biblioth|ê|thique

biblioth|ê|thique : éthique & bibliothèques

Enquêtes en cours : bibliothèques, sexe & vie privée

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Deux enquêtes ont récemment été lancées par des bibliothécaires américains. N’hésitez pas à y participer afin que le panel soit le plus diversifié possible.

Privacy and Library 2.0 Technology
Cette enquête,  lancée fin février, vise à cerner l’opinion des bibliothécaires concernant la vie privée et la bibliothèque 2.0. Toutes les questions sont facultatives. Anonymat garanti  pour les répondants.

Accès à l’enquête : https://www.surveymonkey.com/s/K9RWP7K
Durée estimée pour répondre : 10 minutes
Date de clôture : 22 mars 2013
Renseignements complémentaires :  shess AT binghamton.edu

Collecting Sex Materials for Libraries
Cette enquête vise à mieux appréhender l’attitude des bibliothécaires et personnels des bibliothèques envers les documents à caractère sexuel  comme les romans érotiques, la littérature LGBT, etc.  Possibilité de gagner l’un des quatre bons Amazon de 25 USD. Anonymat garanti.

Accès à l’enquête : http://www.surveymonkey.com/s/NZT9P79
Durée estimée pour répondre : 25-40 minutes
Date de clôture : fin mars 2013 (au plus tôt)
Renseignements complémentaires : svieira AT shsu.edu et mmartinez AT shsu.edu

opinion

Rédigé par frenaville

5 mars 2013 à 09:40

Encore un bibliothécaire critique menacé par des éditeurs

avec 2 commentaires

Décidément, il semble qu’il soit devenu de plus en plus risqué d’être bibliothécaire critique et d’oser dénoncer les pratiques de certains éditeurs. Après l’affaire Dale Askey vs Mellen Press (voir le billet précédent) , c’est au tour de Jeffrey Beall de s’attirer les foudre d’éditeurs…

Jeffrey Beall est bibliothécaire est associate professor à l’University of Colorado Denver. Il anime le blog Scholarly Open Access consacré à la publication scientifique en Open Access. A côté de ses billets classiques sur l’Open Access, les politiques d’OA, les mandats, le plagiat, etc., il tient également une liste de « Potential, possible, or probable predatory scholarly open-access publishers ». Véritable liste noire où près de 300 éditeurs y sont répertoriés ! Jouant cartes sur table, Beall affiche les critères qu’il utilise pour déterminer si un éditeur est un éditeur prédateur ou non.

Le blogueur ne s’arrête pas là ! Beall invite également les chercheurs à se renseigner sur ces éditeurs avant d’y soumettre des articles ou d’accepter une fonction d’editor ou de membre de comité éditorial. Il espère aussi que les comités de promotion et d’attribution des chaires auront le réflexe de s’interroger s’il convient ou non, lors de l’évaluation d’un CV, d’accorder le même poids, la même valeur aux articles publiés chez ces éditeurs qu’à ceux publiés chez des éditeurs plus sérieux (mais pas forcément plus éthiques [c’est moi qui l’ajoute]). Enfin,  Beall invite les éditeurs concernés à changer leur fusil d’épaule et à radicalement modifier leurs pratiques éditoriales.

Coup de théâtre ! Le 9 février 2013, Jeaffrey Bealls reçoit un courrier d’avocat. Un éditeur et ses trois entités associées  n’ont pas apprécié figurer sur sa liste noire et s’estiment diffamés. Il s’agit de :

Sans titre 1

Non seulement, les noms des quatre éditeurs doivent être retirés du site pour ce lundi 18 février 2013 (*) , mais en plus le paiement d’une somme de 10.000 USD est exigée pour les frais d’avocats engendrés par cette affaire. En cas de refus de la part de Jeaffrey Beall, une action pour diffamation sera introduite en justice.
Sans titre 2

Pas besoin d’être un grand spécialiste de l’édition scientifique pour avoir un doute plus que raisonnable sur le professionnalisme de ces 4 éditeurs, chez qui nombre de critères suspects listés par Beall se trouvent vérifiés. Prenons par exemple le cas de Macrothink Institute et de ses revues. En quelques clics, on constate aisément :

(1) que les editors (in-chief ou assistant) ont une affiliation "Macrothink Institute"  (imaginerait-on chez un éditeur sérieux un editor-in-chief qui appartiendrait à l’éditeur lui-même ?)

