Ils recherchent donc le meilleur équilibre possible dans la constitution des collections [...]"  (mêmes références) : si "J’ai deux Papas qui s’aiment", "Mlle Zazie a-t-elle un zizi ?" ou "La nouvelle robe de Bill" ont par conséquent une place légitime sur les rayons de nos bibliothèques, les idées véhiculées par le mouvement du "Printemps français" doivent également y avoir droit de cité. Pour autant qu’une telle organisation soit capable de publier au moins un document qui résume clairement ses idées et qui soit susceptible de répondre aux critères de base de toute politique d’acquisition… ce qui n’est pas certain, mais c’est là un autre débat…

Michel Gorin