(2) que le International Journal of Linguistics est "indexé" :
Sans titre 3
On liste ici des noms de moteurs de recherche ou de plates-formes (!), et non des bases de données spécialisées. Soit on ne sait pas de quoi on parle, soit c’est de la poudre aux yeux !

(3) Que le Business and Management Horizons a un board composé de memebers (sic !)
Sans titre 4
Etc. On ne va pas y passer plus de temps que nécessaire ! Tout cela ne fait décidément pas très sérieux !

On avait déjà depuis longtemps les éditeurs commerciaux qui nous suçaient les budgets jusqu’à la moelle. Avec l’Open Access, certaines (nouvelles) sociétés ont trouvé un bon filon pour se faire du pognon, à moindre coût (l’auteur paye pour être publié) et à moindre risque (qualité et sérieux du peer-reviewing ?, garanties d’accès pérenne ?).  Jeffrey Beall, qui a reçu le soutien de plusieurs collègues et chercheurs, dont celui de Peter Suber) a plus que raison quand il soutient que les academic libarians ont un rôle à jouer dans ces débats et une responsabilité à assumer auprès de leurs chercheurs face à ces éditeurs prédateurs !

(*) Ils y figuraient toujours ce lundi 18/02/2013 à 17:30 (heure de Paris).

[Merci à @mdelhaye pour l’idée du billet]

Un bibliothécaire poursuivi en justice pour diffamation par un éditeur

avec 9 commentaires

Septembre 2010. Dale Askey, bibliothécaire à la Kansas State University, publie sur son blog un billet où il livre son opinion sur l’éditeur académique Edwin Mellen (The curious case of Edwin Mellen Press, via Web.archive). En gros, il estimait que le faible niveau de qualité des publications de cet éditeur ne justifiait nullement leur coût élevé ! Un luxe, un gaspillage, vu la situation financière de nombreuses bibliothèques. Un billet sans compassion, sans pour autant être incendiaire, même si Dale Askey termine celui-ci en se disant que vu la façon dont Mellen Press veille à sa réputation contre les critiques, il ferait sans doute mieux d’enfiler sa combinaison ininflammable ("Given how closely Mellen guards its reputation against all critics, perhaps I should just put on my flameproof suit now"). Propos prophétiques ?

Juin 2012. Coup de théâtre. Edwin Mellen Press intente deux actions en justice. La première concerne Dale Askley et la McMaster University (son employeur actuel et son employeur pendant une période durant laquelle le billet était encore accessible sur le blog d’Askley [responsabilité par procuration]), lesquels se retrouvent poursuivis en justice pour diffamation et se voient réclamer la somme de 3,5 millions de dollars. La seconde action ne concerne que Dale Askley : plus de 1 million de dollars lui sont réclamés  par Herbert Richardson, le fondateur de Mellen Press.

Si McMaster University est restée muette les premiers temps, celle-ci a tout récemment publié un communiqué :

In its Statement on Academic Freedom, McMaster University affirms the right of the academic community to engage in full and unrestricted consideration of any opinion. Beyond this commitment to teach and learn unhindered by non-academic constraints, the University strongly supports the exercise of free speech as a critical social good.
For this reason, McMaster University has for more than eighteen months rejected all demands and considerable pressure from the Edwin Mellen Press to repudiate the professional opinions of university librarian Dale Askey, notwithstanding the fact that those opinions were published on his personal blog several months before he joined McMaster.
Because of our respect for individual freedom of speech, the University finds itself today a co-defendant with Mr. Askey in a legal action brought by the Edwin Mellen Press.
The University will continue to rigorously defend its commitment to academic freedom and freedom of speech as the case proceeds before the courts.

Rassurant ! Plusieurs universitaires et bibliothécaires se sont exprimés et soutiennent Dale Askley et la liberté d’expression dont il a légitimement fait usage. Une pétition demandant l’arrêt des poursuites contre Dale Askey et McMaster University a été lancée. Enfin, face à l’attaque de Mellen Press, quelques mots du commentaire de Leslie Green, professeur de philosophie du droit à Oxford, résument la situation et suffisent à appréhender le côté malsain et pervers de la démarche de l’éditeur : "Librarians are expert at making such judgments; that’s what universities pay them to do. [...] No one likes bad reviews; but Mellen’s approach is not to disprove the assessment, pledge to improve its quality, or reconsider its business-model."

Les montants réclamés par Mellen Press sont peut-être dans la norme de ce qui se fait de l’autre côté de l’Atlantique. Ce qui choque surtout, c’est l’intimidation dont fait preuve une maison d’édition, qui se veut academic publisher, vis-à-vis précisément d’un bibliothécaire qui faisait son job. Comme le souligne John Dupuis, "Academic librarians have academic freedom in their positions to protect us from just this sort of undue influence on the exercise of our judgement while doing our jobs". Mais que ce serait-il passé si ce bibliothécaire n’était pas un academic librarian? S’il n’avait pas eu une université, son université, à ses côtés ? Si pareille aventure devait nous arriver ici, à nous bibliothécaires français, belges, suisses…, serions-nous soutenus de la même façon par nos autorités et institutions ? Quid s’il s’agissait d’un bibliothécaire d’une (modeste) bibliothèque publique ?

Dans un billet du blog Academic Librarian, Wayne Bivens-Tatum pointe un cas similaire avec ce même (!) éditeur, il y a 20 ans. En 1993, Mellen Press avait attaqué en justice Lingua Franca, le magazine de la vie intellectuelle et littéraire du monde universitaire. Ce dernier avait publié un article (St. John, Warren. 1993. “Vanity’s Fare: How One Tiny Press Made $2.5 Million Selling Opuscules to Your University Library. Lingua Franca, September/October, p. 1ff.) dans lequel on pouvait lire que Mellen Press était une maison d’édition quasi à compte d’auteur, habillement déguisée en maison d’édition universitaire (“a quasi-vanity press cunningly disguised as an academic publishing house”). A l’époque, Mellen Press avait perdu son procès. En 2007, un ouvrage avait été publié sur cette affaire : The Edwin Mellen Press Versus Lingua Franca: A Case Study in the Law of Libel. L’éditeur ? Edwin Mellen Press lui-même ! ;-) On n’est jamais aussi bien servi que par soi-même…

Signalons simplement pour conclure que Mellen Press a récemment été classé 34e… sur 34 dans le sondage Which are the best book publishers in philosophy?… No comment.

[Merci à @mdelhaye de m’avoir "soufflé" l’idée de ce billet et de m’avoir remis le blog à l’étrier après plusieurs mois d’absence...]

Peer reviewing

Livres voués au gémonies pour bibliothèques underground

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Début 2012, le Tucson Unified School District (TUSD), un important district scolaire en Arizona, fit la une de l’actualité en écartant des cours et bibliothèques scolaires des ouvrages que les autorités estimaient encourager la chute du gouvernement américain, inciter le chauvinisme ethnique ou encore oser avancer que les Hispano-américains seraient oppressés (sic!), et ce en vertu de la loi HB 2281 A.R.S. §15–112. Les livres jugés comme inappropriés (et par conséquent illégaux) étaient tout simplement retirés des listes de lectures, des cours et des bibliothèques scolaires, parfois même durant les cours ! Parmi les ouvrages concernés, rien de moins que Pedagogy of the Oppressed du philosophe et pédagogue brésilien Paulo Freire, La Tempête de William Shakespeare ou encore le collectif Rethinking Columbus : The Next 500 Years qui permet aux enseignants de revoir et repenser avec leurs élèves la façon dont l’Amérique a été « découverte ».

Adriana McCleer, une bibliothécaire et doctorante de l’University of Wisconsin-Milwaukee, a eu l’idée géniale de constituer une nouvelle bibliothèque. Mais pas de n’importe quel type. Une bibliothèque underground, qui se composerait justement des livres interdits dans les écoles de Tucson !

Dans le même ordre d’idée, plusieurs dissidents cubains ont eu une initiative analogue il y a quelques années. Afin de contrer le circuit officiel et monopolistique de l’édition et de la distribution sur l’île, ils ont décidé de mettre en place des bibliothèques privées. Celles-ci sont constituées de dons, souvent originaires de l’étranger, et hébergées dans leurs propres maisons. La célèbre bloggeuse Yoani Sánchez fait partie de ces bibliothécaires outsider.

Enfin, n’oublions pas non plus cette élève américaine d’une école catholique qui, il y a quelques années, suite à l’interdiction de lecture de plusieurs livres dans son école, a décidé de mettre en place une bibliothèque secrète dans son casier, au sein même de l’école. Parmi les ouvrages interdits dans l’établissement, rien de moins que Les Contes de Cantorbéry, Candide, Le Parrain, La Ferme des animaux, Entretien avec un vampire, Le Portait de Dorian Gray, Sa Majesté des Mouches, Les Contes de Grimm, Vol au-dessus d’un nid de coucou, L’Attrape-coeurs… Succès garanti de cette bibliothèque underground auprès des condisciples !

Des initiatives sympas et stimulantes pour aborder la prochaine Banned Books Week (30 septembre-6 octobre 2012)… (Même si, je le répète, je n’aime pas l’expression "banned books" dans ce cas de figure. :-) )

Sources :

Rédigé par frenaville

25 septembre 2012 à 10:15

La bibliothèque, lieu de tournage de pornos ?

avec 5 commentaires

On connaît tous le cas de lecteurs qui viennent à la bibliothèque pour y regarder du porno. Si vous ne l’avez peut-être pas vécu personnellement, allez faire un tour sur Google : le nombre de billets, news et articles de journaux ou de webzines qui en parlent (surtout de l’autre côté de l’Atlantique) est assez impressionnant. C’est aussi l’un des sujets de prédilection du bibliothécaire Dan Kleinman et de son blog Safe Libraries.

Dans le meilleur des cas, si ces "lecteurs" sont un tant soit peu respectueux des autres usagers, ils visualisent les vidéos de façon discrète, ou "mieux" arrivent à la bibliothèque avec leur propre portable pour ne bénéficier que du wifi et de la borne passante (au moins comme cela, ils ne monopolisent pas une machine publique). Toutefois, en fonction de la configuration de leur réseau informatique, les bibliothèques peuvent quand même être quittes de ces visites, pas particulièrement souhaitées…

Là où cela devient plus inquiétant, c’est quand des "lecteurs" (le plus souvent plutôt des "lectrices") se rendent à la bibliothèque en vue d’y tourner des vidéos pornographiques grâce à la webcam de leur laptop, vidéos visibles par des internautes moyennant paiement à travers des plates-formes comme MyFreeCams.com ! La bibliothèque est donc utilisée pour son cadre, son environnement studieux (vous avez dit "fantasmes" ?) et permet, bien malgré elle, à certaines personnes de gagner de l’argent (bon à la rigueur, si elles reversaient l’intégralité de leurs gains aux bibliothèques publiques britanniques, ce serait peut-être moins grave, non ?).

Indigné par de telles pratiques, le bibliothécaire et blogueur J. Shore a scruté en juin 2012 le site MyFreeCams.com à la recherche de telles vidéos. Il a pris quelques captures d’écran où il estimait que la bibliothèque pouvait être reconnue. En postant ces images sur Twitter, son objectif était donc d’abord de sensibiliser les bibliothécaires des bibliothèques concernées à ce qui se passait sous leur nez (façon de parler) pour ensuite faire en sorte que les camgirls cessent leur lucrative activité. N’ayant reçu aucune réponse via Twitter, J. Shore a donc décidé de publier les différentes captures d’écran sur son blog début juillet.

J’ignore totalement si des bibliothèques belges ou françaises ont déjà été confrontées à ce genre de "production" pour lesquelles elles auraient servi de décor.

Par curiosité, je viens de relire le règlement général de ma BU à l’attention des usagers. Il semble bien que si une utilisatrice avait l’idée d’y tourner pareille vidéo, rien dans le règlement général ne l’interdirait, pour autant que cela ne soit pas réalisé avec le matériel informatique de la BU, que ce soit discret et que le silence soit respecté ! Lors de la rédaction du règlement, on n’a sans doute pas envisagé ce type de comportement en bibliothèque… L’honneur est sauf grâce au "Règlement des études et des examens" (année 2012-2013) de l’Institution lequel stipule en son article 79 que les "étudiants dont le comportement est de nature à perturber gravement les activités universitaires et/ou à porter gravement atteinte à l’honneur et/ou aux valeurs de l’Université" peuvent se voir infliger des peines disciplinaires par les autorités académiques (loi du 28 avril 1953, art. 60). Tourner une vidéo porno à la BU, c’est quand même à porter gravement atteinte aux valeurs d’une université, non ? Le hic, c’est que cela ne peut concerner que les étudiants de mon institution, et donc pas les (étudiants) extérieurs. Le règlement général prévoit par contre que "toute personne qui perturberait la nécessaire tranquillité de la bibliothèque" pourrait se voir enjoindre de quitter les lieux. La vache ! Pas d’exclusion prévue au règlement pour ce type de comportement donc. Évidemment, si cela n’est encore jamais arrivé, il n’y a sans doute pas de raison de paniquer…

Source : info obtenue via un tweet de @SafeLibraries.

Rédigé par frenaville

16 juillet 2012 à 10:00

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